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dimanche, décembre 06, 2020

Société : Personnes séropositives exclues des carrières militaires ( Un collectif saisit le Conseil d’Etat ) !

Plusieurs associations et militants dénoncent une discrimination et une réglementation sérophobe qui empêchent les personnes vivant avec le VIH d’accéder à certains métiers ! 

Un collectif réunissant des associations et des militants LGBT et antisida a indiqué qu’ils avait saisi mardi 1er décembre, Journée nationale de lutte contre le sida, le Conseil d'Etat. Il sollicite l'abrogation de la réglementation qui interdit aux personnes vivant avec le VIH d’effectuer une carrière militaire. 

Les personnes souhaitant endosser l’uniforme de gendarme, de pompier ou encore de soldat doivent passer une visite médicale à l’issue de laquelle une cotation dite " Sigycop " est calculée. Un coefficient entre 1 et 6 est déterminé. Les chances d’être recruté se réduisent fortement si le coefficient est supérieur à 2. Or, les personnes vivant avec le VIH se voient généralement attribuer un coefficient de 3, 4 ou 5 qui les exclut de facto. 

" Il s’agit d’une discrimination en raison de leur état de santé, totalement inacceptable ! ", indique le collectif, qui pointe une rupture d’égalité. 

" Aujourd’hui, en France, les nouvelles infections par le VIH touchent avant tout les hommes gays et bi et les personnes nées à l’étranger. Derrière une réglementation sérophobe se cache ainsi un système institutionnel qui discrimine les personnes en raison de leur orientation sexuelle et de leur origine ". 

Contacté par " Libération ", Maître Etienne Deshoulières, instigateur du recours auprès du Conseil d’Etat pour " excès de pouvoir ", pointe le fait que " les données médicales et scientifiques actuelles disent que les personnes séropositives sont traitées dans leur grande majorité et, quand elles le sont, ont une charge virale indétectable ". 

Leur situation est ainsi " comparable à celle des personnes séronégatives qui doit donner lieu à un traitement juridique identique ", a-t-il souligné. De son côté, le directeur général d’Aides, Marc Dixneuf, met en évidence le caractère discriminatoire du coefficient Sigycop. " Cette forme de sérophobie institutionnalisée, qui n’est pas fondée scientifiquement, entretient une sérophobie sociale plus globale ". 

Des représentations invalidées : Nos confrères rappellent que plusieurs rapports ont déjà tenté d’interpeller les pouvoirs publics sur ce dossier. Dans un rapport d’Aides en 2015, l’association met en évidence le fait que " le système de notation retenu par l’armée surprend en ce qu’il se fonde sur des représentations invalidées depuis plusieurs années, et contraires aux recommandations médicales et thérapeutiques actuelles ". 

Plus récemment, en 2019, c’est un rapport d'information sur l'évaluation des dispositifs de lutte contre les discriminations au sein des forces armées, rédigé par les députés Bastien Lachaud (LFI) et Christophe Lejeune ( LREM ), qui pointe la cotation Sygycop. 

" Les rapporteurs constatent donc que des personnes séropositives, sous traitement, avec une charge virale indétectable, sont jugées a priori inaptes à entrer dans les armées alors même que plusieurs centaines de militaires ont chaque année des rapports sexuels à risques en opération ". 

Un rapport du médiateur interne de la police va également dans ce sens en assurant qu’il n’est " aujourd’hui pas légitime d’exclure de manière automatique les personnes séropositives de la police nationale en appliquant strictement les coefficients du Sigycop désormais inadaptés ". 

" Libération " a appris auprès du cabinet de Marlène Schiappa, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, qu’une mission d’expertise allait être établie " sur la possibilité d’abrogation réglementaire ". Du côté de Beauvau, est contestée toute " application systématique d'une règle générale d’exclusion ". Le ministère de l’Intérieur évoque plutôt ' une évaluation au cas par cas de la situation de chaque candidat ". 

lundi, novembre 23, 2020

LGBT : L’armée allemande réhabilite ses soldats homosexuels !

De 1955 à 2000, de nombreux membres de la Bundeswehr ont été radiés, dégradés ou ont vu leur avancement limité à cause de leur préférence sexuelle. Désormais, un projet de loi entend leur rendre justice. 

Lorsqu’il avait 22 ans, en 1964, Dierk Koch a failli se rendre à Tokyo. A l’époque, ce jeune homme, originaire de Hambourg, effectuait son service militaire et s’était engagé pour vingt-quatre mois. On lui propose alors d’accompagner le célèbre bateau de la marine allemande Gorch Fock jusqu’au Japon, qui accueillait cette année-là les Jeux olympiques. Le jeune matelot jubile. Quelques jours plus tard, toutefois, son rêve s’écroule. Le jeune homme est convoqué par un commandant et radié, avec effet immédiat. La raison de ce renvoi est son homosexualité. A l’époque, en République fédérale, les relations sexuelles entre hommes sont interdites et sanctionnées par l’article 175 du Code pénal qui restera en vigueur jusqu’en 1994. 

Sans abri du jour au lendemain : " Le mot d’homosexualité n’a pas été prononcé mais on m’a signifié que la Marine ne pouvait pas envoyer à travers le monde un soldat " impliqué dans une telle chose ", se souvient Dierk Koch, aujourd’hui âgé de 78 ans. " Nous étions un mercredi, et j’ai dû quitter l’armée le vendredi à midi. Je me suis retrouvé du jour du lendemain sans abri, sans moyen financier et dégradé. Ce poids a pesé sur moi durant des dizaines d’années ", avoue-t-il. Il mènera ensuite une carrière en tant que cadre commercial, avec le soutien de sa famille. 

Dierk Koch est l’un des très rares à raconter cette expérience traumatisante. Combien de militaires homosexuels, comme lui, ont été radiés et discriminés en Allemagne, entre 1955 et 2000, date à laquelle toute discrimination a été officiellement levée dans la Bundeswehr ? Aucun chiffre n’est rendu public, mais un rapport ( le premier du genre ) a été présenté en septembre. Son auteur, le lieutenant-colonel Klaus Storkmann, a pu récolter 60 témoignages. 

Si, entre 1955 et 1969, l’homosexualité entraînait en Allemagne de l’Ouest la révocation systématique des soldats, cette mesure a été assouplie en 1970. L’homosexualité n’est alors plus pénalement condamnée mais considérée comme un élément d’insécurité. " Les soldats en question étaient recalés aux examens d’officiers ", expliquait en septembre Klaus Storkmann, lors d’une conférence en présence de la ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer. " En gros, vous aviez le droit d’être soldat mais pas de faire carrière. Cette situation a fait peser une énorme pression sur ces hommes qui ont caché leur homosexualité ". 

Si l’article 175 du Code pénal a été aboli en 1994, les discriminations se sont toutefois poursuivies au sein de la Bundeswehr jusqu’en juillet 2000. A cette date, poussée par une décision de la Cour constitutionnelle, l’armée allemande lève les limitations de carrière et s’ouvre même aux femmes. " Il aura fallu une génération pour arriver à ces changements ", commente Klaus Storkmann. 

Il faudra dix-sept années supplémentaires pour que les homosexuels, poursuivis et/ou condamnés en vertu du paragraphe 175, et quelle que soit leur profession, puissent être réhabilités. Dierk Koch a entendu parler de cette possibilité lors d’un débat organisé pendant la Gay Pride à Hambourg en 2017. Ce jour-là, il ose évoquer son histoire devant le public. Quelques mois plus tard, il voit sa condamnation annulée, obtient des excuses de la part de la République d’Allemagne et obtient 3000 euros d’indemnisation. 

" Malheureusement, très peu de victimes ont osé demander à être réhabilitées ", reconnaît-il. Si le Ministère de la justice estime à 5000 le nombre de personnes pouvant encore prétendre à ces indemnisations, à peine 300 ont déposé une demande. 

Les excuses de la ministre : Depuis le mois de juillet, toutefois, Dierk Koch peut espérer une autre indemnisation, de la part cette fois du Ministère de la défense. La ministre, Annegret Kramp-Karrenbauer, a annoncé vouloir réhabiliter et indemniser l’ensemble des soldats concernés et présentera une loi en ce sens le 25 novembre. En septembre, elle a aussi officiellement présenté des excuses, lors d’une conférence à laquelle participait Dierk Koch. " Le comportement de l’armée en matière d’homosexualité a été mauvais. Je regrette beaucoup cette pratique et présente mes excuses aux personnes concernées ", a-t-elle déclaré. " Si aujourd’hui encore la Bundeswehr n’est pas exempte de discriminations, nous sommes sur la bonne voie. Notre Bundeswehr est une armée ouverte et diversifiée qui se base sur les talents de ses membres ", s’est félicitée la ministre. 

Pour le lieutenant Sven Bäring, président de l’association QueerBw au sein de l’armée, les problèmes perdurent en effet, même si " beaucoup de choses ont changé " : " Il n’est pas toujours facile de faire remonter les plaintes. La crainte reste présente. Les soldats se demandent encore si leur homosexualité nuira à leur carrière ". Et de constater que sur les 200 généraux que compte la Bundeswehr, aucun n’affiche son homosexualité. Dierk Koch, lui, se dit satisfait par ce projet de loi et ne veut pas penser à ce que sa vie aurait été s’il n’avait pas été radié de l’armée. En revanche, il l’avoue : il regrette encore ce voyage manqué vers Tokyo et les Jeux olympiques. 

vendredi, novembre 13, 2020

LGBT : L'armée finlandaise classifie l’homosexualité dans la même catégorie que les maladies mentales !

Récemment, les forces de défense finlandaises ont été critiquées pour avoir utilisé des manuels d’instruction discriminatoire décrivant l'homosexualité comme un " obstacle " au service militaire. 

D’après le média LGBT+ PinkNews, cette information discriminatoire provient du centre de médecine militaire, qui est en charge de la santé des conscrits et du personnel de défense de la Finlande. D’après un rapport du médiateur parlementaire finlandais, le centre a déclaré dans un manuel de formation que l’orientation sexuelle, en particulier l’homosexualité, est un obstacle au service militaire.

Le manuel fait référence à des conditions de service militaire exigeantes. Il indique qu’un conscrit doit être amené à comprendre qu’en raison de son orientation sexuelle, il doit douter de sa capacité à accomplir le service militaire. Il est donc conseillé aux candidats gays d’opter pour la catégorie de classe C lors des inscriptions, qui comprend les personnes ayant des problèmes de santé mentale. Celles-ci sont exemptées de service militaire en temps de paix.

En réponse aux critiques et revendications formulés par l’ombudsman, le Commandement de la défense s’est expliqué et a affirmé que l’armée finlandaise ne considère pas l’homosexualité comme un trouble mental. De ce fait, elle ne devrait pas être un critère de classe C. L’ombudsman a donc conclu que les manuels pédagogiques sont offensants et discriminatoires. Les fameuses sections ont donc été supprimées dudit document.

Cette revendication est surprenante venant d’un pays comme la Finlande, qui est considérée comme l’un des pays les plus favorables envers la communauté LGBT+. L’an dernier, l’indice du bonheur gay a classé la Finlande comme étant le pays le plus chaleureux pour la communauté LGBT +, battant le Danemark, la Norvège, l’Islande, les Pays-Bas, la Suède et la Nouvelle-Zélande.

L’opinion publique est aussi très favorable envers les problématiques LGBT+ puisqu’un sondage de 2019 a révélé que 80 % des Finlandais.e.s pensent que la communauté LGBT+ devrait bénéficier des mêmes droits que les personnes cis et hétéro. Sanna Marin, la Première ministre de Finlande, est également issue d’un couple de femmes.

mercredi, octobre 28, 2020

En savoir plus : L’armée allemande reconnaît avoir discriminé les homosexuels pendant des décennies

L'armée allemande reconnaît avoir discriminé les homosexuels entre 1955 et 2000. Une loi doit réhabiliter des militaires rejetés. " Je présente mes excuses aux personnes concernées ", a déclaré la ministre de la Défense. 

Un mea culpa de l'armée extrêmement rare. Annegret Kramp Karrenbauer, la ministre des Armées allemande tient à réparer une faute historique : entre 1955 et 2000, les homosexuels ont été massivement discriminés. Une loi doit être annoncée prochainement pour réhabiliter ces militaires. " Le comportement de l'armée en matière d'homosexualité a été mauvais. Je regrette beaucoup cette pratique et présente mes excuses aux personnes concernées ", déclarait la ministre en septembre. 

Entre 1955 et 1969, l'homosexualité entraînait systématiquement l'expulsion des soldats. Combien ? Aucun chiffre n'a été dévoilé, mais un rapport du lieutenant-colonel Klaus Storkmann rapporte 60 témoignages. Parmi eux, cité par La Croix, celui de Dierk Koch. Aujourd'hui âgé de 77 ans, il s'engage en 1962 alors qu'il n'a que 18 ans.

Du jour au lendemain, sans abri ni moyen financier : Deux ans plus tard, il est convoqué par son supérieur. " Il n’a pas prononcé le mot d’homosexualité mais m’a annoncé que l’armée ne pouvait pas envoyer à travers le monde un soldat impliqué dans une telle chose. Je me suis retrouvé du jour du lendemain sans abri, sans moyen financier et dégradé de la Bundeswehr ", raconte-t-il dans le quotidien catholique.

Ces témoignages de discriminations sont nombreux. Chris raconte à la Deutsche Welle que des examens médicaux forcés étaient couramment pratiqués. Lui a quitté l'armée en 1992 après avoir été " examiné " lorsqu'il a évoqué son homosexualité.

Des discriminations jusqu'en 2000 : En 1970, les discriminations n'étaient plus systématiques mais elles ont duré au moins jusqu'en juillet 2000, date à laquelle la Cour constitutionnelle a rendu une décision qui fait jurisprudence, raconte La Croix. " Les soldats étaient recalés aux examens d'officiers. En gros, vous aviez le droit d'être soldat, mais pas de faire carrière. Cette situation a fait peser une énorme pression sur ces hommes qui ont caché leur homosexualité. Il aura fallu une génération pour arriver à ces changements ", explique Klaus Storkmann.

La loi que la ministre doit annoncer prochainement doit comporter une réhabilitation formelle des soldats qui ont été poursuivis en justice parce qu'homosexuels. Mais aussi une compensation financière à ceux qui ont été licenciés pour cette raison. " Il sera impossible de trouver chaque victime de discrimination à une échelle historique. Nous ne pouvons pas corriger toutes les injustices ", a regretté Annegret Kramp-Karrenbauer.

La crainte reste présente : " Aujourd'hui encore, la Bundeswehr n'est pas exempte de discrimination, nous sommes sur la bonne voie ", a reconnu la ministre. Pour le président de l'association LGBT+ QueerBw, " beaucoup de choses ont changé ", mais " il n'est pas toujours facile de faire remonter les plaintes. La crainte reste présente. Les soldats se demandent encore si leur homosexualité nuira à leur carrière ". D'autant que parmi les 200 généraux de l'armée, aucun n'est ouvertement homosexuel.

samedi, juillet 25, 2020

US : Pour l’armée américaine, le drapeau arc-en-ciel est un " symbole de division " !

Après les émeutes liées à la mort de George Floyd, le ministère de la Défense américain a interdit le drapeau confédéré sur ses bases… ainsi que le drapeau arc-en-ciel. Les associations LGBT+ sont vent debout.

L’armée américaine fait un curieux amalgame. De nouvelles règles sont entrées en application sur les bases américaines. Dans un premier temps, elles ont été applaudies car elles interdisent le drapeau confédéré, un drapeau décrié par les défenseurs du mouvement " Black Lives Matter ", qui a embrasé les Etats-Unis après la mort de George Floyd. Si ce drapeau est si critiqué, c’est parce qu’il représente les États du sud qui se sont battus pour le maintien de l’esclavage pendant la guerre civile.

Mais la nouvelle réglementation en vigueur dans l’armée n’interdit pas seulement le drapeau confédéré, mais tous les drapeaux. À quelques exceptions près : évidemment, le drapeau des États-Unis continuera de pavoiser les bases militaires, mais également les drapeaux de quelques États fédéraux et quelques autres. Selon le Washington Blade, le drapeau arc-en-ciel ne fait néanmoins pas partie de cette liste d’exceptions.

La Fierté des armées remise en cause : " Les drapeaux que nous arborons doivent être en accord avec les impératifs militaires d’ordre et de discipline, traitant notre peuple avec dignité, respect et rejetant les symboles de division ", écrit le ministre de la Défense dans une note. " On doit toujours rester concentré sur ce qui nous unit, notre serment envers la Constitution et notre mission de défendre la nation " , poursuit-il. Ce mémo pourrait compliquer les célébrations des Fiertés au sein de l’armée. Tous les ans depuis 2011, le Pentagone accueille un événement annuel en juin pour reconnaître la contribution des agents LGBT+ au sein de l’armée, et hisse à cette occasion des drapeaux arc-en-ciel.

" Nous avons été choqué d’apprendre les nouvelles règles. Interdire le drapeau arc-en-ciel produira l’inverse de l’objectif affiché de cohésion. Pour tous les soldats LGBT+, marins, sous-marins, pilotes ou civils qui protègent notre nation tous les jours, ce drapeau est un joyeux symbole d’espoir, d’acceptation et d’accomplissement. Il devrait continuer d’être hissé avec fierté ", explique Rudy Coots, président de la DOD Fierté, l’association LGBT+ de l’armée.

Un message alarmant aux agents LGBT+ : Selon la directrice de l’association des familles de militaires (MMAA), le Pentagone profite de cette occasion d’interdire le drapeau confédéré pour remplir un agenda LGBTphobe. " C’est absolument scandaleux que le ministre de la Défense interdise le drapeau arc-en-ciel, le symbole même de l’inclusion et de la diversité ", s’emporte Jennifer Dane. " Dans quel monde c’est possible de transformer la suppression d’un symbole raciste comme le drapeau confédéré, en une interdiction du symbole de la diversité ? Cette décision envoie un message alarmant aux agents LGBT+, leur famille et les futurs recrutés ", dit-elle dans le journal LGBT+ américain.

mardi, mars 10, 2020

Société : Pourquoi GendNote, la nouvelle application des gendarmes fait polémique !

Avec cette application, les gendarmes pourront saisir des données ethniques, religieuses ou politiques si elles sont " strictement nécessaires ", mais des questions persistent.

L’application " GendNotes " est-elle un outil de " fichage politique " ? Ce qui était conçu comme un simple outil permettant aux gendarmes de prendre des notes directement sur un smartphone ou une tablette et d’en améliorer la conservation et la transmission, est en train de devenir un motif d’indignation sur les réseaux sociaux, suscitant des inquiétudes quant au fichage des citoyens. Le point en trois questions !

Quelles sont les données concernées ?

Le décret adopté le 20 février par le premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, autorise l’usage d’une " application mobile de prise de notes " par les militaires de la gendarmerie nationale. Appelée GendNotes, elle est intégrée aux smartphones et tablettes Neogend qu’utilisent déjà les gendarmes.

Cette application sera utilisée " à l’occasion d’actions de prévention, d’investigations ou d’interventions nécessaires à l’exercice des missions de police judiciaire et administrative ". Parmi les données qui peuvent être collectées figurent des informations " relatives à la prétendue origine raciale ou ethnique, aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, à l’appartenance syndicale, à la santé ou à la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle ", précise le texte. Ce sont ces informations qui posent question.

Quels sont les garde-fous de l’outil ?

D'une part, ces données à caractère personnel ne peuvent être collectées que si elles sont " strictement nécessaires, adéquates et non excessives au regard des finalités poursuivies ". D'autre part, elles ne peuvent être enregistrées que " dans les zones de commentaires libres ". Ce détail technique fait toute la différence car il signifie qu’il est impossible de sélectionner une catégorie particulière de personnes à partir de ces seules informations sensibles ( " musulman ", " syndicaliste "... ). Par ailleurs, aucun dispositif de reconnaissance faciale ne sera mis en œuvre à partir de photographies prises dans ce cadre.

La durée de conservation des données est prévue pour trois mois ; la durée maximale ne pouvant excéder un an. En revanche, les données relatives à l’enregistrement lui-même ( l’auteur, la date, l’heure, le motif de l’opération et, le cas échéant, les destinataires des données ) sont, elles, conservées six ans.

Autre point ayant suscité des inquiétudes : Ce sont les gendarmes qui décident de la " nécessité " et de " l’adéquation " de cette collecte d’informations. Pour les aider, le ministère de l’intérieur s’est engagé à " pré-renseigner les champs libres avec une information spécifique relative à la manière dont il convient de les renseigner ", explique la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) dans son avis du 3 octobre.

D'ailleurs, la CNIL pourra être amenée à contrôler elle-même la mise en œuvre de ce traitement, rappelle l’avocat Emmanuel Daoud, membre du collectif " Les Surligneurs ", joint par Le Monde. Cela peut se faire par autosaisine, comme ce fut le cas pour les fichiers Judex et STIC en 2009 et 2013, ou après une plainte, comme en 2007 contre un fichier établi par la gendarmerie et illégal, car non déclaré préalablement auprès de la commission.

Quelles sont les limites de cet outil ?

En premier lieu, laisser le militaire de gendarmerie responsable du choix des informations à collecter est un risque pour les libertés individuelles, selon plusieurs spécialistes du droit. Pour Virginie Gautron, maîtresse de conférences à l’université de Nantes qui y a consacré une longue explication sur Twitter, ce décret ouvre la porte à des " collectes de précaution, " au cas où cela pourrait servir ", une tentation qu’on retrouve dans toutes les institutions ".

" Si le traitement a bien été validé par la CNIL, ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas susceptible de heurter les droits fondamentaux. Les risques présentés par le traitement semblent ainsi constituer une nouvelle régression en matière de protection des libertés individuelles ", abonde Me Emmanuel Daoud.

En outre, ajoute Virginie Gautron, la CNIL demandait que soient précisés dans le décret les fichiers vers lesquels les données seraient transférées, mais ça n’a pas été fait par le ministère. " La durée de conservation est certes limitée à un an, mais ces données alimenteront des fichiers pour lesquels les durées de conservation sont bien supérieures ".

Surtout, les critiques se concentrent sur les destinataires de ces informations : en effet, parmi les personnes pouvant y avoir accès, on trouve les militaires de la gendarmerie nationale et les autorités judiciaires, mais aussi les autorités administratives, comme le préfet et le maire. Or cette confusion est potentiellement dangereuse pour Virginie Gautron :

" Habituellement, chaque fichier précise et définit ses cibles ( ... ) Or, le ministère n’a absolument pas défini ces cibles, car il aurait fallu distinguer selon les différents types de missions ( judiciaires/administratives ) ".

" Je ne considère pas pour autant que la volonté initiale soit de créer un fichier " politique " et ne doute pas de la bonne volonté et du souci des règles de nombreux gendarmes. Pour autant, ce défaut d’encadrement ( ... ) est parfaitement intolérable ", estime la pénaliste. L’avocat Emmanuel Daoud note aussi ce risque :

" On pense notamment à l’état d’urgence, pendant lequel des moyens d’action renforcés sont donnés aux autorités administratives pour lutter contre les menaces terroristes, ce qui n’est pas de nature à rassurer, compte tenu des débordements constatés ".

Autre problème dans le problème : La transmission aux autorités administratives des données collectées se fera forcément en dehors de l’outil GendNotes, qui est réservé à la gendarmerie. " Une telle transmission ne pourra être opérée en dehors de ladite application que si des mesures suffisantes garantissent la confidentialité et la sécurité des données transmises. Compte tenu de la sensibilité de ces données, il conviendrait ainsi qu’elles soient transmises de manière chiffrée et que ces transmissions soient tracées ", jugeait déjà la CNIL en octobre. Or une telle solution n’a pas été dessinée.

Enfin, des données pourront ainsi être transférées à des organismes de coopération internationale en matière de police judiciaire, mais la CNIL regrette que le ministère n’en ait pas détaillé la liste.

mardi, février 04, 2020

Liban : Le tribunal militaire dépénalise une deuxième fois l’homosexualité !

L'ancien ministre de la Défense, Elias Bou Saab, dément au Daily Star avoir fait pression sur le juge Peter Germanos afin qu'il engage des poursuites contre le sergent J.R.

Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Peter Germanos, a refusé, une deuxième fois, d'engager des poursuites contre un soldat de l'armée libanaise pour " actes homosexuels ", bien que l'ancien ministre de la Défense, Elias Bou Saab, le lui aurait demandé de manière expresse, rapporte mercredi le quotidien anglophone The Daily Star.

Mardi soir, une source judiciaire haut placée a révélé au quotidien que M. Bou Saab, alors qu'il était ministre sortant de la Défense, a " explicitement demandé " au juge Peter Germanos de porter plainte contre le sergent de l'armée J.R. pour " acte criminel d'homosexualité " en se basant sur l'article 534 du Code pénal libanais. Cet article punit d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à un an toute conjonction charnelle contre nature mais l'homosexualité n'y est pas expressément mentionnée.

Cependant, le juge Germanos a décidé d'aller à l'encontre des instructions de M. Bou Saab et de clore le dossier. Selon la source qui cite le juge Germanos, le sergent a eu une relation consensuelle avec une personne de même sexe, et cela ne pouvait pas être considéré comme étant illégal. " Des poursuites auraient été engagées si la relation sexuelle n'était pas consensuelle, qu'il s'agisse d'une relation homosexuelle ou hétérosexuelle ", aurait affirmé le juge Germanos, toujours selon la source.

L'armée a ouvert une enquête lorsqu'elle a découvert que le sergent était en contact avec quatre autres soldats sur la célèbre application de rencontres gay Grindr, a indiqué la source.

En soirée, M. Bou Saab, dans une déclaration au Daily Star, a démenti avoir fait pression sur le juge Germanos afin qu'il engage des poursuites contre le sergent, affirmant qu'il avait simplement transmis une demande du chef de l'armée, le général Joseph Aoun, " conformément aux procédures militaires ". L'ancien ministre a également assuré qu'il soutenait les droits des homosexuels ainsi que le mariage civil et qu'il s'était prononcé en faveur de la réforme de ce qu'il a appelé une " loi dépassée ".

Ce n'est pas la première fois que le juge Germanos prend une décision en ce sens. En avril 2019, il avait acquitté quatre militaires accusés d’homosexualité et avait refusé de délivrer des mandats d’arrêt à leur encontre. C’était la première fois que la jurisprudence militaire libanaise s’inscrivait dans une tendance à la dépénalisation de relations entretenues entre individus de même sexe.

La communauté homosexuelle du Liban a constaté une très relative amélioration de sa situation au Liban durant les dix dernières années. Cette amélioration s’est concrétisée par sept décisions de justice en faveur de membres de la communauté LGBTIQ+, entre les années 2009 et 2019, et par un refus des juges de faire appliquer à ces cas l’article 534 du Code pénal.

Mises à part ces quelques mesures positives, les homosexuels continuent d’être peu ou pas tolérés au pays du Cèdre où ils n’en finissent pas d’être victimes d’arrestations arbitraires, d’intimidations, de moqueries, de discriminations en tous genres, et de violations de leurs droits humains liées à leur orientation sexuelle.

Au début du mois de mai 2019, l’association Proud Lebanon, qui soutient les communautés marginalisées du Liban parmi lesquelles les communautés lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, transsexuelle et queer, a réclamé l’abolition de cette loi criminalisant l’homosexualité.

lundi, décembre 30, 2019

US : Un navire américain flambant neuf portera bientôt le nom d'Harvey Milk, pionnier de la lutte LGBT !

Contraint de quitter la marine du fait de son orientation sexuelle, Harvey Milk, ancien conseiller municipal de San Francisco et pionnier de la lutte LGBT aux Etats-Unis, va donner son nom à un navire de la marine américaine dont la construction vient de débuter.

Mort il y a un peu plus de quarante ans, Harvey Bernard Milk était un homme politique et un militant pour les droits des homosexuels américains. Premier conseiller municipal ouvertement homosexuel de la ville de San Francisco, il avait été dans sa jeunesse lieutenant au sein de l'armée américaine. La construction du navire de la marine qui portera son nom vient de débuter, rapportent plusieurs médias anglophones, dont le quotidien britannique The Independent.

Une démission forcée : C'est à 21 ans que le jeune Harvey, originaire de l'Etat de New York, s'engage dans l'armée. Mais malgré une carrière qui semblait prometteuse, il ne renouvelle pas son engagement. Identifié comme homosexuel par ses pairs, à une époque où les militaires interdisaient aux personnes LGBT d'intégrer l'armée, il est contraint à la démission.

Après la Marine, la vie a emmené Harvey Milk à New York, où il a travaillé comme enseignant, analyste boursier et associé de production pour les comédies musicales de Broadway. Puis, il a déménagé à San Francisco en 1972 et a ouvert un magasin d'appareils photo dans le quartier de Castro, connu pour sa communauté gay. Dans cette ville, il est rapidement devenu un puissant militant local. Il a fondé la Castro Village Association pour les entreprises dirigées par des personnes LGBT, a siégé au Conseil des appels de permis de San Francisco et, en 1978, a prêté serment en tant que conseiller municipal.

Harvey Milk était un fervent défenseur des droits des homosexuels. Il s'est joint à d'autres pour s'opposer à une initiative de vote en Californie qui aurait rendu obligatoire le licenciement d'enseignants homosexuels dans les écoles publiques.

Sur proposition du Conseil municipal de San Francisco : Le 27 novembre 1978, Harvey Milk est assassiné avec le maire George Moscone dans la mairie de San Franscisco par l'ancien conseiller municipal Dan White. Harvey Milk et Dan White avaient du mal à s'entendre, s'opposant sur de nombreux projets de loi. Ce soir-là, des milliers de personnes se rassemblent à la lueur de bougies pour pleurer les deux personnalités et marchent à travers le quartier de Castro. En 2008, Harvey Milk a été incarné à l'écran par Sean Penn, dans un film de Gus Van Sant portant son nom.

En 2012, le Conseil municipal de San Francisco exhorte le secrétaire de la Marine à donner le nom d'Harvey Milk à un navire. La réponse n'est venue que quatre ans plus tard. En 2016, l'armée américaine a annoncé qu'un de ses futurs navires porterait son nom. " Maintenant, notre pays dit aux hommes et aux femmes qui servent, et au monde entier, que nous honorons et soutenons les gens pour ce qu'ils sont ", a déclaré à l'époque Scott Wiener, élu de San Francisco.

dimanche, avril 21, 2019

Corée du Sud : Les soldats gays menacés de triple peine !

C'était un officier modèle de l'armée sud-coréenne, productif, passionné. Avec une vie cachée : il était gay, et entendait le dissimuler à tout jamais à sa famille, et il entretenait une liaison avec un autre militaire.

Les deux officiers se retrouvaient secrètement après le travail à l'extérieur de leur base militaire.

La Corée du Sud est une société conservatrice et c'est la seule économie avancée du monde où les relations sexuelles consenties entre deux hommes sont un délit aux yeux de la loi militaire.

Or tous les Sud-Coréens sont contraints de servir sous les drapeaux pendant près de deux ans dans cette armée de conscrits chargés de défendre le pays contre les menaces nord-coréennes. Le service militaire obligatoire est considéré comme un devoir patriotique en Corée du Sud. Y échapper peut entraîner des stigmates durables, avec des répercussions sur le statut social, sur les perspectives d'emploi...

Quand l'officier a été découvert et inculpé, il encourait potentiellement une triple humiliation : une condamnation pénale, une exclusion de l'armée pour cause d'indignité et un " coming out " contraint auprès de ses parents, qu'il décrit comme des " chrétiens conservateurs et pieux ".

" Je travaillais très dur en tant qu'officier mais tout cela n'a plus compté quand je suis devenu un suspect ", dit à l'AFP le conscrit de 27 ans, qui témoigne sous couvert de l'anonymat. " Il y avait des jours où je voulais mourir ".

Aujourd'hui, l'une des plus hautes juridictions s'apprête à examiner ce type de situations difficiles.

Chasse aux sorcières : Les relations sexuelles homosexuelles entre civils sont légales en Corée du Sud. Toutefois, les gays, lesbiennes et transgenres sont discrets dans une société conservatrice influencée par les chrétiens évangéliques.

Et l'armée sud-coréenne poursuit sans relâche les soldats qui entretiennent des relations homosexuelles. En vertu de l'article 92.6 de son code pénal, connu comme la loi militaire sur la sodomie, ils encourent deux ans d'emprisonnement assortis de travaux forcés en cas de condamnation par une cour martiale.

L'officier, un conscrit, a été arrêté avec 21 autres soldats aux termes d'une enquête menée en 2017. Dans le cadre de leurs investigations, les enquêteurs avaient contraint les "suspects " à envoyer devant leurs yeux des messages à des utilisateurs d'applications de rencontres afin de débusquer d'autres soldats gays, selon le Centre des droits humains dans l'armée (CDHA), une organisation militante de Séoul qui accuse l'armée de se livrer à des "chasses aux sorcières ".

D'après le CDHA, trois officiers de la marine font actuellement l'objet d'une enquête pour violation de l'article 92.6. L'un d'entre eux avait révélé son homosexualité à un conseiller militaire qui l'a dénoncé.

 " Le fait qu'un thérapeute militaire ait révélé l'orientation sexuelle du soldat sans son consentement en dit long sur les droits humains au sein de l'armée sud-coréenne ", juge Lim Tae-hoon, directeur du CDHA. La marine explique que l'enquête est menée conformément aux dispositions du code pénal militaire et sur ordre du ministère de la Défense.

Négation de l'existence : Les autorités estiment que l'interdiction de la sodomie dans le code pénal militaire " est nécessaire au maintien d'habitudes de vie saines et salutaires et de la discipline au sein de l'armée, qui est une institution communautaire ", selon un porte-parole du ministère de la Défense à l'AFP.

La question des relations homosexuelles chez les soldats est controversée à travers la planète. Elles étaient interdites dans l'armée américaine jusqu'en 2013.

Dans une décision judiciaire historique, l'Inde a aboli en 2018 une interdiction des relations homosexuelles datant de l'ère coloniale mais le patron des forces armées indiennes, parmi les plus importantes du monde, a déclaré en janvier qu'elles ne seraient pas tolérées dans ses rangs.

En Corée du Sud, 12 soldats parmi les personnes arrêtées en 2017 ont attaqué la clause 92.6 devant la Cour constitutionnelle. L'officier anonyme ne figure pas parmi eux.

Depuis l'entrée en vigueur de la loi en 1962, cette Cour a été saisie trois fois. En 2016, elle l'a maintenue par cinq voix contre quatre. Cet arrêt a été dénoncé par les organisations internationales des droits humains, dont Human Rights Watch, qui a qualifié récemment la loi de " tache au bilan des droits humains du pays ". Amnesty International a fustigé un texte " archaïque et discriminatoire ".

L'officier anonyme a été relaxé par un tribunal civil l'année dernière, l'affaire ayant été transmise à cette juridiction à la suite de sa démobilisation après la fin de son service militaire. C'était la première fois qu'un soldat inculpé aux termes de l'article 92.6 était relaxé.

Mais l'accusation a depuis fait appel et le militaire attend désormais son deuxième procès, ainsi que l'arrêt de la Cour constitutionnelle. Il continue de cacher son orientation sexuelle à tous, ses parents, ses amis les plus proches.

" C'est comme si mon existence tout entière était niée ".