
L'histoire : Avant que Charles Xavier et Erik Lensherr ne prennent les noms de Professeur X et Magneto, ils étaient deux adolescents découvrant leurs pouvoirs pour la première fois. Et avant qu'ils ne soient ennemis, ils étaient des amis très proches, travaillant ensemble, avec d'autres mutants (certains familiers, d'autres nouveaux) afin de stopper la plus grande menace que le Monde ait jamais connue. Dans cette coopération, un désaccord est apparu et a scellé le destin belligérant des deux célèbres mutants.
Et si Matthew Vaughn rentrait dans la cour des grands ? Après Kick-Ass, objet pop aussi acidulé que sanglant, le réalisateur relève un défi de taille : redonner vie à une licence interrompue il y a deux ans avec un spin-off un peu mou centré sur Wolverine. A l'arrivée, X-Men : le commencement est rarement pris en défaut. Il le doit avant tout à une cadence efficace et une distribution ad hoc.
Pendant une Guerre aussi Froide qu'Emma Frost, la fiction et l'Histoire se rencontrent sans que l'intrigue nous perde. C'est le tour de force d'un scénario parfaitement rythmé qui invite les mutants de Marvel aux spectres d'une Troisième Guerre Mondiale. Alors que la crise identitaire de Raven/Mystique rejoint celle des missiles cubains, les futurs Professeur X et Magnéto se disputeront bientôt le Monde comme les Etats-Unis et l'URSS. Entre la pure science-fiction et le réalisme des archives, le film devient très prenant.
Le principal regret de X-Men : le commencement émane de la gestion de quelques effets spéciaux plutôt embarassants pour ce type de blockbuster. Les arrières plans deviennent trop visibles et le numérique semble quelquefois utilisé à la va vite. Heureusement, les pouvoirs spéciaux sont agréables à l'oeil et les partis pris graphiques du cinéaste ( très belle séquence d'entrainement en mode split screens ) enrichissent formellement l'ensemble.
Avec son méchant d'envergure ( Kevin Bacon, irrésistible ) et le basculement psychologique incessant de ces pré-adultes en proie aux doutes, tous les personnages parviennent à exister. Mention spéciale à James McAvoy et Michael Fassbender qui prennent admirablement la relève de Ian McKellen et Patrick Stewart avec une classe incroyable. Nous n'attendons plus qu'une nouvelle trilogie prenne forme et soit au niveau des deux premiers opus réalisés par Bryan Singer.
En savoir plus : Le commencement se déroule pendant les années 60, une période pleine d'espoirs en JFK et qui marque les débuts de la conquête spatiale, l'apogée de la Guerre Froide et du mouvement pour les droits civiques. Cette époque n'a pas été choisie au hasard pour relater les débuts des X-Men. C'est en effet ce climat tendu qui les pousse à révéler leur existence au monde afin d'empêcher le conflit américano-soviétique. Cet évènement pose ainsi la question de l'acceptation des mutants par l'humanité. Bryan Singer explique : " J’ai toujours été fasciné par le concept d’intégration par opposition à l’agression, et par l’idée que le mouvement pour les droits civiques d’hier deviendrait le mouvement pour les droits des mutants de demain ". Enfin, notons que les années 60 est aussi la date de création du comic book.

Lutte idéologique : X-Men : le commencement met en scène deux hommes qui, malgré leur volonté commune de protéger les mutants, ont une approche différente dans leur combat. Tandis qu'Erik, méfiant, veut détruire les humains, Charles-Xavier refuse cette idée. Michael Fassbender revient sur cette relation particulière : " Un lien très fort se crée entre Charles et Erik, fondé sur un profond respect mutuel, mais dès le début, leurs idéologies s'opposent. ( ... ) Nous voulions montrer la route qu’ils font ensemble jusqu'à ce que leurs différences les séparent. Quand le public verra Erik et Charles à la croisée des chemins, il réalisera qu'ils auraient pu faire de grandes choses ensemble s'ils avaient uni leurs forces ".
Un projet longuement mûri : L'idée de X-Men : le commencement a germé dès le tournage du premier X-Men lorsque Bryan Singer donnait des indications à ses acteurs : " Je pense toujours au parcours personnel des personnages quand j’explique aux acteurs comment ils se comportent. Revenir dans le passé et raconter leur jeunesse était donc très exaltant ". La productrice Lauren Shuler Donner se souvient avoir été séduite par le projet sur le tournage de X-Men 2, où elle s'était dit : " Ce serait formidable de voir un Professeur X ou un Magneto jeune. On devrait faire un film sur les X-Men quand ils étaient jeunes ".
Remplacement : X-Men : le commencement devait à l'origine être réalisé par Bryan Singer mais, retenu sur un autre projet, le réalisateur a laissé le film entre les mains de Matthew Vaughn. Après son premier long-métrage, Layer Cake, ce dernier était pressenti pour mettre en scène le troisième volet de la saga, X-Men l'affrontement final, qui est finalement revenu à Brett Ratner.

Film humaniste : Malgré ses effets spéciaux et son côté fantastique, X-Men : le commencement s'intéresse avant tout à ses personnages. Bryan Singer, producteur, explique : " Ce qui est magique avec les films de genre, c’est que vous pouvez raconter des histoires sur la condition humaine avec un point de vue inattendu, et en faisant du grand spectacle." Matthew Vaughn renchérit : " Les effets sont d’abord là pour soutenir les protagonistes. C’est avant tout un film porté par les personnages avec quelques scènes d’action énormes ".
Métaphore : Excepté Charles-Xavier et Erik, l'équipe des X-Men se compose surtout de jeunes gens qui ne maîtrisent pas encore leurs pouvoirs. Une situation bien plus universelle qu'elle n'y paraît, comme le précise Bryan Singer : " Comme tous les adolescents, les mutants vivent mal le fait d’être différents des autres. Leur situation est une métaphore du malaise que ressentent les jeunes, et de la difficulté de ne pas correspondre aux critères idéaux érigés par la société ".
Un nouveau Charles-Xavier : X-Men le commencement nous présente un Charles-Xavier différent de celui que l'on a vu dans les précédents films, comme l'explique Matthew Vaughn : " Notre jeune Charles est un peu plus amusant. Il s’agite dans tous les sens, il est plus actif. Il est assez centré sur lui-même. Il aime réussir et il est orgueilleux ". Son interprète, James McAvoy, ajoute : " C'est un homme plus jeune, plus égocentrique et un peu perdu ". Par ailleurs, le projet a séduit le comédien car il lui permettait de découvrir les origines de Charles-Xavier et de comprendre ses motivations.

Cerebro : On retrouve dans le film le Cerebro que les fans connaissent bien. En effet, ce casque métallique démultiplie les capacités télépathiques de Charles-Xavier. Le Cerebro dans X-Men le commencement est évidemment un prototype de celui que l'on voit dans la saga X-Men qui se déroule à l'époque contemporaine et est fabriqué à partir d'interrupteurs à bascule, de tubes cathodiques, et de vieilles antennes. Le chef décorateur Chris Seagers revient sur sa conception : " Nous avons créé une version plus primitive du Cerebro. C’est une structure très simple avec un noyau central inspiré du design des films précédents, et le dôme est basé sur les dômes d’observatoires que l'on trouve un peu partout dans la campagne anglaise ".
Soif de vengeance : Le comportement d'Erik, méfiant et machiavélique, s'explique par le traumatisme qu'il a vécu enfant. Survivant de la Shoah, sa famille, en revanche, est tuée par les Nazis. L'équipe du film a décidé de reprendre la scène d'ouverture du premier X-Men ( Erik est séparé de sa famille et tord le portail du camp d'Auschwitz grâce à son pouvoir ) et de montrer ce qui arrive à Erik par la suite. Sujet d'étude du Dr Schmidt pendant son enfance, Erik, adulte, n'a qu'une idée en tête : se venger. " Erik est très déterminé, et si Charles ou quelqu’un d’autre se met en travers de sa route, il n’hésitera pas à utiliser la force ", explique Michael Fassbender. Le comédien déclare qu'il ne s'est pas basé sur les films mais sur les comics pour son rôle afin de l'aborder sous un nouvel angle.

Raven/Mystique : Ceux qui ont vu les précédents films de la saga savent que Mystique est une ennemie des X-Men, au service de Magneto. Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi, comme le montre X-Men le commencement. La métamorphe à peau bleue était en effet très amie avec Charles, avec lequel elle a grandi. Bryan Singer revient sur ce revirement de situation : " Parce que Charles est jeune et parfois naïf, il n’accorde pas autant d’attention à Raven qu’il le devrait, et cela fait naître chez elle un certain ressentiment. C’est ce qui va la conduire sur la voie où nous la trouvons dans la trilogie originale où elle a rejoint la Confrérie de Magneto ".
Libérer la bête : Hank, un brillant scientifique qui met au point, notamment, le Cerebro, s'avère en réalité être un mutant, le Fauve. " Hank a essayé de réprimer ses pouvoirs et même de se convaincre qu’ils n’existaient pas. Il a trop peur de ce dont il serait capable s'il les libérait. Charles l’oblige alors à se confronter à ses pouvoirs mutants, et il lui apprend à les contrôler et à les utiliser pour aider les mutants et les humains ", explique Nicholas Hoult. Le comédien anglais a été révélé à l'âge de 13 ans dans Pour un garçon, aux côtés de Hugh Grant. Passé par la case télévision avec la sulfureuse série Skins, l'acteur tourne actuellement sous la direction de Bryan Singer dans Jack The Giant Killer.
Le Hellfire Club : Le Hellfire Club regroupe les ennemis des X-Men. A sa tête se trouve Sebastian Shaw, incarné par Kevin Bacon. Dans le film, il est montré comme l'initiateur de la crise des missiles cubains. Bacon a apprécié l'idée de mêler fiction et réalité historique : " Le plan de Shaw consiste à attiser la crise des missiles cubains ( ... ) et à faire en sorte que les Américains et les Russes ouvrent le feu les uns sur les autres, ce qui déclenchera une guerre nucléaire qui éradiquera l’humanité et permettra aux mutants de s’emparer du monde. C’est un plan vraiment machiavélique… Ce fut un épisode très tendu de l'histoire du monde, et suggérer que cela ait pu être l'idée de Shaw était une façon vraiment géniale de faire entrer les X-Men dans cette époque ".

De Mad Men à X-Men : Emma Frost, bras droit de Shaw et télépathe capable de changer sa peau en diamant, est incarnée par January Jones. Révélée par la série Mad Men, l'actrice n'a pourtant pas été dépaysée puisque X-Men le commencement se déroule à la même époque, dans les années 60. Par ailleurs, Emma Frost est connue pour ses tenues particulièrement sexy, ce qui n'a pas effrayé son interprète : " Dans les comics, Emma est toujours très peu vêtue, mais Sammy Sheldon, notre chef costumière, a fait un travail fantastique en créant des costumes qui sont fidèles à mon personnage mais avec lesquels je peux bouger librement ".
Les non-mutants : Les X-Men sont aidés au cours du film par la Division X, un département secret de la CIA qui étudie les pouvoirs paranormaux dans le cadre de la défense militaire. Leurs principaux contacts sont MIB, incarné par Oliver Platt, et Moira MacTaggert, jouée par Rose Byrne.
Décors : Plus de 80 décors ont été créés par Chris Seagers qui a mêlé l'optimisme des années 60 à l'univers plus sombre des X-Men avec une touche de l'esthétique des films James Bond. Ils ont majoritairement été construits aux studios de Pinewood en Angleterre, comme le quartier général de MIB, le sanctuaire de Shaw et le camp de concentration. Le manoir de Charles, lui, est le Englefield House, situé dans le comté de Berkshire dans le sud de l'Angleterre. Quant à la plage cubaine, c'est en réalité l'île de Jekyll, au sud de la Géorgie, qui a servi de décor.
Retour aux sources : Contrairement aux uniformes de la précédente trilogie qui étaient noirs, les costumes des X-Men dans ce prequel sont bleu et jaune, comme dans les comics de 1963 à 2001. Pour être en phase avec l'époque du film, les costumes ont été fabriqués en Kevlar, une matière résistante aux balles qui est apparue au début des années 60. Par ailleurs, Sammy Sheldon, chef costumière du film, collabore avec Matthew Vaughn pour la troisième fois après Stardust, le mystère de l'étoile et Kick-Ass.