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mardi, décembre 29, 2020

Santé : Les assos de lutte contre le VIH tirent la sonnette d’alarme sur le financement de la recherche !

AIDES et Sidaction alertent sur un manque de financement de la recherche dans la lutte contre le VIH. Il manque 34 millions d'euros pour 2021, sur un budget de... 76 millions. 

" Une épidémie en cache une autre ", s'époumonait Aurélien Beaucamp, le président d'AIDES dans la presse. Concernant le coronavirus, Emmanuel Macron a évoqué un " quoi qu'il en coûte ". Mais la stupeur de 2020 et du Covid-19 a éclipsé la lutte contre le VIH. Les associations de lutte contre le VIH/sida craignent que 2021 ne soit pas plus reluisante pour la recherche. 

Au 1er janvier, l'ANRS ( Agence nationale de recherche sur le sida ) et le consortium REACTing seront officiellement fusionnés. Les budgets, eux, sont à la traîne. Pour 2021, la nouvelle agence nécessitera 76 millions de subventions d'État, mais il manque 36 millions d'euros pour la recherche sur le sida et les hépatites. Deux millions d'euros ont été attribués mais le gouvernement n'a pas pu s'engager à d'autres financements, regrettent AIDES et Sidaction dans un communiqué commun. " Notre préoccupation est immense ", regrettent les associations de lutte contre le VIH. 

Un montage qui affaiblit la lutte : " La situation sanitaire actuelle démontre que l’expertise acquise durant plus de 30 ans dans la lutte contre le VIH/sida doit être exploitée face à de nouveaux virus qui ne cessent d’émerger ", pointe Marc Dixneuf, directeur général de AIDES. Les modalités financières ne sont pas adaptées à l'urgence de la situation ni au fonctionnement d'une agence autonome. 

En clair, le budget dédié à la lutte contre le VIH pourrait être amoindri. " Nous craignons fortement que ce montage ne conduise inévitablement à ponctionner le budget initialement dédié à la recherche sur le VIH, alors que cette épidémie est loin d’être terminée ", s’inquiète Florence Thune, directrice générale de Sidaction. 

Les associations craignent que la nouvelle agence implique moins la société civile. Mais aussi une réduction des activités dans les pays du sud. Elles saluent la fusion mais dénoncent " une mise en œuvre opaque qui ne saurait garantir le maintien de la qualité de structures qui ont démontré leur efficacité ".

lundi, décembre 14, 2020

Santé : L'Onusida va lancer un vaste plan contre le VIH !

L’Onusida a présenté ses objectifs pour combattre le VIH d’ici à 2025, le 1er décembre. L’organisation internationale entend ainsi rebondir sur l’impact de l’actuelle crise sanitaire. 

Continuer le combat : Lors de la journée internationale de lutte contre le VIH/SIDA, l’Onusida a présenté un vaste plan d’actions. En conséquence, elle entend ainsi tirer des leçons de l’impact lié à la pandémie actuelle pour mieux rebondir. " L’échec collectif à investir suffisamment dans des ripostes au VIH complètes, fondées sur les droits et centrées sur les personnes a eu un prix terrible ", selon Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. " Pour remettre la riposte mondiale sur les rails, il faudra donner la priorité aux personnes et lutter contre les inégalités sur lesquelles les épidémies se développent ", ajoute-t-elle. Selon la formule 90-90-90, l’organisation mondiale va faire en sorte que 90% des personnes vivant avec le VIH aient une charge indétectable. 

Aujourd’hui, 38 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, parmi lesquels 12 millions n’ont pas de traitement. Pire encore, 1,7 millions d’individus ont contracté le VIH en 2019, 690 000 ont succombé à cette maladie. Conséquence de cela, la pandémie a clairement montré les inégalités qui persistent, ce qui " accroît la vulnérabilité au VIH des groupes marginalisés ". Chiffres à l’appui, l’Onusida sonne l’alarme, estimant que 100 000 à 300 000 personnes vont contracter le VIH, quand 70 000 à 150 000 personnes vont en décéder, d’ici à 2022. D’où, l’importance d’agir aujourd’hui. 

Poursuivre les efforts : Avec son plan, l’Onusida entend œuvrer pour " une solidarité mondiale et une responsabilité partagée ". Aux côtés des politiques, associations et structures médicales, l’organisation entend ainsi porter cinq actions. Parmi elles, financer et renforcer le secteur médical, garantir l’accès aux médicaments pour tou.te.s et, les droits et l’égalité. " Le temps est venu pour un engagement ambitieux en faveur de sociétés égalitaires, du droit à la santé pour tou-tes et pour une sortie de crise mondiale pérenne et équitable ", peut-on lire sur le site de l’Onusida, comme conclusion. 

Accédez au site de l'Onusida : Here/Ici 

dimanche, décembre 06, 2020

Société : Personnes séropositives exclues des carrières militaires ( Un collectif saisit le Conseil d’Etat ) !

Plusieurs associations et militants dénoncent une discrimination et une réglementation sérophobe qui empêchent les personnes vivant avec le VIH d’accéder à certains métiers ! 

Un collectif réunissant des associations et des militants LGBT et antisida a indiqué qu’ils avait saisi mardi 1er décembre, Journée nationale de lutte contre le sida, le Conseil d'Etat. Il sollicite l'abrogation de la réglementation qui interdit aux personnes vivant avec le VIH d’effectuer une carrière militaire. 

Les personnes souhaitant endosser l’uniforme de gendarme, de pompier ou encore de soldat doivent passer une visite médicale à l’issue de laquelle une cotation dite " Sigycop " est calculée. Un coefficient entre 1 et 6 est déterminé. Les chances d’être recruté se réduisent fortement si le coefficient est supérieur à 2. Or, les personnes vivant avec le VIH se voient généralement attribuer un coefficient de 3, 4 ou 5 qui les exclut de facto. 

" Il s’agit d’une discrimination en raison de leur état de santé, totalement inacceptable ! ", indique le collectif, qui pointe une rupture d’égalité. 

" Aujourd’hui, en France, les nouvelles infections par le VIH touchent avant tout les hommes gays et bi et les personnes nées à l’étranger. Derrière une réglementation sérophobe se cache ainsi un système institutionnel qui discrimine les personnes en raison de leur orientation sexuelle et de leur origine ". 

Contacté par " Libération ", Maître Etienne Deshoulières, instigateur du recours auprès du Conseil d’Etat pour " excès de pouvoir ", pointe le fait que " les données médicales et scientifiques actuelles disent que les personnes séropositives sont traitées dans leur grande majorité et, quand elles le sont, ont une charge virale indétectable ". 

Leur situation est ainsi " comparable à celle des personnes séronégatives qui doit donner lieu à un traitement juridique identique ", a-t-il souligné. De son côté, le directeur général d’Aides, Marc Dixneuf, met en évidence le caractère discriminatoire du coefficient Sigycop. " Cette forme de sérophobie institutionnalisée, qui n’est pas fondée scientifiquement, entretient une sérophobie sociale plus globale ". 

Des représentations invalidées : Nos confrères rappellent que plusieurs rapports ont déjà tenté d’interpeller les pouvoirs publics sur ce dossier. Dans un rapport d’Aides en 2015, l’association met en évidence le fait que " le système de notation retenu par l’armée surprend en ce qu’il se fonde sur des représentations invalidées depuis plusieurs années, et contraires aux recommandations médicales et thérapeutiques actuelles ". 

Plus récemment, en 2019, c’est un rapport d'information sur l'évaluation des dispositifs de lutte contre les discriminations au sein des forces armées, rédigé par les députés Bastien Lachaud (LFI) et Christophe Lejeune ( LREM ), qui pointe la cotation Sygycop. 

" Les rapporteurs constatent donc que des personnes séropositives, sous traitement, avec une charge virale indétectable, sont jugées a priori inaptes à entrer dans les armées alors même que plusieurs centaines de militaires ont chaque année des rapports sexuels à risques en opération ". 

Un rapport du médiateur interne de la police va également dans ce sens en assurant qu’il n’est " aujourd’hui pas légitime d’exclure de manière automatique les personnes séropositives de la police nationale en appliquant strictement les coefficients du Sigycop désormais inadaptés ". 

" Libération " a appris auprès du cabinet de Marlène Schiappa, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, qu’une mission d’expertise allait être établie " sur la possibilité d’abrogation réglementaire ". Du côté de Beauvau, est contestée toute " application systématique d'une règle générale d’exclusion ". Le ministère de l’Intérieur évoque plutôt ' une évaluation au cas par cas de la situation de chaque candidat ". 

En savoir plus : Le nombre de dépistages du VIH en chute libre de 56% pendant le confinement du printemps !

Santé Publique France dévoile ses données concernant le VIH. Le confinement a mis un coup d'arrêt à la stratégie de dépistage, pourtant capitale pour endiguer l'épidémie de sida. Les associations regrettent des données lacunaires. 

Les chiffres étaient attendus. Santé publique France a ( partiellement ) dévoilé les données annuelles concernant le VIH, ainsi que d'autres IST. Le constat est alarmant : pendant le premier confinement, entre mars et avril, le nombre de dépistages a chuté de 56%. Et les associations tirent la sonnette d'alarme. 

" La chute du nombre de sérologies observées, notamment en mars-avril, n'a pas été compensée par un rattrapage en juin-juillet, ce qui laisse craindre un déficit global de dépistages pour 2020 ", indique Santé publique France dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire. Le dépistage massif est pourtant la clef de la stratégie de lutte contre le VIH : aujourd'hui, une personne sous traitement a la même espérance de vie qu'une personne séronégative. De plus, une personne vivant avec le VIH qui suit son traitement ne transmet pas le virus. Le traitement, associé à la PrEP, a permis de faire baisser considérablement les nouvelles infections. 

Une situation d'autant plus inquiétante que la chute du nombre de dépistages s'accompagne d'une baisse de la délivrance de la PrEP. L'enquête Eras indique que pendant le confinement, " 59% des usagers de la prophylaxie pré-exposition l'ont arrêtée en raison d'une diminution de leurs rapports sexuels ". Deux mois après la fin du confinement, 15% des usagers ne l'ont pas repris. " Cette année, une épidémie en a caché une autre ", regrette Aurélien Beaucamp, président d'AIDES. Les associations déplorent un manque de volonté de la part du ministère de la Santé pour atténuer les effets du confinement sur les parcours de dépistage. " Si on baisse la garde sur les dépistages, on va le payer en nouvelles contaminations ", résume Florence Thune, directrice générale de Sidaction. 

Taux de positivité stable : Le taux de positivité au VIH est resté stable en 2019 par rapport à 2018, à 1,9 dépistages pour 1 000 sérologies réalisées. Les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH) restent les premiers concernés. Les HSH représentent 43% des nouvelles contaminations. Les migrants sont également en première ligne : 51% des nouvelles contaminations concernent des personnes qui ne sont pas nées en France ( dont 37% d'hétéros ). Les usagers de drogue représentent 2% des nouvelles contaminations, mais 35% d'entre eux apprennent le diagnostic à un stade avancé de l'infection. Enfin, et cela valide la stratégie de dépistage à grande échelle, une majorité des découvertes de séropositivité (51%) concerne des personnes qui n'ont pas été testées auparavant. 

Les contaminations aux autres IST explosent : Les gonocoques sont en augmentation de 58% en 2019 par rapport à 2017. Les chlamydiae augmentent de 20% sur la même période. Et les syphilis sont en augmentation de 22% par rapport à 2017. Pour autant, il n'y a pas lieu de s'alarmer : " ces IST sont évidemment beaucoup moins graves que le VIH, elles peuvent être traitées. D'autant que ces chiffres s'expliquent en partie par une augmentation du nombre de dépistages ", nuance Aurélien Beaucamp. Il rappelle qu'avant la PrEP, les dépistages effectués n'étaient pas aussi complets qu'aujourd'hui. 

Un manque de données toujours grave : Pour la seconde année consécutive, Santé publique France n'a pas indiqué le nombre de nouvelles contaminations au VIH. Le Bulletin de santé impute la raison à une " sous-déclaration plus importante que les années précédentes, liée en partie à la mobilisation des biologistes et des cliniciens sur l'épidémie à SARS-CoV-2 ". Les associations sont vent-debout : " c'est la deuxième année où l'on n'a pas de données fiables. Ça me rend hystérique. Ce manque de données nous empêche de faire efficacement notre travail de prévention ", s'agace une association, sous couvert d'anonymat. 

samedi, décembre 05, 2020

En savoir plus : Grindr accusé de diffuser une pub anti-PrEP, pourtant capitale dans la lutte contre le VIH !

L'application de rencontres aurait diffusé une publicité qui appelait à poursuivre le laboratoire Gilead contre des effets secondaires de la PrEP. Ces effets sont pourtant très maîtrisés et la PrEP permet de contrôler l'épidémie. 

Quelques jours après la journée mondiale de lutte contre le sida, l'accusation fait mal à Grindr. Captures d'écran à l'appui, un militant américain a dénoncé sur Twitter une publicité qu'il a trouvée sur l'appli de rencontre. Elle appelle à poursuivre Gilead, le labo pharma qui produit le Truvada. 

" Vous avez des effets secondaires lié à un médicament contre le VIH ? ", questionne simplement la publicité diffusée sur Grindr. Lorsque l'on clique sur la publicité, on arrive sur la page d'un cabinet d'avocats qui encourage à poursuivre Gilead qui commercialise le Truvada. " Le Truvada provoque des problèmes de rein, des fractures osseuses, et dans des cas extrême, la mort ", peut-on lire. " Vous pourriez recevoir des dommages et intérêts substantiels si vous prenez du Truvada et que l'on vous a diagnostiqué des problèmes de rein, ou des souffrances osseuses ", poursuit la publicité. " Surtout, vous ne payez rien tant que vous ne gagnez pas votre procès ", promet met la page. 

Publicité mensongère : " Pourquoi Grindr fait la promotion de publicité mensongère ? On sait qu'ils n'ont aucune base pour dissuader des gens de prendre un traitement contre le VIH ou la PrEP. Honte à Grindr. Vous devez faire mieux ", interpelle Grant Roth, médecin en santé sexuelle basé à Atlanta. " Grindr, vous ne pouvez pas revendiquer de soutenir notre santé sexuelle quand vous poussez des conneries pareilles ", écrit-il, visiblement énervé. 

En France, le site de la Haute autorité de santé indique que le Truvada peut en effet entraîner une insuffisance rénale ou une fragilité osseuse. En revanche, les personnes qui utilisent la PrEP sont suivies très régulièrement par un médecin. Toujours selon la HAS, un bilan trimestriel doit surveiller la fonction rénale, ainsi que la contamination possible aux autres IST. 

Des effets largement positifs : Surtout, les effets négatifs de la PrEP sont très faibles au regard des effets positifs. Non seulement, elle permet de coucher sans préservatif et sans risque de contamination au VIH, mais sa diffusion a permis d'endiguer l'épidémie de façon spectaculaire. Selon l'ONUsida, les nouvelles infections ont diminué de 52% dans le monde entre 2010 et 2019. Aujourd'hui, en France, quelque 6.000 nouvelles contaminations sont recensées. Par ailleurs, sous couvert d'anonymat, une association de lutte contre le VIH regrette que Grindr fasse payer les messages de prévention plus cher que Facebook.

mercredi, décembre 02, 2020

Santé : Pourquoi les jeunes ne savent pas grand-chose du VIH !

Alors que 13% des nouvelles contaminations concernent les moins de 25 ans, ils se détournent des messages de prévention traditionnels. Et les assos s'arrachent les cheveux. 

" Peut-être que cette vidéo est beaucoup trop intime et que je devrais la garder pour moi. Voilà, j'ai eu une syphilis. Je pense que ce sont des sujets dont on parle peu sur YouTube, alors que c'est hyper important. Si on pouvait ouvrir la parole là-dessus...", raconte Louis Cznv sur YouTube. Brun aux yeux bleus, ce vingtenaire gay raconte sans complexe qu'il a fait un plan avec un garçon qui a fini en MST. " On commence la chose et là, il me dit je n'ai pas de capote. Les gars s'il vous plaît, protégez-vous ", implore-t-il à ses 150.000 abonnés. Il explique avoir eu des symptômes au niveau de l'entrejambes. Le médecin lui fait faire des analyses et il apprend devant sa mère qu'il a la syphilis. 

Son traitement : une simple piqûre dans les fesses. " Ça aurait pu être grave, heureusement que je l'ai vu rapidement. Par pitié, si vous avez des symptômes ou un inconfort, allez vous faire dépister ", dit-il devant sa caméra. Il a bien raison de souligner que son public a besoin d'être sensibilisé : 13% des nouvelles contaminations après un rapport entre hommes concernent des jeunes de moins de 25 ans, en France. Un chiffre qui a du mal à baisser. Selon la mutuelle Heyme, 21% des étudiants ( toute orientation sexuelle confondue ) disent ne pas savoir où se rendre pour pratiquer un dépistage. Pire encore, 19% des étudiants pensent que le VIH peut être transmis par une piqûre de moustique, 12% en embrassant une personne porteuse (PPVIH) et 17% pensent que le contact avec une personne séropo peut être facteur de transmission. 

À l'école, seul le consentement compte : Vincent, 19 ans, lui est à jour de ses dépistages. " Le sida, ça enlève toute immunité, donc si on n'est pas diagnostiqué, on peut clairement crever d'un rhume ", croit savoir ce jeune homme. Sa famille lui a vaguement dit de faire attention lorsqu'il fait l'amour. Lorsqu'il a compris qu'il était homo, il a commencé à se renseigner sur internet, par curiosité. " À l'école, on a reçu peu d'information sur les IST. La seule éducation sexuelle qu'on ait eue, c'était une intervention centrée sur le consentement mais pas sur la biologie et les maladies ", regrette-t-il. Par comparaison, Jean-Ricardo, un jeune Belge de 20 ans, dit avoir vu des intervenants deux fois par an lorsqu'il était lycéen. Et depuis un peu moins d'un an, il prend la PrEP. 

Ils connaissent le geste, mais... : " Dans les années 1990, les campagnes de prévention faisaient rire parce que les étudiants étaient un peu gênés, explique Albéric, un prof de philo à Rennes qui a bataillé pour installer une campagne d'Aides dans son établissement en 1992. Aujourd'hui, il n'y a pas vraiment de message : on compte sur l'infirmerie et un cours en SVT où on parle plus de biologie que de santé sexuelle ". Ce prof cinquantenaire trouve compliqué aujourd'hui de parler de prévention auprès des jeunes. Lorsqu'il a tenté d'aborder le sujet, lors d'un cours sur le risque, la réponse a été unanime : " vous nous prenez pour des inconscients ? ", lui ont répondu en chœur les élèves. " Ils connaissent peut-être le geste de mettre la capote, mais est-ce qu'ils savent que lorsqu'on est indétectable, on est également intransmissible ? Qu'une personne vivant avec le VIH a une espérance de vie équivalente aux autres " ? 

Communication globale ou ciblée : " L'éducation nationale ne remplit pas son rôle d'informer les ados. Même si on doit communiquer au plus grand nombre, notre rôle est de nous adresser avant tout aux publics les plus vulnérables : les HSH ( les hommes qui ont des relations avec des hommes ), les migrants, les travailleur·e·s du sexe, les usagers de drogue. La jeunesse ne doit pas être notre seul prisme de communication ", pointe Aurélien Beaucamp, président d'AIDES. L'association a écrit un quiz, diffusé sur les réseaux sociaux, pour savoir le vrai du faux sur le VIH. Au passage, l'ONG demande une adresse mail et propose de s'abonner à une newsletter. 

L'association souhaiterait que l'exécutif mette en place une campagne de dépistage massive après une baisse historique lors du premier confinement ( -62% de dépistages pendant le confinement du printemps chez les 15-24 ans, selon les chiffres de Santé Publique France ). Julien ne manque pas d'idées pour faire redémarrer ces dépistages. Ce jeune bachelier est d'avis que les associations aillent directement dans les bars : " ils pourraient proposer de nous offrir un coup à boire si on se fait dépister ", propose-t-il. Sinon, il envisage de proposer un test VIH en même temps que les tests PCR pour se faire dépister au coronavirus. Et pourquoi pas ? 

" Le VIH au même plan que les fruits et légumes : Pour les assos, la communication est nécessairement compliquée : il n'est plus l'heure des marches funèbres dans les villes pour la " Saint sida " et des actions coup de poing. Le revers d'une vie normale est d'avoir du mal à mobiliser. " Les bons chiffres ont tendance à dédramatiser le VIH, les personnes qui viennent nous voir ne le perçoivent pas comme une menace ", explique Roman Krakovsky, président des Séropotes, une association de convivialité de PPVIH. " Même si on vit en bonne santé avec le VIH, les discriminations perdurent : difficultés pour avoir accès à la médecine, pour avoir un logement, discrimination au travail ". 

Lucas, 19 ans est ciblé par des messages de prévention sur les applications de rencontre. Il en voit aussi dans les transports en commun, mais il les trouve plutôt boring. " On met le VIH au même plan que mangez cinq fruits et légumes par jour ", remarque-t-il. Dans la veine, Sida Info Service a lancé un jeu des sept familles pour parler des IST aux 15-25 ans. On imagine les soirées de Noël : " Dans la famille de la syphilis, je voudrais le chancre..." Et puis, les 15-25 ans jouent-ils vraiment encore au jeu des sept familles ? 

Faire de la prévention auprès des boomers : Pour faire passer le message, les associations cherchent donc à imiter les marques et tentent de s'adresser aux influenceurs. Mais souvent sans succès. " Beaucoup de ces influenceurs pensent que le VIH n'est plus un problème ", pointe Florence Thune, la directrice générale de Sidaction. Et ce manque d'intérêt a une conséquence directe : des approximations dans les messages. " On a dû rétropédaler après des erreurs relayées par ces jeunes stars ", remarque-t-elle. En plus de constater qu'ils étaient tellement sollicités que souvent, la lutte contre le VIH n'était pas leur priorité. De toute façon, même les jeunes commencent à les bouder. " Ils nous parlent tout le temps de leurs codes promo pour telle ou telle marque, de leur pseudo bon plan. On en a marre de la pub cachée ", peste Julien. 

Les moyens de communiquer sont limités, alors même que Grindr fait payer plus cher les bannières publicitaires que Facebook, nous souffle un responsable d'asso. Alors, sans les budgets pharaoniques des stratégies marketing pensées pendant des mois, difficile de rivaliser avec les grandes marques. Les associations font donc comme toujours : avec deux bouts de ficelles. 

" Sur Instagram, j'essaie de capter l'attention des jeunes. Ils sont surpris d'apprendre qu'une femme, hétérosexuelle, blanche puisse elle aussi être porteuse ", indique Florence Thune. Plutôt que de donner un cours sur la PrEP, elle parle de sa propre expérience. Son audience est peut-être moindre, mais au moins, elle est sûre du résultat. 

" Je leurs dis que si la PrEP existait il y a 20 ans, je n'aurais certainement pas été contaminée et leur explique comment ils peuvent y avoir accès ", raconte-t-elle. " Mais surtout, je leur demande de faire de la prévention auprès de leurs parents ". Notamment parce que la directrice de Sidaction sait que le manque d'information des adolescents est sensiblement égal à leurs parents qui ont pourtant vécu les années 90... Et que 21% des nouveaux contaminés ont plus de 50 ans. 

En savoir plus : Sida info service lance une nouvelle plateforme d’information à la santé sexuelle !

Une nouvelle plateforme d'information à la santé sexuelle vient de voir le jour. Le site, alimenté par Sida info service, propose une écoute bienveillante des publics LGBT+. 

Trop souvent, l'éducation en matière de santé sexuelle se fait sur le tas, via des sites peu fiables ou hétéronormés. Qu'est-ce que le confinement change à nos sexualités ? Qu'est-ce qu'une sexualité épanouie ? Comment accéder gratuitement à des outils de prévention ? Quelle est la différence entre hépatite, chlamydiae, ou la gonococcie ? La PrEP protège-t-elle de toutes les IST ? Pour répondre à ces questions, Sida info service vient d'ouvrir une nouvelle plateforme dédiée à la santé sexuelle. 

Son but : parler de toutes les sexualités dans une démarche inclusive. Le site ne s'en tient pas à des conseils médicaux, mais aborde aussi les questions psychiques. Par exemple, on y apprend comment faire jouir une personne en situation de handicap, la différence entre le désir et la libido ou comment maîtriser les pannes. " L’objectif de cette plateforme est de dépasser les injonctions en matière de sexualité ", pointe Elie Terreaux, écoutante et chargée des publics LGBT+. En un mot, le site veut être un safe space : Sida info service est animé par les luttes pour les droits des personnes LGBT+, le militantisme antiraciste, le féminisme et la lutte contre la sérophobie

Des réponses en 48 heures : Alors qu'en temps de pandémie, les associations doivent réduire leurs ateliers de parole, le site propose des canaux d'écoute anonymes et gratuits par mail ou par tchat. Une réponse personnalisée est adressée à chacun·e en 48 heures. Les écoutants sont formés aux questions de santé sexuelle et aux différentes sexualités. " Les sollicitations sont traitées par des écoutant·e·s expérimenté·e·s et formé·e·s aux aspects médicaux et psycho-sociaux de la santé sexuelle. Les usager·e·s qui en exprimeraient la demande ou dont la situation nécessiterait une prise en charge médicale ou psychologique se verront orienté·e·s vers des structures adéquates " poursuit Elie Terreaux. 

La santé sexuelle est au cœur des préoccupations des associations LGBT+. Cette année, le mot d'ordre de la Marche des Fiertés était " santé bafouée, LGBTQI+ en danger ! ". Pendant toute la semaine, des tables-rondes ont traité des différentes thématiques de santé. 

Accédez à la plateforme Sida Info Service : Here/Ici 

dimanche, novembre 29, 2020

LGBT : Dans la lutte contre le VIH, AIDES frappe fort avec une nouvelle campagne de sensibilisation

L'association AIDES continue ses actions préventives à travers une petite flopée d'affiches et de spots vidéo percutants. Leur but ? Mettre un terme aux discriminations ciblant les minorités qui favorisent la propagation du VIH. 

Même en temps de confinement, la lutte contre le VIH ne connaît pas de répit. La preuve alors qu'AIDES vient de dévoiler sa toute nouvelle campagne de sensibilisation, sobrement intitulée " Pourtant, je m'appelle ". Une campagne entièrement digitale afin de s'adapter au contexte sanitaire restrictif. À coup de visuels chocs et de courts témoignages vidéo, cette campagne fraîchement inaugurée s'attaque aux discriminations. 

" Les personnes LGBTQI+, les migrant·e·s, les travailleurs·euses du sexe, les usager·ères de drogues ou encore les personnes détenues sont particulièrement vulnérables au VIH, explique l'association dans une note d'intention sur son site officiel. Les discriminations, inégalités et toutes les formes d'exclusion dont ils et elles sont victimes restreignent leur accès aux soins, aux traitements et à la prévention ". 

Mettre un visage sur les violences : Pour ce faire, AIDES fait appel à cinq personnes issues des minorités évoquées afin qu'elles livrent leur témoignage devant l'objectif. L'idée est donc de démanteler les stéréotypes corrosifs que la société cultive à leur égard pour qu'elles ne soient plus stigmatisées. 

Cette campagne inclusive sera déployée en grande partie sur les réseaux sociaux afin de toucher un maximum de personnes. En parallèle, un dispositif de don pour aider à la lutte contre le VIH est mis en place pour accompagner la campagne. 

Le site officiel ( Pour découvrir la campagne de sensibilisation ) : Here/Ici 

Video : Pourtant, je m'appelle... Eric ( AIDES ) !

samedi, novembre 21, 2020

Santé : Une personne séropositive sur trois ressent un stress " très lourd " à cause de son statut sérologique !

Une étude publiée dans The Lancet s'intéresse à ce que ressentent les personnes qui vivent avec le VIH. Une personne sur trois éprouve un stress " très lourd " à cause du virus. Mais les craintes s'estompent avec le temps. 

C'est la prestigieuse revue The Lancet qui l'affirme. Pour les gays et les bi, c'est encore difficile de vivre avec le VIH en 2020. L'annonce de son statut sérologique reste compliquée et a des conséquences sur les relations sociales, même si les inquiétudes diminuent avec le temps.

L'étude a été réalisée aux Pays-Bas. Elle montre qu'environ un tiers des 438 participants hollandais considèrent que le VIH les expose à des conséquences négatives et à un haut niveau d'anxiété. Dans The Lancet, seul un répondant sur cinq (23%) affirme qu'être porteur du VIH n'a pas de conséquence psychologique. Près de la moitié disent éprouver un niveau de stress " medium " et 31% disent que c'est " très lourd " pour eux. Mais globalement, les hommes qui ont été diagnostiqués récemment considèrent la vie avec le virus plus facile que ceux qui ont été diagnostiqués plus tôt. Et les chercheurs l'affirment : les personnes qui connaissent d'autres porteurs s'en sortent mieux.

Crainte des effets secondaires : Près d'une personne sur deux (44%) est inquiète des effets secondaires de son traitement. Cette préoccupation décroît avec le temps. Les chercheurs indiquent que ce niveau de préoccupation des effets secondaires n'est pas aussi élevé pour les autres affections de longue durée.

Lorsqu'on leur demande ce qui est difficile lorsqu'ils sont confrontés au VIH, les répondants indiquent avant tout l'annonce du statut sérologique et son influence sur les relations sociales. Près de la moitié des sondés (45%) estime qu'il est encore difficile d'en parler avec sa famille. Mais 36% considèrent que ne pas le dire est tout aussi compliqué. Une personne sur trois craint de l'annoncer à ses collègues de bureau mais un quart des personnes porteuses du VIH (PPVIH) ne sont pas tranquilles à l'idée de cacher leur statut sérologique au travail.

Des conséquences sur la vie sociale : Les réactions face à l'annonce sont les plus redoutées. On constate un double fardeau : les PPVIH interrogés ne veulent pas garder leur statut pour eux (37%). Mais elles redoutent également le rejet lors de l'annonce (23%). 

Une bonne nouvelle tout de même : Lorsqu'une personne est installée dans une relation de longue durée, le virus n'a pas d'effet négatif sur la qualité des rapports sexuels, rapporte Aidsmap. Malgré tout, presque un sondé sur deux (41%) explique avoir plus de difficultés à s'installer dans une relation stable, à cause du VIH. Un tiers craint que le VIH ait une conséquence négative sur ses liens avec les amis ou la famille.

mardi, novembre 17, 2020

Santé : L'Agence européenne du médicament donne son feu vert à une nouvelle thérapie par injection ( VIH ) !

" Cela signifie qu'au lieu de pilules quotidiennes, les patients reçoivent des injections intra-musculaires tous les mois ou tous les deux mois ", précise le communiqué de l'EMA. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a donné vendredi son feu vert à une thérapie par injection contre le VIH, une première qui pourrait changer la vie de millions de personnes atteintes du sida ou séropositives. 

Le cocktail de deux antirétroviraux (ARV) peut être injecté mensuellement ou tous les deux mois, remplaçant une prise quotidienne de cachets pour contenir l’infection au VIH, a indiqué l’Agence dans un communiqué, soulignant que ces deux ARV étaient les " premiers " à avoir une action de " longue-durée ", sous forme d’injection. 

" Cela signifie qu’au lieu de pilules quotidiennes, les patients reçoivent des injections intra-musculaires tous les mois ou tous les deux mois ", précise le communiqué. La recommandation d’autorisation de commercialisation de cette thérapie doit maintenant être approuvée par la Commission européenne avant sa mise sur le marché dans les 27 Etats membres de l’Union. Cette nouvelle thérapie pourrait changer la vie des personnes infectées par le VIH, notamment pour celles qui oublient de prendre leur traitement quotidien, ce qui favorise le risque d’un développement du virus. 

Le nouvel ARV, un cocktail de rilpivirine et de cabotegravir ( commercialisés sous le noms de Rekambys et de Vocabria ) permet de " bloquer la capacité du virus à se répliquer ", selon l’Agence. 

Quelque 38 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde en 2019, dont 2,3 millions en Europe, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il n’y a aucun traitement curatif pour la maladie, même si les ARV peuvent contrôler le virus à très long terme et permettent de prévenir sa transmission. 

lundi, octobre 26, 2020

Santé : Les délivrances de PrEP en chute libre depuis le début de l’épidémie de Covid-19 !

La PrEP pâtit de l'épidémie de coronavirus. La délivrance du traitement préventif contre le VIH est en diminution de 36% par rapport aux attentes. Le secteur associatif peine à mobiliser. 

Les répercussions de la crise sanitaire sont innombrables. Depuis le début de l'épidémie de Covid-19, on constate une forte baisse de délivrances de PrEP : elles sont en baisse de 36% par rapport aux projections fixées selon un communiqué de l'APM. Et la lutte contre le VIH peine à sortir du confinement... La situation n'est pas encore alarmante, mais elle pourrait rapidement le devenir.

Fin mars, 3.000 traitements étaient prescrits contre 5.500 avant le confinement. Après le confinement, soit entre le 11 mai et le 13 septembre, on constate une baisse de 19% des délivrances de PrEP par rapport à ce qui était attendu.

Cela représente un déficit de 27 435 délivrances de PrEP par rapport à ce qui était escompté. Du temps perdu dans la lutte contre le VIH. Car les nouveaux PrePeurs étaient, avant le confinement, en hausse de 32% par rapport aux chiffres observés en 2019. Mais une chute de 47% par rapport à 2019 a été constatée pendant le confinement.

Baisse de l'activité des CeGIDD : Une partie de cette diminution s'explique par la reconduction automatique des ordonnances pendant le confinement. Mais on remarque également une forte baisse des demandes de prescriptions. Plusieurs raisons expliquent ces chiffres. Selon les assos, de nombreuses personnes ont repoussé leur passage à l'hôpital de peur d'être contaminées par le virus. D'autant que les prises de rendez-vous n'étaient pas considérées comme prioritaires. " Les infectiologues ont été particulièrement mobilisés sur le Covid-19. En parallèle, on a pu voir une baisse importante de l'activité des CeGIDD ( les centres d'information, de diagnostic et de dépistages gratuits, ndlr ) ", indique Aurélien Beaucamp, président de Aides.

Le plus souvent, c'est lors de ces dépistages que les médecins peuvent informer sur la PrEP. Certes, depuis le déconfinement, l'activité a repris, mais les horaires d'ouverture restent bien souvent restreints. " C'est compliqué d'aller se faire dépister après le travail. Or, tester le plus grand nombre, ça fonctionne pour faire baisser les nouvelles contaminations ", insiste le président de l'association.

Une campagne de sensibilisation nécessaire : Actuellement, une expérimentation est en cours pour pouvoir se faire dépister gratuitement et sans ordonnance dans les laboratoires d'analyse. Mais une fois encore " les laboratoires sont entièrement mobilisés sur le coronavirus. C'est impensable de leur demander de tester à échelle massive pour le VIH ".

Un décret se fait également toujours attendre pour que les médecins de ville puissent prescrire la PrEP en première intention ( aujourd'hui, ils ne peuvent que renouveler une ordonnance ). Ce décret, actuellement examiné par le Conseil d'État, devrait être publié d'ici la fin de l'année, " sous réserve d’aléas dûs à la crise Covid ", souligne une source ministérielle.

Alors, pendant le confinement, Aides a multiplié les autotest envoyés par courrier. Une solution qui ne permet malheureusement pas de toucher un public éloigné de la sensibilisation au VIH. Aides souhaite que le gouvernement mette en place une campagne grand public de sensibilisation. " Il ne faudrait pas qu'une épidémie en cache une autre. C'est aujourd'hui très compliqué de mobiliser sur un autre thème que le Covid. La santé publique ne peut pas reposer uniquement sur les associations. Il faut sensibiliser car on est bien en deçà de l'objectif de 40.000 personnes qui prennent la PrEP ", insiste-t-il. 

lundi, octobre 05, 2020

Santé : Police, armée, pompier ( Stop aux exclusions liées au VIH ) !

Les associations Mousse, Stop Homophobie, ELCS, ADHEOS, FLAG! et Familles LGBT demandent officiellement au ministre des Armées et au ministre de l’Intérieur de mettre un terme aux exclusions des personnes vivant avec le VIH de la police, de la gendarmerie, de l’armée et des pompiers !

Actuellement, les personnes atteintes du VIH sont exclues du recrutement ou renvoyées si l’administration apprend leur statut sérologique. Il s’agit d’une discrimination en raison de l’état de santé, totalement inacceptable !

Avec les derniers traitements antirétroviraux, la grande majorité des personnes séropositives vivent en bonne santé et sont tout à fait aptes à servir comme policier, pompier, gendarme ou militaire. Mieux, les dernières études montrent que les personnes vivant avec le VIH avec charge virale indétectable ne peuvent pas transmettre le VIH en cas de projection de sang (1). 

Il n’y a donc aucun risque à ce que ces personnes fassent partie des forces de l’ordre. Les exclure, c’est discriminer sans raison des personnes vivant avec le VIH. Le défenseur des droits, la Halde et un rapport parlementaire ont dénoncé cette injustice flagrante. Le ministre des Armées et le ministre de l’Intérieur peuvent très facilement mettre un terme à ces discriminations. Il leur suffit d’abroger les arrêtés qui instituent l’exclusion des personnes vivant avec le VIH (2).

Signez la pétition : Here/Ici

(1) Consultez en ligne les positions de l’OMS et de l’ONU.
(2) Ministre de l’Intérieur : arrêtés du 12/09/2016, 06/05/2000, 02/08/2010 et 20/12/2012 ; Ministre des Armées : arrêtés du 20/12/2012 et 10/07/2017, instruction n°2100/DEF/DCSSA/AST/AME

lundi, septembre 07, 2020

En savoir plus : Les Séropotes reçoit l’agrément du ministère de la santé !

Les Séropotes a obtenu l’agrément national du ministère de la santé, en juillet dernier. Ce titre symbolique vient consacrer la visibilité de l’association dans son engagement sur la santé communautaire. 

Une récompense : Les Séropotes a reçu l’agrément du ministère de la santé, cet été. Après des années d’action dans la santé communautaire, ce titre apporte une visibilité supplémentaire pour l’association. " Cette décision récompense le travail collectif accompli ces dernières années dans l’accompagnement et le soutien des personnes vivant avec le VIH ( PVVIH ) et la promotion de leurs droits. Il nous conforte également dans notre volonté de continuer notre action, en faveur d’une société séro-inclusive ", déclare Roman Krakovsky, Président des Séropotes. 

En conséquence, elle rejoint la longue liste des associations à posséder ce titre : Aides, Actions traitements ou encore Act-Up Paris. " Cet agrément, fruit du soutien de ses membres et de ses nombreux partenaires, nous engage et nous comptons l’honorer en défendant les droits des personnes vivant avec le VIH au sein des instances hospitalières et de santé publique ", a-t-il confié. 

Depuis son lancement, en 2009, Les Séropotes ont joué un rôle important dans la sensibilisation des structures médicales et juridiques sur les IST. En collaboration avec l’artiste allemand Ralf König, l’association a initié diverses campagnes sur la sérophobie, comme " Zérophobie " et " VIH indétectable = zéro transmission ". Parallèlement, elle a conjointement élaboré une série de stratégies sur le volet de la santé et des discriminations avec les instances politiques et associations LGBTQI+. 

De nouvelles actions : En janvier dernier, Les Séropotes ont élargi leur champ d’action avec une implication sur l’assurance-emprunteur et les soins non-VIH. Suivant un colloque professionnel, l’association a continué à porter ces questions lors de différents débats publics. Depuis peu, elle élabore une plateforme internet d’accompagnement global des personnes vivant avec le VIH, prévu pour fin 2020. 

jeudi, septembre 03, 2020

Santé : Le VIH en état de " dormance " chez certaines personnes séropositives !

Chez ces individus, le virus serait prisonnier de " déserts génétiques "... Une des caractéristiques du VIH, le virus déclencheur du sida est d’être difficilement éradicable car il se tapit sous forme dormante dans le génome de cellules de son hôte, constituant des réservoirs viraux, prêts à refaire flamber la maladie si les traitements sont interrompus. Environ 0,5 % des personnes infectées ne semblent pourtant pas soumises à cette reprolifération du virus. On les appelle les " contrôleurs d’élite ".

Des zones pauvres en gênes actifs : Une étude parue la semaine dernière dans la revue Nature éclaire, au moins en partie, les raisons de ce pouvoir. Les auteurs ont comparé les génomes viraux de soixante-quatre " contrôleurs " à ceux de quarante et un patients traités par antirétroviraux.

Selon la professeure Xu Yu ( Harvard Medical School ), " nous avons constaté que chez les contrôleurs d’élite, le VIH se trouvait souvent dans des emplacements du génome humain que les chercheurs appellent déserts génétiques ". Des zones pauvres en gênes actifs, ce qui entraverait la reproduction du virus, qui utilise la machine génétique de son hôte pour se multiplier.

Les auteurs suggèrent que cet état de dormance virale profonde a un rôle majeur dans le maintien du contrôle sans médicament anti-VIH, mais le phénomène ne serait pas complètement permanent ou irréversible.

L’étude avance une piste de traitement qui consisterait à ne cibler que les copies du virus installées dans les zones actives du génome, sans se préoccuper des autres. Mais ce traitement sélectif reste à inventer.

samedi, août 22, 2020

Santé : Une souche de VIH ultra-résistante identifiée chez deux hommes en France !

Une équipe de médecins français vient de publier dans la revue scientifique The Lancet une étude dans laquelle ils disent avoir identifié une souche de VIH résistante à pratiquement tous les antirétroviraux chez deux hommes en France. Il s'agit, disent-ils, d'un " événement sans précédent ", tant la transmission par voie sexuelle d'un virus aussi résistant aux médicaments n'a pratiquement jamais été répertoriée nulle part dans le monde.

Cette équipe de chercheurs, composée essentiellement de médecins exerçant au Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse (Haute-Garonne ), pourrait ainsi être à l'origine d'une découverte médicale majeure.

L'émergence d'une souche de VIH, le virus responsable du sida, quasiment invincible a en effet été longtemps perçue comme une menace virtuelle et potentiellement considérable pour la santé publique mondiale, or ce qu'ils ont trouvé est bien réel et doit donc faire l'objet d'une surveillance particulièrement étroite pour garantir la sécurité sanitaire.

Le premier cas qu'ils présentent dans leur publication concerne celui d'un jeune homme de 23 ans ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. Contaminé en septembre 2019 par une souche ultra-résistante du VIH-1, ce patient a pu être dépisté au plus tôt après avoir développé une primo-infection au virus, c'est-à-dire que son corps a développé plusieurs symptômes qui ont alerté les médecins.

Dans leur étude, ces derniers précisent en outre que le jeune homme n'avait pas utilisé de prophylaxie pré-exposition. Concrètement, cela signifie qu'il ne prenait pas de médicaments contre le VIH en prévention avant d'avoir des rapports sexuels.

Certaines personnes, essentiellement des hommes homosexuels, peuvent en effet se voir prescrire des antirétroviraux alors même qu'ils ne sont pas infectés par le VIH, et cela justement pour éviter de l'être. Une méthode que l'on appelle la PrEP dans le jargon médical. En l'état actuel des choses, rien ne permet cependant de dire que cette prophylaxie aurait pu permettre au premier patient étudié d'éviter d'être contaminé, du moins les médecins ne l'indiquent pas clairement dans la présentation de leur étude.

Ce qui frappe, en revanche, et c'est précisément ce qui interroge les scientifiques, c'est de savoir par quels mécanismes cette contamination a pu se faire dans la mesure où, jusqu'à présent, la doctrine admise en la matière voulait qu'il y ait peu de transmissions de souches de VIH-1 multirésistantes justement parce que l'on pensait que ces souches, en étant hautement mutées, avaient plus de mal à se propager.

Dans leur étude, les médecins toulousains prennent toutefois le soin de préciser que dans les cas de primo-infections au VIH-1 en France, " moins de 0,1 % des souches identifiées présentaient une résistance aux trois principales classes de médicaments antirétroviraux ". Bien qu'infimes, ces cas existent donc bel et bien.

Deux cas similaires dans la même région : Par contre, et c'est ce qui est d'autant plus préoccupant, c'est que les médecins ont également découvert que cette même souche de VIH-1 ultra-résistante et présentant exactement le même profil de mutation, a aussi été découverte chez un autre patient, âgé lui de 54 ans, originaire de la même région de France ( les médecins ne précisent pas laquelle ).

Ce patient, ayant lui aussi des rapports sexuels avec d'autres hommes, présente par ailleurs un profil singulier puisqu'il était déjà séropositif depuis 1995 mais avec une longue histoire d'échecs virologiques.

Dans leur étude, les médecins écrivent que " les souches prélevées chez les deux patients étudiés ont permis d'établir qu'elles sont phylogénétiquement liées, mais un historique de transmission directe n'a pas pu être établi, ce qui suggère des liaisons intermédiaires non échantillonnées ". En clair, d'autres patients non encore identifiés pourraient être concernés.

Reste que deux cas avérés d'un virus ultra-résistant au VIH dans une zone et dans un délai aussi réduits constituent en soi un événement fondamental à ne pas prendre à la légère tant il est rarissime dans la littérature scientifique. Par ailleurs, si une souche de VIH-1 multirésistante avait déjà été signalée à New York ( Etats-Unis ) en 2004, celle-ci était néanmoins sensible à au moins une classe de médicament antirétroviral, contrairement aux souches récemment identifiées en France.

Pour conclure, les médecins indiquent que seul un réseau de surveillance épidémiologique composé de virologues et de cliniciens, appuyés par des acteurs locaux de prévention comme les associations, peut empêcher la diffusion de cette souche de VIH-1 particulièrement coriace.

De même, ils plaident pour que la recherche ait les moyens de travailler sur la mise au point de nouvelles classes de médicaments antirétroviraux, seules à même de proposer des thérapies alternatives et efficaces à ces souches ultra-résistantes.

jeudi, juillet 16, 2020

En savoir plus : L’Île-de-France facilite l’obtention d’un prêt pour les séropos !

La région Île-de-France lance un dispositif d’aide à l’obtention d’un prêt pour les personnes vivant avec le VIH. Une bonne mesure, mais qui interroge sur la persistance des surprimes des assureurs pour les personnes vivant avec le VIH.

La région Île-de-France a annoncé un dispositif pour aider les Franciliens " gravement malades " à emprunter en vue d’acheter un premier bien immobilier. Cette incitation s’adresse ( donc ) aux personnes gravement malades ou l’ayant été, en prenant en charge le coût supplémentaire demandé pour assurer un prêt bancaire à cause de leur dossier médical. Et les personnes vivant avec le VIH sont notamment concernées.

Ce dispositif a été acté avec la signature d’une convention " Garantie immobilière solidaire " avec plusieurs assureurs ( CNP assurance, La Banque postale, Banque Populaire ou la Caisse d’Épargne... ). L’aide sera effective à partir du 25 août. Elle se veut complémentaire de la convention " Aeras ", qui est censée faciliter l’accès à l’assurance des prêts des personnes qui ont connu " un grave problème de santé ". Une convention jugée " trop peu connue du grand public ", selon la présidente de la région, Valérie Pécresse, d’autant qu’elle " ne compense qu’une partie de la surprime " demandée par les assureurs. Ce fonds régional de garantie de 3,7 millions d’euros vise donc à palier ce manque, au moins jusqu'à fin 2021 mais il a vocation à être pérenne, rajoute la présidente de région.

Problème de fond avec les assurances emprunteur : Mais certaines assos émettent des inquiétudes. C’est notamment le cas des Séropotes, une association d’accompagnement de personnes vivant avec le VIH. En effet, ce fonds est soumis à des conditions de ressources et concerne les prêts d’un montant inférieur à 320.000 euros. " Les conditions à remplir limitent énormément le dispositif. Cela ne concernera que quelques dizaines de personnes ", réagit Roman Krakovsky, président de l’association Les Séropotes.

Mais le président des Séropotes regrette surtout qu’un tel dispositif soit encore nécessaire. " On demande à une personne vivant avec le VIH de payer une surprime pour assurer un prêt, alors même qu’elle vit aussi longtemps qu’une personne qui n’a pas le VIH, lorsqu’elle est sous traitement. Rien aujourd’hui ne justifie que l’on nous fasse payer plus ", insiste Roman Krakovsky qui appelle à revoir l’ensemble de la procédure. " Les règles d’assurance ont été conçues il y a de nombreuses années, lorsque la recherche sur le VIH n’était pas aussi poussée qu'aujourd’hui ", souffle le président de l’association. Et cela, ce n’est pas du ressort de la région Île-de-France.

vendredi, juillet 10, 2020

Santé : Une rémission du VIH sans greffe de moelle osseuse suscite de nouveaux espoirs !

Une nouvelle piste de traitement contre le VIH pourrait avoir été trouvée : un patient est en rémission depuis un an sans avoir subi de greffe de moelle osseuse.

Une nouvelle étape a été franchie dans la recherche contre le VIH/sida. Un patient porteur du virus pourrait être le premier patient adulte à guérir de la maladie sans avoir eu besoin d’une greffe de moelle osseuse. L’homme est en rémission depuis plus d’un an, ont annoncé les chercheurs mardi 7 juillet à l’occasion de la 23ème conférence internationale sur le sida organisée par l’ONU.

Avant lui, deux patients, appelés " Berlin " et " Londres ", semblent avoir guéri du VIH après avoir subi une greffe de moelle osseuse. Cette greffe est une opération à haut risque utilisée notamment pour traiter certains cancers. Mais ce troisième patient ( qui ne montre plus de signe d’infection ) aurait donc été guéri avec un traitement différent. Cet homme, un Brésilien de 34 ans, a été diagnostiqué positif au VIH en 2012. Il a reçu plusieurs antiviraux puissants ( du maraviroc et du dolutégravir ) afin d’étudier si ces molécules lui permettraient d’éliminer le virus.

Le patient contrôle désormais le virus sans traitement : Après 57 semaines sans traitement contre le VIH, le patient est resté négatif aux tests de détection des anticorps. Selon Ricardo Diaz, un expert des maladies infectieuses à l’université de Sao Paulo, cet homme peut être considéré comme indemne. " L’important pour moi est d’avoir un patient qui était sous traitement et qui contrôle désormais le virus sans traitement ", explique-t-il. Les patients sous traitement ont désormais une espérance de vie équivalente aux personnes négatives mais ils doivent ingérer des antirétroviraux à vie. " Nous ne sommes pas en mesure de détecter le virus et le patient perd la réponse spécifique au virus : si vous n’avez pas d’anticorps, vous n’avez pas d’antigène ( de virus, ndlr ) ", détaille le professeur.

Cette découverte suscite des espoirs : C’est une piste plus " éthique " que la greffe de moelle osseuse pour les personnes gravement malades qui doivent vivre avec le VIH, estime le docteur Diaz. La greffe de moelle est une opération très lourde : " Il faut mettre en balance le taux de mortalité de 10 % pour une transplantation de cellules souches et le risque de mort si on ne fait rien ", expliquait en mars le professeur Ravindra Gupta.

Prudence : Toutefois, les professionnels de la lutte contre le VIH appellent à la prudence. Notamment Florence Thune, présidente de Sidaction, qui dans un tweet, a écrit : " Nous rêvons tous de guérir du VIH. Mais nous avons aussi appris à respecter le temps de la recherche pour ne pas (se) créer de faux espoirs ( suivez mon regard... ). Une manière de doser au mieux patience, prudence, preuves avérées et optimisme ".

Selon l’ONU, 40 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH et 1,7 million l’ont contracté l’année dernière. Face à cette nouvelle, les médecins aussi restent prudents. " Ces données doivent faire l’objet d’une analyse plus approfondie ", selon Sharon Lewin, la directrice du Doherty Institute for Infection and Immunity de Melbourne (Australie). Des rémissions, même longues, ont déjà été signalées sans qu’une guérison puisse être affirmée.

Source

jeudi, juillet 09, 2020

Santé : La suppression de la période d'abstinence imposée aux homosexuels pour le don du sang inquiète AIDES et l'AFH !

Présentée comme une " discrimination " par des associations LGBT, la période d'abstinence vise avant tout à protéger les receveurs, rappellent AIDES et l'Association Française des hémophiles.

C'est un vote passé presque inaperçu, en commission spéciale bioéthique : mercredi soir, des députés, principalement de gauche, ont voté la suppression de la période d'abstinence de quatre mois demandée aux hommes homosexuels avant de pouvoir donner leur sang, par le biais d'un amendement du co-rapporteur Hervé Saulignac ( Parti socialiste ). " Les critères de sélection du donneur ne peuvent être fondés sur le sexe du ou des partenaires avec lesquels il aurait entretenu des relations sexuelles ", écrivent les députés.

Ce vote répond à une revendication d'associations LGBT voyant dans cette mesure une discrimination à l'encontre des homosexuels. " Ce critère faisait peser ce stéréotype d'une sexualisation à outrance sur les hommes gay et bi, plaide ainsi Jérémy Faledam, coprésident de SOS Homophobie. Pour nous, il était essentiel que ces critères soient basés non pas sur une population, mais sur des comportements ". Mais l'amendement suscite au contraire l'inquiétude de l'Association française de lutte contre le VIH AIDES, et de l'Association Française des hémophiles (AFH), qui rappellent que cette règle, basée sur des données scientifiques, vise avant tout à protéger les receveurs.

Un risque épidémiologique chez les hommes homosexuels : Un homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HsH) aurait en effet 200 fois plus de risques d'être exposé au VIH qu'un homme ayant des rapports hétérosexuels, rapporte le Centre régional d'information et de prévention du sida et pour la santé des jeunes (CRIPS) d'Île-de-France. " 40% des personnes qui découvrent, chaque année en France, leur infection au VIH, sont des hommes homosexuels ", abonde Marc Dixneuf, directeur général d'AIDES. " Ce qui nous étonne, c'est que cette dimension épidémiologique du VIH est souvent absente des discussions chez les gens qui parlent de discrimination ". " On sait qu'il y a un risque d'infection massive chez les HsH, insiste Marc Dixneuf. Le don du sang n'est pas un droit mais l'expression de la volonté du donneur. Au contraire, c'est le droit du receveur d'avoir un don absolument sûr ".

" Le surrisque, il existe aussi chez d'autres personnes concernées par ces critères de sécurité. Par exemple, si vous avez séjourné en Angleterre dans les années 1980 ou 1990, si vous avez reçu une transfusion sanguine, si vous avez un certain poids, on vous écarte du don du sang : c'est pour garantir la sécurité maximale des receveurs, dans des situations extrêmement fragiles ", souligne pour sa part Nicolas Giraud, président de l'Association française des hémophiles (AFH).

" Cette sécurité n'est pas négociable, que ce soit pour notre communauté d'hémophiles ou pour une femme qui va recevoir une transfusion sanguine après une hémorragie post-partum, et qui sortirait avec une maladie ! ", ajoute le président de l'AFH.

Le critère des partenaires multiples jugé non pertinent : Mais pourquoi ne pas prendre en compte le seul critère des multiples partenaires sexuels ( comme c'est le cas pour les donneurs de sang hétérosexuels ou pour les lesbiennes ) plutôt que de viser une communauté selon son orientation sexuelle ? Marc Dixneuf balaie l'argument : " C'est la négation de la prévalence du VIH chez les gays, prouvée dans toutes les données de veille sanitaire. Bien sûr, au niveau individuel, entre un hétérosexuel multipartenaires et un homosexuel qui a peu ou jamais de relations sexuelles, il y a une différence : mais pour la dynamique d'une épidémie, on ne raisonne pas au niveau individuel ".

" Accuser AIDES de stigmatiser les gays, ce serait quand même fort ! ", s'agace Marc Dixneuf. En revanche, lors de l'entretien préalable avec un médecin, le directeur général d'AIDES reconnaît que " la manière de poser les questions était au mieux maladroite, au pire discriminante ", et qu'un effort a dû être fait pour que " les personnes puissent parler de leur risque éventuel sans se sentir jugées ".

Le traumatisme du scandale du sang contaminé : L'interdiction pour les HsH de donner leur sang remonte à 1983, lors de l'irruption de la pandémie de SIDA. Mais cette règle reste mal, voire pas appliquée jusqu'en 1985. Un déni qui donnera lieu à l'affaire du sang contaminé ( au VIH et à l'hépatite C ), révélée au grand jour, en France, en 1991, mais qui durera jusqu'en 2003. Aujourd'hui, le traumatisme reste encore très ancré chez les personnes hémophiles ( on estime aujourd'hui que 1350 d'entre elles ont été contaminées ) mais aussi chez la communauté gay.

Un militant engagé dans la lutte contre le SIDA confie ainsi au Figaro son désarroi : " Pour moi, gay, après 20 ans de lutte contre le SIDA, c'est comme si les LGBT avaient complètement oublié ce que le VIH a fait dans notre vie. D'un côté, il y aurait les gays sales, multipartenaires, et de l'autre côté les gays propres... Il ne s'agit pas d'une question de comportement mais d'environnement dans lequel le virus circule plus. La communauté homosexuelle a été ravagée par le VIH. Malgré les progrès, il continue de fortement y circuler ".

2016 - 2019, ouverture progressive, le risque jugé " très faible " : En juillet 2016, l'AFH et AIDES ne s'opposent pas à la levée de l'interdiction pour les HsH de donner leur sang, propulsée par la ministre de la Santé Marisol Touraine. Il est cependant demandé à cette population de respecter un an d'abstinence avant de donner son sang. Or, depuis, " plusieurs études ont montré que lever ce critère n'augmentait pas les risques pour le receveur ", argumente Jérémy Faledam de SOS Homophobie.

L'étude d'impact Complidon, parue en novembre 2018, montre en effet que " le risque de transmission du VIH par transfusion sanguine est resté stable, à un niveau très faible, avant comme après l'ouverture du don de sang aux HsH ". De 2015 à 2017, le risque est estimé " à un don VIH positif non détecté sur 5,2 millions ". L'étude plaide alors pour " une ouverture plus large du don de sang aux HsH ", en réduisant la période d'abstinence de douze à quatre mois.

Cette demande est entendue par la ministre de la Santé Agnès Buzyn : en juillet 2019, elle annonce que la période d'abstinence est désormais réduite à quatre mois. Préoccupées, AIDES et l'AFH publient alors un communiqué pour rappeler que " le don du sang (...) n'a pas à répondre une demande sociale mais aux besoins des receveurs ", et que " ces critères d'exclusion " ne sont pas " des motifs de discrimination dès lors qu'ils reposent sur des données scientifiques ".

Un " défaut juridique ", au mépris du temps scientifique : Un an après, cet amendement visant à supprimer totalement la période d'abstinence inquiète d'autant plus ces deux associations. Tout d'abord, parce que la volonté de vouloir inscrire dans la loi un principe de non-discrimination restreindrait la nécessaire souplesse des critères sanitaires du don du sang : " Il y a un vrai défaut juridique, avance Marc Dixneuf. Si demain, on a une nouvelle épidémie, il faut pouvoir modifier les critères de sélection des donneurs : pour cela, on passe par les règlements et non par la loi ". En effet, si la loi demandait, comme le prévoit l'amendement, de ne plus fonder les critères de sélection du donneur sur " le sexe du ou des partenaires avec lesquels il aurait entretenu des relations sexuelles ", cela risquerait " d'influencer la prise de décision de l'État sans qu'il puisse tenir compte du contexte sanitaire ", s'alarme Fabrice Pilorge.

Ensuite, parce qu'ils estiment qu'un recul scientifique est nécessaire, alors même que la réduction de la période d'abstinence à quatre mois n'est en vigueur que depuis avril dernier, et qu'une nouvelle phase de l'étude Complidon doit être menée jusqu'en 2021 pour analyser l'impact de cet assouplissement. " Je suis en colère, s'emporte Fabrice Pilorge. Finalement, on oriente une décision en fonction de l'émotion, au mépris de la santé des gens ! Avec la crise du Covid-19 qu'on vient de traverser, on voit bien qu'on ne peut politiser la santé, sans tenir compte des données scientifiques. C'est comme cela qu'on s'est retrouvé dans la situation des années 1980/1990 ".

" On entend les inquiétudes et on les comprend, consent Jérémy Faledam de SOS Homophobie. Des études sont en cours, avançons avec prudence ".