
Existe-t-il un " lobby " gay en France ? Selon le député Vanneste, oui, ce dernier avait alors déclaré au JDD que " le lobby gay, extrêmement puissant en France, inverse complètement les rôles ". Mais à quel " lobby " gay français ce monsieur peut-il bien faire référence ? Au-delà de ces déclarations, un " lobby " existe-t-il bel et bien en France ? Un " lobby " gay existe bel et bien, mais aux Etats-Unis et non en France ! Et ce dernier est réellement puissant, que ce soit à l’échelle financière, économique, sociale et politique. Les homosexuels américains constituent une vraie force politique capable d’influer à la fois sur l’évolution de leur sort et sur celle de leur pays. Un véritable " lobby " s’est donc construit outre atlantique, constituant un contre pouvoir extrêmement puissant et convoité. Le " lobby " gay américain concentre ainsi à New York et San Francisco des intérêts financiers conséquents, des militants en très grand nombre au sein d’associations, et défend ses intérêts particuliers par tous.
Des assurances, des banques, des entreprises gays ont ainsi été créées, des politiques les représentent, de nombreuses associations ont également été créées à cet effet. Enfin, l’engagement politique de masse a été primordial dans la mise en place d’un tel " lobby ".
Comparativement, en France le " lobbying " n’existe pas. La France est une démocratie, comme les Etats-Unis, mais la particularité française provient du fait d’être également une République. C’est-à-dire qu’en théorie le débat politique vise à défendre l’intérêt collectif, et non pas à faire triompher des intérêts particuliers comme pour les " lobbys " américains. De plus, d’un point de vue économique et financier d’une part, et politique d’autre part, la communauté gay française a peu de poids. Cette dernière peine à se faire entendre et se faire une place sur la scène politique.
Contrairement aux Etats-Unis, le " lobbying " politique gay n’est pas marqué. Tout juste représenté au sein des partis traditionnels ( quand les partis le permettent ) les associations ( devrait-on dire commissions ) rattachées aux partis sont ainsi vecteurs d’idées et d’ouverture sur les questions LGBT. Sans plus de poids de leur part. De là à parler de fort " lobby " gay en France, il ne faut pas abuser. Il n’y a pas de parti politique gay en France, pas de représentant national ( représentant au nom d’une cause unie et forte ) pas de groupe de pression...
Ces courants LGBT, rattachés aux partis politiques, sont multiples et non liés entre eux, chacun étant rattaché à son parti d’origine. Même constat d’un point de vue économique et financier. Le Marais parisien n’est pas comparable aux Etats-Unis, puisque ce presque ghetto n’a pas été établi pour constituer une société à part, où l’on pourrait vivre son homosexualité sans entraves ; mais pour pourvoir vivre comme tout le monde, là où se trouvent les homos. Le SNEG ( Syndicat National des Entreprises Gay crée en 1990 ) tente pourtant de créer un semblant d’unité du monde gay dans son aspect économique et financier, mais son poids ( même s’il est important ) reste marginal.
Même constat au niveau des votes en France. Longtemps s’est posée la question d’un " vote gay ". Et force est de constater qu’en France, il n’y a pas de vote communautaire, pas de vote identifié " homosexuel ". Le poids politique escompté en retour est donc faible pour les candidats qui ne cherchent même pas à courtiser l’électorat gay, tellement il lui est faible en terme de retours de voix. Si les politiques, en revanche, se penchent sur la question LGBT, c’est plus pour une question d’image politique, une envie de se démarquer en quelque sorte et montrer une politique sociale novatrice en la matière. Juste une question d’image et de communication donc...
Alors peut-on parler de " lobby " gay en France ? A mon humble avis non. Et Mr Vanneste est dans le faux en parlant de " lobby gay extrêmement puissant en France ". Visiblement, ce monsieur a parlé sans savoir, si réellement un " lobby " existait, nous aurions déjà accès aux mêmes droits que les hétéros, nous aurions déjà obtenu le mariage et l’adoption pour les personnes de même sexe. Force est de constater que nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui. Mais Mr Vanneste nous donne des prétentions que nous n’avons pas malheureusement. Par contre, nous pouvons voir que nous faisons peur.
Qu’au travers de cette image erronée glanée par Mr Vanneste, les homosexuels peuvent ( et doivent à terme ) jouer un rôle majeur, que ce soit politiquement, économiquement, financièrement ou socialement. Même si nous ne sommes pas organisés en " fort lobby ", nous avons aussi notre mot à dire, nous souhaitons aussi nous faire entendre, et nous revendiquons des causes communes comme par exemple l’Egalité des droits. Nous faisons peur par notre " fort poids de lobbyistes " ? Et bien pourquoi ne pas transformer l’essai ?
2012 approche, montrons aux politiques que nous pouvons faire changer les choses. Et les choses ont déjà commencé à bouger. Depuis peu, l’homosexualité est souvent mise en avant dans les médias, la société... Les mentalités évoluent. Et la dernière Gay Pride ( en été 2011 ) a marqué un tournant plus politique qu’à l’accoutumé. Une rupture au sein des LGBT ? Une tournure plus politique entamée par ces derniers ? Une chose est sûre, le lobby n’existe peut-être pas ( du moins pas encore ) mais il est en cours d’élaboration. La tournure plus politique de ces derniers temps ( revendication du mariage gay, adoption par les couples homos ) en est l’exemple criant.