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mercredi, décembre 30, 2020

People : Pierre Cardin, le génie du business et du style, est mort !

Dernier monument de la couture française, mécène et businessman hors norme, Pierre Cardin vient de disparaître à l'âge de 98 ans. Pierre Cardin, disparu ce mardi à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine près de Paris à l'âge de 98 ans, a toujours eu plusieurs coups d'avance. De quoi susciter l'admiration des uns et l'irritation de certains. 
D'abord côté style avec sa vision de la mode futuriste, qui l'a rendu largement célèbre autour du globe ( la Chine et la Russie l'ont particulièrement chéri. Ensuite côté business, en faisant de son nom une marque puis un empire en mettant en place à tour de bras le système de licences ) revers de la médaille : il perdit quelquefois le contrôle son image et de celle de sa maison et fut largement critiqué par ses pairs. 

Être le premier, et quel qu'en soit le prix, constitue l'une des marques de fabrique du couturier français. Ainsi, il a été le tout premier à faire le buzz dans les années 1960 avec sa mode expérimentale, même s'il se disputait souvent le titre de " créateur futuriste " avec ses compères français André Courrèges et Paco Rabanne. Dès 1959, il se fait remarquer en mettant de côté la haute couture pour se consacrer au prêt-à-porter, plus accessible. Une audace qui le rapprochera de la rue, certes, mais lui attirera au passage les foudres de certains couturiers confrères. 

Ironie du sort, c'est chez Saint Laurent par la voix de Pierre Bergé ( avant l'apparition de Rive Gauche et le règne du prêt-à-porter ) que les critiques se font à l'époque les plus virulentes. 

Des étudiants pour le premier défilé hommes: Le vestiaire de Pierre Cardin, joyeux et exubérant, s'exprime à grands coups de matières avant-gardistes ( plexi, rhodoïd, néoprène et vinyle ), de coupes géométriques et de volumes sphériques. L'histoire de la mode retiendra particulièrement ses robes bulle, ses vestes à épaules pagode, ses costumes col mao ou ses tenues " Cosmocorps " ( sorte de combinaison unisexe science-fictionnelle ultra moulante ) qui ne pardonne pas. 

Une ligne futuriste : Il est également le premier à faire défiler l'homme. C'était en 1958, à une époque où le métier de mannequin pour homme n'existait pas. En deux ou trois coups de fil passés à des recteurs d'université, Pierre Cardin a su trouver en une armée d'étudiants au physique avantageux une cabine de mannequins prêts à assurer son show dans les salons du Crillon. De mémoire de couturier, le défilé fut un triomphe ( à noter que le principal intéressé n'a pas toujours eu le succès modeste ) . 

Plus tard, il organise, encore une fois avant l'heure, des défilés aux allures de superproductions. Deux coups médiatiques marqueront les esprits : le défilé qui s'est tenu au milieu du désert de Gobi en 2007 et celui de la place Rouge à Moscou devant 200 000 personnes, qui a eu lieu seize ans plus tôt. 

Autre consécration, il compte parmi les premiers couturiers à apparaître en une du célèbre magazine américain Time. En 1974, il pose debout, torse nu, uniquement vêtu d'une serviette maison en guise de pagne, de chaussettes tombant sur les chevilles, avec autour de lui un fauteuil et un miroir silhouette, eux aussi estampillés Pierre Cardin. Sur cette image tout est dit ou presque : l'une des forces du couturier, c'est aussi la diversification. 

Fils d'agriculteurs italiens : Dans ce domaine, tel le premier d'une expédition, le couturier débroussaille volontiers et généreusement la zone. Son sceau bourgeonne sur des serviettes de toilette, des paquets de cigarettes, des boîtes de sardines, des cravates, des plaquettes de chocolat, des meubles. Ses confrères lui reprochent de galvauder les mots de luxe, de mode et de création ? Qu'importe, Pierre Cardin est libre et indépendant financièrement et sa fortune atteint des sommets. Voilà ce qui compte pour Pietro Constante Cardin, fils d'agriculteurs vénitiens au regard azuré, qui a fui l'Italie fasciste de Mussolini avec ses parents pour venir se réfugier en France en 1924. 

Selon ses dires, l'enfant qui se rêvait acteur, doit sa carrière de créateur-entrepreneur à une cartomancienne qui le mettra sur le chemin de la mode. Il fera ses armes chez un tailleur de Saint-Étienne – Bonpuis – avant de rejoindre Paris à vélo en 1945, où il travaillera auprès d'Elsa Schiaparelli ( deux mois ) et de Christian Dior, qu'il épaulera dans la conception de la célèbre veste Bar. Il y a de la ténacité et une soif d'entreprendre à l'infini chez Pierre Cardin. On ne devient pas par hasard la tête pensante, financière et créative d'un empire évalué à plus de 600 millions d'euros en 2019 ( selon le magazine Challenges ). 

Un appétit que l'on le retrouve aussi du côté de ses acquisitions immobilières. Aujourd'hui, on croit recenser une cinquantaine de maisons lui appartenant qui vont du restaurant Maxim's situé rue Royale à Paris ( à deux pas de ses bureaux de la rue Marigny ) acheté en 1981, au château de Lacoste, ancienne demeure du Marquis de Sade, posée dans les hauteurs du Vaucluse et achetée en 2001. 

L'horreur d'être catalogué : Toutefois, à propos de sa fortune comme de ses demeures, Pierre Cardin aimait à cultiver le mystère et à brouiller les pistes. Il n'infirmait ni ne confirmait rien. Il en est ainsi pour bien des sujets chez Pierre Cardin, comme si l'homme avait horreur d'être catalogué. Un coup dans le rétroviseur ne lui donne pas tort : chose rare, il était un créatif doté du sens des affaires, un visionnaire devenu vintage, un chantre de l'élégance créant pour la rue, un inventeur de robes légendaires qui pouvait apposer son nom sur les objets les plus triviaux, comme un improbable réchauffe-mug... 

Mêmes zones de délimitations troubles côté vie privée : l'homme ouvertement homosexuel a vécu pendant quatre ans une histoire d'amour avec Jeanne Moreau et répétait à qui voulait bien l'entendre que son plus grand regret était de ne pas avoir eu d'enfant avec elle. 

Finalement, que l'on aime ou pas ce personnage haut en couleur, le couturier aura marqué de son empreinte indélébile l'histoire de la mode avec un style largement identifiable, et l'homme d'affaires aura, quant à lui, imprimé un modèle économique florissant et reconnu. Reste à savoir qui, dans le milieu aujourd'hui, sera à même de relever un tel défi : à savoir concentrer tous les pouvoirs en combinant à ce point créativité et sens du business. C'était cela aussi Pierre Cardin : tout réuni en un seul homme. 

Video : PD ( Court-métrage sur l'homophobie ) !

mardi, décembre 29, 2020

Santé : Les assos de lutte contre le VIH tirent la sonnette d’alarme sur le financement de la recherche !

AIDES et Sidaction alertent sur un manque de financement de la recherche dans la lutte contre le VIH. Il manque 34 millions d'euros pour 2021, sur un budget de... 76 millions. 

" Une épidémie en cache une autre ", s'époumonait Aurélien Beaucamp, le président d'AIDES dans la presse. Concernant le coronavirus, Emmanuel Macron a évoqué un " quoi qu'il en coûte ". Mais la stupeur de 2020 et du Covid-19 a éclipsé la lutte contre le VIH. Les associations de lutte contre le VIH/sida craignent que 2021 ne soit pas plus reluisante pour la recherche. 

Au 1er janvier, l'ANRS ( Agence nationale de recherche sur le sida ) et le consortium REACTing seront officiellement fusionnés. Les budgets, eux, sont à la traîne. Pour 2021, la nouvelle agence nécessitera 76 millions de subventions d'État, mais il manque 36 millions d'euros pour la recherche sur le sida et les hépatites. Deux millions d'euros ont été attribués mais le gouvernement n'a pas pu s'engager à d'autres financements, regrettent AIDES et Sidaction dans un communiqué commun. " Notre préoccupation est immense ", regrettent les associations de lutte contre le VIH. 

Un montage qui affaiblit la lutte : " La situation sanitaire actuelle démontre que l’expertise acquise durant plus de 30 ans dans la lutte contre le VIH/sida doit être exploitée face à de nouveaux virus qui ne cessent d’émerger ", pointe Marc Dixneuf, directeur général de AIDES. Les modalités financières ne sont pas adaptées à l'urgence de la situation ni au fonctionnement d'une agence autonome. 

En clair, le budget dédié à la lutte contre le VIH pourrait être amoindri. " Nous craignons fortement que ce montage ne conduise inévitablement à ponctionner le budget initialement dédié à la recherche sur le VIH, alors que cette épidémie est loin d’être terminée ", s’inquiète Florence Thune, directrice générale de Sidaction. 

Les associations craignent que la nouvelle agence implique moins la société civile. Mais aussi une réduction des activités dans les pays du sud. Elles saluent la fusion mais dénoncent " une mise en œuvre opaque qui ne saurait garantir le maintien de la qualité de structures qui ont démontré leur efficacité ".

vendredi, décembre 25, 2020

Société : Quelques conseils à l’usage de l’Éducation nationale, " et des autres " pour une école plus queer !

Le suicide d'une lycéenne trans la semaine dernière à Lille a mis en lumière le manque de connaissances des personnels éducatifs sur les questions LGBT+. Pourtant, pour Gabrielle Richard, sociologue du genre et autrice de " Hétéro, l’école ? Plaidoyer pour une éducation anti-oppressive à la sexualité ", il y a des moyens simples et rapides de rendre l'école plus inclusive. 

Témoignage : " En France, n’oublie surtout pas de dire bonjour madame et bonjour monsieur, pas seulement bonjour ". Ce conseil bien avisé, je l’ai eu il y a plus de cinq ans, quand je quittais Montréal pour Paris, encore animée d’une grande naïveté quant aux similitudes entre les deux villes, entre les deux pays. Puis sont venus les manifestations contre la PMA pour les femmes lesbiennes. Le meurtre de Vanesa Campos, une femme trans et racisée. Les tergiversations autour des appellations " parent 1 " et " parent 2 " plutôt que " père " et " mère " dans les formulaires scolaires. Les attaques contre Alice Coffin. Les suicides de Doona en septembre, d'Avril/Luna la semaine dernière, deux jeunes femmes trans avec la vie devant elles et tant de choses à accomplir. 

Et j’ai compris. J’ai compris à quel point la société française était attachée aux catégories de genre binaires. J’ai compris combien elle pouvait être violente à l’égard des personnes qui forment ses groupes minoritaires et minorisés. J’ai compris que c’était le sexisme, et non la galanterie, qui constituait la prémisse de ce " romantisme à la française " qu’on nous vend dans les films césarisés et dans les best-sellers. J’ai compris qu’il y faisait encore bon rire des homosexuels à heure de grande écoute, dans Les grosses têtes ou Touche pas à mon poste. Et que l’école républicaine était trop souvent davantage le lieu de cimentation des statuts sociaux que celui de tous les possibles. 

Être cisgenre, c'est aussi une identité de genre : D’abord, mettons les choses au clair. Quand il est question d’inclure les réalités LGBTQ dans les contenus scolaires, on se heurte à deux types de questions : 

1) Est-ce le rôle de l’école ou de la famille d’aborder ces sujets ? 

2) Les enfants et adolescent.es ne sont-iels pas trop jeunes, trop innocent.es pour qu’on évoque ces questions ? 

Est-ce donc bien le rôle de l’école ou de la famille de parler d’homosexualité, de pansexualité, des transidentités, de queer ? Voilà une fausse question puisque – entendons-nous bien – il est déjà amplement question de genre, de sexe et d’attirances à l’école. Ces sujets ne s’arrêtent pas aux portes des établissements, mais y entrent de plain-pied. On les retrouve dans les contes pour enfants en maternelle. Dans les insultes, les moqueries et les provocations au primaire. Dans les rumeurs et les premiers amours au collège. Dans les séances d’éducation à la sexualité au lycée. Le hic, c’est qu’on n’accepte pas que parler d’hétérosexualité, c’est aussi parler d’orientation sexuelle. Et qu’être cisgenre, c’est aussi une identité de genre. Parler d’homosexualité n’est tabou que parce que ça brise cette norme non-dite, cette présomption constante de l’hétérosexualité de tout le monde. 

L'intérêt des élèves est là : Quant aux jeunes, sont-iels prêt.es à entendre parler de tels sujets ? Bien entendu. Les enquêtes nous montrent que les adolescent.es sont globalement insatisfait.es de ce qu’on leur enseigne sur le genre et les sexualités à l’école et considèrent apprendre davantage sur les réseaux sociaux, sur des sites ou des forums web ou auprès de proches de leur âge. 

Et pour cause : L’Obs publiait en mars 2019 les résultats d’une enquête YouGov selon laquelle 14% des adultes de 18-44 ans s’identifiaient comme non-binaires. Les données dont on dispose sur le plan scientifique laissent entendre que ces chiffres sont encore plus élevés chez les jeunes, dont un nombre croissant entretient des conceptions du genre fluides et ne se retrouvent pas dans une hétérosexualité stricte. Et les enseignant.es seront les premier.es à dire que dès lors que la conversation dévie en classe vers ces sujets, l’intérêt des élèves est là, il est vif, et il est difficile à rassasier. 

Bonne conscience : Jean-Michel Blanquer, anormalement coi les jours suivant le suicide d'Avril/Luna, a finalement déclaré qu’il fallait que l’Éducation nationale " réussisse beaucoup mieux ", tout en affirmant du même souffle avoir " fait énormément sur la lutte contre le harcèlement, qui inclut l’enjeu du harcèlement contre les élèves LGBT ". L’Éducation nationale ferait-elle vraiment déjà beaucoup pour favoriser l’inclusion des élèves LGBT? Loin s’en faut. Certes, les mots " homophobie " et " transphobie " sont maintenant prononcés par des haut.es fonctionnaires et apparaissent depuis peu dans les circulaires de rentrée et sur le site web de l’Éducation nationale. Les LGBTphobies sont censées s’être imposées comme une préoccupation des rectorats, dans la continuité des efforts de la campagne Tous égaux, tous alliés de janvier 2019. 

Or, ajouter les mots " homophobie " et " transphobie " à des documents officiels, rassembler des ressources sur une page web, et faire parvenir des affiches aux établissements des quatre coins de la France, ce n’est pas agir contre les violences et pour l’inclusion scolaire des élèves LGBT : c’est se donner bonne conscience. C’est refuser d’opter pour un plan d’action clair et d’y accorder les ressources nécessaires, sous prétexte que les personnels éducatifs se débrouillent déjà bien au meilleur de leurs capacités sur le terrain. 

Respecter l'auto-identification : Si ce n’est pas assez, alors comment faire mieux ? D’abord, l’accueil des élèves trans et non-binaires ne doit plus se faire au cas par cas et dépendre du bon vouloir des équipes éducatives locales : il doit plutôt faire l’objet de lignes directrices claires, prescriptives, dans une perspective trans-affirmative. 

En conformité avec les revendications des associations trans, elles devraient affirmer que le seul indicateur fiable de l’identité de genre d’une personne est son auto-identification; que les mesures mises en place pour accueillir les jeunes doivent être guidées par leur volonté et leurs besoins; que le droit des élèves trans à la confidentialité et à la vie privée doit être préservé, et que l’usage interne de leurs prénom, pronom et mention de sexe doit respecter leur auto-identification, quel que soit leur statut à l’état civil. 

Des contenus pédagogiques qui alimentent les stéréotypes : Les programmes et les contenus scolaires doivent être repensés de manière à inclure les réalités LGBTQ de manière à encourager la réflexion critique sur les normes dominantes. Cela inclut évidemment l’éducation à la sexualité, qui devrait être beaucoup plus substantielle, sexe-positive, inclusive et critique des normes dominantes. La presque totalité (95%) des jeunes LGBTQ en France rapporte que les contenus d’apprentissage ne sont pas adaptés à leurs besoins. Si ces jeunes considèrent leur curriculum comme symboliquement violent à leur égard, c’est parce qu’il les maintient invisibles et contribue à les mettre à l’écart. 

Par exemple, lorsque les programmes et manuels scolaires évoquent l’homosexualité, le lesbianisme ou la transidentité, cela se fait plus souvent qu’autrement pour dire " ces personnes aussi vivent des discriminations " ou " ces groupes aussi ont obtenu des droits ". Ce traitement du sujet plaide ( insidieusement ) en faveur d’une tolérance à la différence, sans adresser le manque d’information sur le sujet, et sans confronter les préjugés sexistes, homophobes et transphobes susceptibles d’être ancrés de longue date chez les élèves. En cela, on peut considérer que ce genre de référence alimente plutôt qu’enrage les violences de genre à l’école, puisqu’on ne questionne jamais la naturalité présumée de l’hétérosexualité ou des rôles de genre, la prétendue complémentarité des sexes ou la nécessaire détermination de l’identité de genre d’une personne à partir du seul indicateur que sont ses organes génitaux. 

Former les personnels : C’est dans cette perspective aussi qu’il faut former systématiquement les personnels scolaires. On essaye souvent de le passer sous silence, mais les personnes impliquées dans la scolarité de nos enfants ne sont pas neutres. Elles occupent toutes une place dans les rapports de pouvoir : elles possèdent un genre et une orientation sexuelle, elles se situent sur le plan racial et linguistique, etc. Ces attributs leur confèrent des privilèges ou les disqualifient socialement, à différents degrés. Non seulement les personnels scolaires ne sont pas immunisé.es contre les préjugés, iels sont susceptibles de transmettre les leurs à leurs élèves, sans même s’en rendre compte. Une formation initiale doit être l’occasion pour les personnels d’interroger leur propre positionnement dans les rapports de pouvoir, ainsi que les privilèges et les angles morts que ce positionnement est susceptible de leur conférer. 

La refonte des programmes et l’obligation de formation des personnels sont donc des visées à long terme pour créer les conditions d’une école républicaine véritablement inclusive et émancipatrice. Dans l’immédiat, toutefois, les personnels éducatifs ne sont pas contraints à garder les mains liées. Les pistes suivantes leur permettent dès maintenant d’aborder de manière anti-oppressive les questions relatives au genre et à l’orientation sexuelle. 

Nommer ce qui est d’ordinaire tu : Les normes dominantes sont difficiles à voir, en partie parce qu’elles ne sont pas nommées. L’hétérosexualité, le statut cisgenre, la blanchité sont pourtant des caractéristiques identitaires d’importance, puisqu’elles traduisent une série de privilèges rarement interrogés ( pouvoir tenir son/sa partenaire par la main en public, ne pas craindre d’être injustement pénalisé.e dans l’accès à l’emploi ou au logement, etc... ). Au même titre qu’on peut estimer nécessaire de le faire en parlant de personnes homosexuelles, trans ou racisées, il est intéressant de spécifier l’hétérosexualité ou le statut cisgenre des personnes dont on parle. Cela permet de mettre à jour l’existence de présomptions d’ordinaire invisibles. Tout cela crée un terrain fertile pour l’amorce d’une réflexion critique sur les normes sociales dominantes. 

Miser sur les instances de dissonance cognitive : Les préjugés reposent sur une série d’énoncés et de conceptions perçues comme allant de soi, donc comme étant partagées par tout le monde. Les instances de dissonance cognitive s’avèrent être d’efficaces outils pédagogiques, puisqu’elles permettent d’instiller ( parfois pour la toute première fois ) le doute chez les personnes qui les énoncent. Dès lors qu’elles sont sollicitées pour expliciter leurs idées reçues, ces personnes peuvent s’apercevoir qu’elles se retrouvent rapidement dépourvues d’arguments solides. Par exemple, à un.e élève qui affirmerait qu’une femme ne peut/doit pas gagner un salaire plus élevé que celui de son époux, on peut répondre : " Je ne comprends pas. Pourquoi dis-tu ça " ? À un.e autre élève qui entretiendrait des conceptions rigides sur la complémentarité des sexes, on pourrait donner l’exemple de la répartition des tâches au sein de couples gays ou lesbiens, dont la recherche a montré qu’elle se basait sur les disponibilités et les préférences des partenaires, non sur des rôles de genre. 

Faire état de son propre processus d’apprentissage : Cela nécessite de reconnaitre ses erreurs et de les corriger, mais aussi de faire état des choses qu’on ne connait pas, ou pas assez. Par exemple, lorsqu’on attribue erronément à quelqu’un une identité de genre, qu’il s’agisse d’une personnalité publique ou du personnage d’un film, il faut faire amende honorable : " J’ai fait une erreur. J’ai considéré que cette personne était une femme en raison de la longueur de ses cheveux. Pourquoi n’est-ce pas le meilleur indicateur " ? 

Autre exemple : si vous êtes appelé.e à expliciter l’acronyme LGBTQ, mais avez peur de vous tromper, n’hésitez pas à le dire : " Je ne connais pas assez cet acronyme. Que diriez-vous qu’on se renseigne ensemble à ce sujet " ? Plutôt que le signe d’une ignorance, ces phrases témoignent de la transparence de vos propres processus d’apprentissage. Ils transmettent le message qu’on ne peut deviner le genre d’une personne à sa seule apparence, et que la norme, c’est la diversité. 

Assumer les limites du matériel pédagogique : Aucun matériel pédagogique n’est parfait. L’important, c’est d’enseigner aux élèves à faire preuve d’esprit critique face aux représentations disponibles dans leurs contenus scolaires ou dans les livres. Il peut simplement s’agir d’attirer leur attention sur le fait qu’un texte à l’étude ne met en scène que des hommes, et de questionner avec les élèves cet état de fait. On peut souligner l’absence de certains groupes ou événements quand elle se donne particulièrement à voir : " C’est quand même étrange que ce manuel n’évoque pas les émeutes de Stonewall aux États-Unis. J’ai pourtant l’impression qu’elles ont joué un rôle central dans la mobilisation pour les droits civils des personnes homosexuelles ". Ce faisant, germe chez les élèves l’idée qu’il existe tout un pan de l’histoire contemporaine qu’ils et elles n’apprendront peut-être pas sur les bancs d’école, mais qui a néanmoins bien eu lieu. 

Se rendre visibles comme personnes ayant un genre ( et une orientation sexuelle ) : Les discussions informelles sont autant d’opportunités pour transmettre des messages sur les normes de genre et d’orientation sexuelle, tout particulièrement pour les personnes cisgenres et/ou hétérosexuelles. Ce faisant, on fait comprendre aux élèves que tout le monde est en constante construction sur le plan du genre et de l’orientation sexuelle. Les enseignant.es peuvent ainsi spécifier leurs pronoms d’usage en début d’année, parler de leurs intérêts considérés comme atypiques sur le plan du genre, ou encore expliquer comment leurs goûts et habiletés ont pu changer avec les années. 

Inverser les rapports de pouvoir pour réfléchir aux privilèges : L’exercice d’inversion est un moyen pédagogique par lequel des énoncés ou des affirmations communes sont détournées de manière à mettre en évidence l’arbitraire des normes que nous tenons pour acquises. Il peut s’agir d’un exercice réalisé en soi pour sa valeur pédagogique, ou encore d’un outil d’analyse de contenus à l’étude. Ainsi, le questionnaire hétérosexuel ( dont plusieurs versions sont disponibles en ligne ) initie une réflexion critique sur les normes en matière d’orientation sexuelle. Il comprend une série de questions couramment posées aux gais et aux lesbiennes, mais reformulées pour l’occasion de façon à interroger l’expérience des personnes hétérosexuelles ( " Qu’est-ce qui a causé votre hétérosexualité ? ", " Est-il possible que votre hétérosexualité ne soit qu’une phase et que vous n’ayez simplement pas encore rencontré le bon partenaire du même genre ? " ). Dans d’autres exercices d’inversion, on prend un récit connu et on y inverse le genre des personnages principaux. Il s’agit d’une méthode facile à mettre en place et efficace pour mettre en évidence les rapports de pouvoir et les normes (masculine, hétérosexuelle, blanche ) qui nous entourent constamment sans pour autant qu’on les voit. 

Il est donc possible de travailler dans l’immédiat à la mise en œuvre d’une pédagogie anti-oppressive et à la création d’un climat de classe véritablement inclusif pour l’ensemble des élèves. Plusieurs enseignant.es et membres du personnel éducatif le font d’ailleurs déjà, dans l’ombre, individuellement ou dans des associations comme Queer Education. Mais ce qu’on attend impatiemment et qui tarde, qui brille par son absence, c’est l’impulsion venue d’en haut. C’est la volonté politique. 

Video : Julien Doré - All I Want For Christmas Is " NOUS " ( Remix by Serpente ) !

Video : Alex Ramirès ( Vendeur de jouets - Service après-vente ) !

jeudi, décembre 24, 2020

Culture : La pièce de théâtre " La Machine de Turing " pourra désormais être étudiée dans les collèges et lycées !

Multirécompensé aux Molières, le petit bijou théâtral de Benoit Solès gravit un nouvel échelon : La Machine de Turing rejoint la collection des Carrés classiques Nathan et pourra donc être analysé dans divers établissements scolaires. 

Voilà une bonne nouvelle pour la visibilité LGBTQ+ en milieu scolaire ! Après son succès sur les planches, La Machine de Turing de Benoit Solès sera intégrée dès janvier 2021 à la collection des Carrés classiques Nathan. Composée d'environ 120 titres, cette collection destinée aux enseignant·e·s répertorie une multitude de grandes œuvres de la littérature et du théâtre, lesquelles sont accompagnées d'une section analytique leur permettant d'être décortiquées par les élèves. En d'autres termes, La Machine de Turing peut désormais être étudiée dans les collèges et lycées au même rang que les classiques de Molière. 

Inspirée par la pièce anglaise Breaking the Code signée Hugh Whitemore, La Machine de Turing revisite à sa manière la trajectoire aussi exceptionnelle que tragique d'Alan Turing. Durant la première moitié du XXème siècle, ce mathématicien gay et génial est parvenu à briser le code secret de l'Enigma, la machine utilisée par les Allemands pour crypter leurs communications pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré ses prouesses professionnelles, il se voit condamné en 1952 pour homosexualité. Il meurt quelques années plus tard après avoir ingéré une dose létale de cyanure, bien qu'un suicide n'ait pas été avéré. 

Créée en 2018 et couronnée de lauriers lors de la cérémonie des Molières l'année suivante, La Machine de Turing devrait reprendre ses représentations à compter de la nouvelle année au Théâtre Michel, du mardi au samedi à 19h30. En parallèle, il n'y a plus qu'à croiser les doigts pour que de nombreux·euses professeur·e·s de littérature s'emparent de cette pièce contemporaine afin de l'étudier en classe. Et, ainsi, mettre en lumière à l'école l'une des grandes figures LGBTQ+ de l'histoire. 

mercredi, décembre 23, 2020

LGBT : La direction du Refuge se " met en retrait " après une enquête accablante de Mediapart !

Une enquête publiée sur Mediapart dénonce l'encadrement des jeunes au sein de la fondation Le Refuge, du harcèlement des bénévoles et des salariés et une gestion financière qui interroge. Le président et le directeur général de la fondation ont annoncé se mettre " en retrait " le temps qu'un audit soit réalisé. 

De toutes les associations LGBT+, Le Refuge est sans doute la plus connue du grand public. Basée à Montpellier, la fondation accompagne les jeunes LGBT+, de 14 à 25 ans, chassés de chez eux. Mardi 15 décembre, Mediapart a publié une enquête fleuve mettant notamment en cause une " prise en charge défaillante " des jeunes LGBT+. Le journal d'investigation étrille aussi la gestion financière de la Fondation, l'existence possible de travail dissimulé, mais, surtout, évoque des faits de harcèlement de la part de la direction. Directement visés, Nicolas Noguier, président, et Frédéric Gal, directeur général, ont dénoncé une enquête " à charge ". 

Cependant, lundi 21 décembre, dans un communiqué, la fondation annonce qu'un audit serait réalisé " par un cabinet extérieur " : " Le conseil d’administration a demandé à ce qu’un audit soit réalisé en janvier par un cabinet extérieur. Celui-ci portera sur trois volets : la gouvernance, les finances, les relations avec les bénévoles et les jeunes accueilli·e·s. Les conclusions de cet audit seront rendues publiques ". Le Refuge a également annoncé que le temps de cet audit, son président et son directeur général se mettraient " en retrait ". " Leurs fonctions seront assurées collégialement par le conseil d’administration pendant ce temps ", précise le communiqué. 

Un accompagnement " pas à la hauteur " : Mediapart a interrogé près de cinquante personnes passées par Le Refuge. Parmi elles 16 salariés, délégués et travailleurs sociaux, 23 bénévoles et 8 jeunes hébergés. Est dénoncé un suivi des jeunes parfois " problématique " et " dangereux ". Plusieurs des personnes interrogées pointaient du doigt le manque de professionnels encadrant les jeunes. Et malgré des alertes répétées depuis plusieurs années, et le passage en fondation, rien n'aurait changé. Des témoins racontent notamment une prise en charge des personnes trans, qui seraient ridiculisées et régulièrement mégenrées. " Ça revient tellement souvent qu’on se dit qu’ils font exprès. On demandait à ce qu'ils puissent se former sur la question, mais ça n’a jamais été fait ", se désole un jeune trans actuellement hébergé par la fondation. 

" En confiant des jeunes en détresse et en souffrance à des bénévoles que nous ne connaissons pas et que nous n’avons peu ou pas rencontrés, qui ne sont formés ni par Le Refuge ni par leurs connaissances professionnelles ou personnelles, nous mettons en danger ces jeunes ", écrit un salarié. " Je ne m'explique pas pourquoi avec l’argent qu’ils ont, le suivi ne s'améliore pas. L’accompagnement des jeunes n’est pas à la hauteur ", regrette une travailleuse sociale citée par le journal d'enquête. 

Une gestion financière problématique : Les personnes interrogées par Mediapart accusent par ailleurs la fondation de refuser d'utiliser sa trésorerie pour financer des formations. Une déléguée raconte aussi avoir falsifié une demande de subvention pour payer des consultations de psychologues qui n'auraient jamais eu lieu. Un autre problème soulevé : l'association demande un loyer minimum de 30 euros auprès de jeunes qui n'ont pas de ressources. Selon des témoins cités par Mediapart, des jeunes se seraient prostitués pour payer ces loyers, ce que dément le président de l'association. 

Pourtant, selon le bilan de l'année 2019 cité par le journal, la fondation a reçu trois millions d'euros de dons et de subventions. Le bilan comptable compte un excédent de plus de 800.000 euros et la trésorerie s'élève à 2 millions d'euros. Les frais de communication se sont élevés à 237.000 euros en 2019. Selon Mediapart, sur les 3,3 millions collectés cette année, seuls 46,8% ont servi à remplir la mission sociale du Refuge. Cette gestion financière a même interrogé la mairie de Paris qui aurait diligenté une enquête. 

Des " câlins " gênants : Selon plusieurs bénévoles interrogés par Mediapart, le président du Refuge Nicolas Noguier, se ferait appeler " papa " et donnerait fréquemment des " câlins " ou des " étreintes " à des jeunes. Un délégué décrit un comportement " pas sexuel, mais il était trop tactile, il les tripotait partout, c'était malsain ", ce qui provoquerait chez les bénévoles un sentiment de malaise. Les démonstrations affectives sont assumées par les dirigeants, qui avancent vouloir construire un lien de confiance avec les jeunes. Dans l'enquête, aucun jeune n'a confirmé ou infirmé ces pratiques. Une dizaine de témoins auraient par ailleurs confié à Mediapart avoir dû repousser les avances de Frédéric Gal. " Une fois, après un dîner pro, il m’a proposé de monter dans sa chambre. J’ai refusé. C’était dans la continuité d'un jeu de séduction permanent. Il peut faire du pied au restaurant, faire des massages alors qu’on n’a rien demandé. Je pense qu’il ne s’en rendait pas compte ", dit l'un d'entre eux. Selon Mediapart, le président a été visé par un rappel à la loi du procureur de Montpellier en 2007 après avoir envoyé des SMS de manière insistante à un individu. " Mais il ne s'agissait ni d’un jeune de l’association, ni d’un mineur. Il avait une vingtaine d’années ", se défend Nicolas Noguier. 

Une pression sur les bénévoles et salariés : Plusieurs salariés et bénévoles interrogés par Mediapart dénoncent également des " conditions de travail très difficiles ", un fonctionnement " monarchique " et un " management par la terreur ". Un environnement qui aurait conduit à un fort turnover. Comme le rappelle le site d'investigation, le tribunal d'Avignon avait déjà condamné Le Refuge à payer 1.000 euros de dommages et intérêts à neuf bénévoles qui en avaient été exclus. La décision de justice, citée par Mediapart, dénonce une mise au ban " dans des conditions particulièrement cavalières ". 

Selon le journal, plusieurs bénévoles effectueraient en réalité l'équivalent d'un travail à temps plein. Une déléguée lilloise estimerait son engagement bénévole à 39 heures par semaine, en dehors de son travail. Le journal rappelle qu'un bénévole ne peut être soumis à une sanction ni recevoir d'ordre de la part de la structure. " On travaillait tellement sous tension et avec la peur permanente de recevoir des reproches de Nicolas ou Frédéric, qu’on pouvait délaisser ( la ) prise en charge ( des jeunes ) ", déplore une autre salariée. 

Des conséquences sur l'association : Dans son communiqué, la Fondation regrette " l'augmentation des actes homophobes et transphobes et l’urgence de la situation des jeunes est une triste réalité qui a amené notre organisation à devoir se développer rapidement pour y répondre ". " Peut-être que la mobilisation permanente des équipes n’a pas laissé assez de temps pour professionnaliser notre structure comme il l’aurait fallu, admet-elle. Peut-être ne sommes-nous pas encore assez formé·e·s sur les questions relatives à la transphobie ". 

Suite à la parution de l'enquête, le maire de Montpellier, Michaël Delafosse a demandé lors du conseil de métropole " de surseoir au versement des subventions " de la fondation jusqu’à ce qu'une " clarification de la gouvernance " soit faite. La Dilcrah a également demandé des comptes à la Fondation Le Refuge dans un courrier daté du 17 décembre. Dans cette lettre, Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, invite Le Refuge " à bien vouloir fournir des explications détaillées permettant de faire toute la lumière sur les éléments soulevés dans cet article ". 

dimanche, décembre 20, 2020

LGBT : Pour lutter réellement contre les " thérapies de conversion ", oui à un projet de loi exhaustif !

En France, des organisations et personnes prétendent frauduleusement pouvoir changer ou " guérir " les personnes LGBTI+. Face aux violences que constituent ces méthodes, l'Inter-LGBT appelle le gouvernement à inscrire de toute urgence dans son agenda parlementaire une loi réellement adaptée pour lutter contre ces pratiques. 

Les pratiques connues sous le nom de " thérapies de conversion " constituent une violation flagrante des droits à l’intégrité physique et psychique, à la santé et à la libre expression des personnes LGBTI+. Lorsqu’elles sont menées par la force, elles représentent également une violation de l’interdiction de la torture et des mauvais traitements selon Victor Madrigal-Borloz, l’expert indépendant de l’ONU sur la protection contre la violence et la discrimination fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. 

Dès lors, nous ne pouvons que saluer la volonté politique des autorités françaises d’interdire les " thérapies de conversion " sur notre territoire. Que la question soit enfin prise au sérieux au plus haut sommet de l’État est un signal fort envoyé aux rescapé·e·s ayant subi de graves souffrances psychologiques et physiques durables.  

Véritable danger : Dans un article du journal Le Parisien du 10 octobre 2020, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur chargée de la Citoyenneté, a annoncé que le gouvernement soutiendrait l’interdiction des " thérapies de conversion " dans la loi confortant les principes républicains ( dite loi sur les séparatismes ). 

La volonté d’inscrire cette interdiction par voie d’amendements dans un projet de loi " confortant les principes républicains " nous rend profondément inquièt·e·s. En effet, les " thérapies de conversion " ne concernent pas uniquement les approches confessionnelles, mais également des approches qui se prétendent médicales et sociales. Il existe un véritable danger pour que cette interdiction ne soit, dès lors, pas à la hauteur des risques et des ravages causés. 

Par ailleurs, le projet de loi " confortant les principes républicains " est loin de faire l’unanimité et nous pose de nombreuses questions, dont certaines dispositions du texte pouvant menacer la liberté d’association et avoir un effet dissuasif sur les défenseur·e·s des droits humains et les organisations de la société civile. Nous ne souhaitons pas que la question de l’interdiction des " thérapies de conversion " ( qui fait pourtant consensus au niveau national, européen et international ) soit instrumentalisée à des fins idéologiques dans un projet de loi déjà controversé et dénoncé. 

Une action politique à mener, et des textes déjà proposés : Après une mission d’information à l’Assemblée nationale menée en 2019 par les député·e·s Bastien Lachaud ( La France Insoumise ) et Laurence Vanceunebrock-Mialon ( La République En Marche ), cette dernière a déposé cet été une proposition de loi " interdisant les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne ". Cette proposition de loi contribue à apporter des réponses adaptées, en commençant à définir ces pratiques, créant des condamnations pénales et les ajoutant aux critères de pratique illégale de la médecine. De plus, la proposition de loi se penche également sur l’éducation, la sensibilisation et la connaissance de ces pratiques, répondant ainsi à une réelle nécessité d’une prévention en complément d’une réponse a posteriori. 

Dans une tribune au journal Le Monde, un collectif de rescapé·e·s appelait le gouvernement à soutenir la proposition de loi n°3030 pour interdire ces pratiques. Il signifiait aussi qu’il ne voulait pas du " texte au rabais ", annoncé par Marlène Schiappa dans le projet de loi confortant les principes républicains par voie d’amendements. 

Un projet exhaustif : Un projet de loi spécifique ne serait pas uniquement symbolique. Sa rédaction lui permettra au contraire d’être exhaustif et de lutter concrètement contre le phénomène des " thérapies de conversion " en France. L’inter-LGBT recommande également d’inclure l’interdiction des pratiques visant à modifier sans consentement les caractéristiques sexuelles dans la définition des pratiques connues sous le nom de " thérapies de conversion " pour protéger les personnes intersexes. 

Il est plus qu’urgent que la loi française rattrape son retard et prenne toute la mesure de la réalité, de la gravité et des conséquences dévastatrices des " thérapies de conversion ". À travers un projet de loi qui puisse être vérifié par le Conseil d’État et qu’y soient associés les organismes concernés et les associations mobilisées, le gouvernement doit inscrire un texte contre les " thérapies de conversion " dans le calendrier parlementaire pour une promulgation avant la fin de l’actuelle mandature d’Emmanuel Macron. 

Autres associations cosignataires : Les ActupienNEs, AIDeS, ASMF, Au-delà du Genre, Bi’Cause Centre LGBTQI+ de Paris-Ile de France, Couleurs Gaies, David & Jonathan, Fièr·e·s et Révolutionnaires, Fiertés Pas-de-Calais, HES LGBTI+, Mobilisnoo, Play Safe, Solidarité Internationale LGBTQI 

jeudi, décembre 17, 2020

LGTB : Deux assos portent plainte contre un maire qui refuse (encore) de marier des couples homos !

Deux associations LGBT+ portent plainte contre Franck Meyer, le maire de Sotteville-sous-le-Val. Cet ancien porte-parole de La Manif Pour Tous assume de refuser de marier des couples homos au nom de ses convictions religieuses. 

Sept ans après l'adoption du Mariage pour tous, certains maires refusent encore de célébrer des mariages, lorsqu'il s'agit de couples d'hommes ou de femmes. Ce mardi 15 décembre, Mousse et Stop homophobie portent plainte contre le maire de Sotteville-sous-le-Val en Seine-Maritime, Franck Meyer. Dans un entretien à La Croix, il assume de refuser de marier les couples de même sexe. 

Ancien porte-parole de La Manif pour tous, président du Comité protestant évangélique pour la dignité humaine, Franck Meyer assume publiquement de ne pas vouloir marier des couples homos et ne cherche même pas à déléguer à un adjoint. Il revendique une " clause de conscience " et invoque ses convictions religieuses. 

Ce protestant raconte notamment que deux hommes, dont un étranger lui ont demandé de les marier, alors qu'ils n'habitaient pas la commune. Le maire centriste leur a refusé au prétexte que ce mariage donnerait la nationalité française à l'un des deux membres du couple. Il parle de " dévoiement " de la notion de mariage. 

L'union d'un homme et d'une femme : " Le mariage doit rester l’union d’un homme et d’une femme, l'enfant a le droit de connaître son père et sa mère et d'être élevé par eux (sic). ( ... ) Je suis dans une situation où je m’estime en droit, même si ce droit m’est refusé par le Conseil constitutionnel ( ... ). En pleine conscience, je ne marierai pas deux hommes et deux femmes, donc je suis hors la loi ", dit-il dans un podcast de La Croix. 

Dans une interview à Croire et Lire, il ajoute : " Mes convictions peuvent entrer en conflit avec certaines lois de mon pays, mais dans ce cas il vaut mieux, comme le dit l’Évangile, obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes et défendre l’espérance que Dieu a mise en nous ". " Je crois qu’aujourd’hui, la liberté de conscience est véritablement en danger. Il faut la défendre, cette liberté. Croyants et non-croyants ensemble ", poursuit-il. 

Dans l'entretien de La Croix, ce maire admet causer du tort aux couples de même sexe, mais minimise cette discrimination. " À partir du moment où vous avez une position, si elle n'est pas semblable à celle de votre interlocuteur, il peut se sentir blessé ", explique-t-il avant de raconter avoir reçu un mail d'insultes à cause de ses positions LGBTphobes. " J'ai pris le temps pour prier pour ne pas rendre le mal par le mal ", lâche-t-il sans rire. 

Une discrimination au même titre que le racisme : Pour l'avocat des deux associations LGBT+, cette discrimination assumée doit être sanctionnée par les tribunaux. " Refuser de délivrer une carte d'identité à une personne noire, refuser d’inscrire dans une école une personne de confession musulmane ou refuser de marier deux personnes de même sexe est passible des mêmes sanctions ", note-t-il. 

" Il s’agit, dans chacun de ces cas, d’une discrimination commise par une personne détentrice de l’autorité publique dans le cadre de ses fonctions. Quelle que soit leur religion, leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle, les citoyens français doivent avoir la certitude qu’ils ne seront pas discriminés par un officier d’état civil ! ", s'emporte Me Deshoulières. 

D'ailleurs, le projet de loi " Confortant les principes républicains" ( appelée aussi contre les séparatismes ) devrait renforcer les exigences. Les agents de l'Etat et des services publics ne pourront afficher leurs propres convictions religieuses et sont tenus de traiter de manière égale tous les usagers, indique Le Monde. Ainsi, les préfets pourront mettre en œuvre des recours contre des élus locaux prenant des décisions " gravement " contraires au principe de neutralité. 

dimanche, décembre 13, 2020

LGBT : La France remonte à la 4e place du classement de l’Ilga des pays européens les plus friendly !

L'Ilga-Europe a mis à jour son classement des 49 pays européens. Jusqu'alors en 13ème position, la France grimpe dans le top 5 grâce à la publication d'un plan sur trois ans pour lutter contre les discriminations. Mais il reste encore beaucoup de chemin... 

Au ministère de l'Égalité entre les femmes et les hommes, on a sabré le champagne. La France a grimpé de la 13ème à la 4ème place dans le classement Rainbow Index de l'Ilga-Europe. Ce classement compare 49 pays européens dans leur politique concernant la lutte contre les discriminations des personnes LGBT+. La France obtient un score global de 69% de réformes en cours. 

En mai, l'hexagone remplissait les critères à 56% contre 63% en 2019 et 73% en 2018. Lors de la précédente vague, la France avait dégringolé à cause de " l'expiration du plan d'action du gouvernement ", selon l'Ilga. " La France est remontée à la quatrième place notamment parce qu'elle a mis en place un plan national pour l'égalité des personnes LGBT+ pour les trois prochaines années. Alors que plusieurs pays européens reculent rapidement dans notre index, la publication de ce plan global est particulièrement encourageante ", indique Evelyne Paradis, la directrice exécutive de l'association. 

" De plus en plus de gouvernements ciblent activement les personnes LGBTI dans un contexte de pandémie. C'est pourquoi nous félicitons les efforts de la France pour mettre en place des mesures pour l'égalité. Nous invitons le gouvernement à être encore plus proactif à l'échelle européenne ", poursuit la directrice. " Nous encourageons les associations à s'assurer que ce plan d'action se transforme en changements concrets et efficaces pour les personnes LGBTI. Nous espérons que le gouvernement allouera les ressources nécessaires pour mettre en œuvre ce plan rapidement. Nous remarquons que pour l'heure, aucun budget spécifique n'a été approuvé ", assure la directrice. La Dilcrah assure que son budget est malgré tout sanctuarisé, mais les associations réclament plus d'aides financières. 

" Je me réjouis de la progression de la France dans le nouveau classement établi par l’ILGA Europe, a déclaré Élisabeth Moreno. Nous devons néanmoins rester résolument déterminés et redoubler d’efforts et de vigilance pour favoriser toujours plus l’égalité des droits des personnes lesbiennes, gays, bi ou trans ainsi que la lutte contre toutes les formes de LGBTphobies ". 

Des limites au classement : Ce classement est un encouragement, mais les mesures pour lesquelles il félicite le gouvernement sont encore loin d'être mises en œuvre sur le terrain. Par exemple, le texte sur la PMA pour toutes est encore en discussion au Sénat. Le texte ( qui ne comporte pas certaines avancées pourtant capitales ) devait être voté définitivement en avril 2020, ce ne sera vraisemblablement pas avant avril de l'année suivante. L'Ilga se félicite également que le Parlement ait voté la loi Avia qui oblige les réseaux sociaux à modérer les contenus en 24 heures. Cette loi a été en grande partie censurée par le Conseil constitutionnel. L'association applaudit la proposition de loi sur l'interdiction des " thérapies " de conversion, mais Marlène Schiappa a réduit la porté du texte. 

" Ministres ouvertement homophobes nommés, subitement affichés comme progressistes, complainte sur les manif pour tous ( LMPT ) soi-disant maltraités et humiliés sous la gauche, discours énamourés à l’épiscopat français, amitiés bien médiatisées entre le président et des soutiens clairs de LMPT, tragiques épisodes autour d’Agnès Thill, alliances fréquentes avec la droite anti-LGBT+ aux élections locales en 2020, discours injurieux venant des membres de la majorité LREM lors de débats parlementaires... Rien n’est oublié et rien ne saurait faire croire à la sincérité réelle de LREM sur les droits LGBTI+ ", a réagi l'association HES (Homosexualités et socialismes ). 

Source

vendredi, décembre 11, 2020

Société : La réforme de l’adoption votée par l’Assemblée est-elle une petite révolution ?

Une proposition de loi de la députée Monique Limon a été adoptée. Elle prévoit d'ouvrir l'adoption aux couples non mariés. Et de réformer les conseils des familles, qui refusent trop souvent l'adoption aux couples homos. 

C'est une petite révolution. L'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi pour réformer l'adoption. Elle permet notamment aux couples non mariés d'adopter un enfant et facilite les procédures. 

Des règles actualisées : Jusqu'alors, il fallait être marié pour pouvoir adopter. Le texte prévoit que désormais, les couples pacsés ou concubins pourront adopter. L'âge minimal pour le faire a été abaissé de 28 à 26 ans. La durée du concubinage a aussi été réduite de deux à un an. De plus, l'écart d'âge entre le plus jeune des enfants et le plus jeune des parents ne pourra pas être supérieur à 50 ans. 

Bonne nouvelle pour les mères qui ont recourt à la PMA. En attendant l'adoption de la PMA pour toutes, la mère qui n'a pas accouché pourra adopter son enfant, malgré l'opposition de la mère qui a porté l'enfant. " Cela permet de donner une solution à des situation de couples de femmes qui ne s'entendent plus ", expliquait Monique Limon, la rapporteuse du texte. La proposition de loi doit également revoir le fonctionnement des conseils de familles, qui organise la tutelle des pupilles de l'État dans les départements. 

Les conseils de familles représentatifs de la diversité : " On demande aux membres des conseils de famille d'avoir une formation obligatoire pour que chacun ait une culture des discriminations ", poursuivait la députée de l'Isère. Un amendement du député LREM Raphaël Gérard a été adopté. Il prévoit " que les associations siégeant dans les conseils de famille soient représentatives de la diversité des familles ". En d'autres termes, ils devront accueillir des assos homoparentales. 

Pour rappel, en 2018, la responsable de l'adoption de Seine-Maritime assumait de discriminer les couples LGBT+ dans leur parcours d'adoption. Récemment, une information judiciaire a été ouverte pour " discrimination ". Rien pour les enfants nés d'une GPA à l'étranger : Un amendement du député Guillaume Chiche ( Écologie, démocratie, solidarité ) a malheureusement été rayé du texte. Il prévoyait " qu'aucune discrimination ne peut avoir lieu en raison de l'orientation sexuelle, du statut matrimonial, de l'identité de genre, de la religion (...) ". L'assemblée a également débattue de l'accueil des enfants nés d'une GPA à l'étranger, alors même que le texte ne le prévoit pas. 

Des députés ont souhaité faciliter la reconnaissance de la filiation lors d'une GPA réalisée à l'étranger. Actuellement, les états civils étrangers sont transcris de façon automatique en France. Mais pas pour longtemps... Lors de l'examen du projet de loi bioéthique, les députés ont légiféré pour interdire cette transcription automatique. 

Raphaël Gérard a porté un amendement pour la réintroduire, sans succès. " Ce n’est pas aux enfants nés de GPA de payer pour l’incrimination morale que la société fait peser sur le projet parental de leurs parents ", explique-t-il. Une circulaire du ministère de la Justice devrait être rendue publique après l'adoption définitive de la loi. 

On renforce les droits de l'enfant : Les Républicains, eux, ont fustigé une " idéologie du droit à l'enfant ". Au contraire, " on renforce les droits de l'enfant ", a répondu le secrétaire d'État à l'Enfance, Adrien Taquet. 

" L’APGL souhaite témoigner de son soutien à toutes ces personnes qui se sont heurtées et pour certaines subissent encore l’homophobie institutionnelle présente dans un certain nombre de conseils de famille qui devront désormais assurer un traitement équitable entre les candidat·e·s à l’adoption ", a réagi l'association de parents gay et lesbiens. 

Navette parlementaire réduite : " Malgré ces avancées, l'APGL déplore qu'une fois de plus, les problématiques de nombreuses familles ne soient pas réglées. Aujourd'hui, aucun dispositif légal ne sécurise les liens existants entre l'enfant et ses parents sociaux ou ses beaux-parents dans le cadre des familles homoparentales en coparentalité ou hétéroparentales recomposées ", déplore l'association. 

Au total, en 2018, 650 pupilles de l'État ont été adoptés et 615 enfants ont été adoptés à l'étranger la même année. Mais le nombre de familles engagées dans un processus d'adoption est largement supérieur. Soutenu par le gouvernement, le texte a été adopté en première lecture. Il doit encore être débattu au Sénat, mais la navette parlementaire a été réduite à une seule lecture par chambre. Histoire d'éviter que le Sénat fasse obstruction. 

jeudi, décembre 10, 2020

Politique : L’élu LREM Clément Beaune fait son coming-out gay !

L’élu LREM Clément Beaune, secrétaire d’état chargé des relations européennes, a fait son coming-out gay médiatique, cette semaine. Avec cette initiative, l’homme politique entend ainsi se poser en porte-voix face aux discriminations. 

Un geste fort : Dans une interview accordée au magazine Têtu, l’élu LREM Clément Beaune a dévoilé publiquement son homosexualité. En tant que secrétaire d’état chargé des affaires européennes, l’homme politique juge nécessaire de prendre la parole pour lutter contre l’homophobie. " Aujourd’hui cela paraît banal de le dire, mais ce n’est pas une évidence. Les coups, la violence, le rejet, ça existe en 2020. Dire aujourd’hui mon orientation sexuelle, ce n’est pas de l’indécence ou de la mise en scène de l’intimité ", a-t-il confié. En conséquence, il rejoint les traces de ses partisans politiques Mounir Mahjoubi, Franck Riester et bien d’autres. 

Avant lui, certains (anciens) élus du gouvernement, Franck Riester et Gabriel Attal, ont fait leur coming-out au cours de leur carrière politique. En 2011, l’ancien ministre de la culture a en effet dévoilé son homosexualité. " C’était beaucoup plus facile pour moi d’accepter mon homosexualité, et ensuite de le révéler à ma famille et au grand public. ( En cause ), il y a eu des hommes et des femmes avant moi qui ont dit qu’ils étaient homosexuels ", a-t-il détaillé, prenant ainsi l’exemple de Bertrand Delanoë, qui avait fait son coming-out quelques années avant lui. En 2018, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait à son tour, fait état de son homosexualité. En cause, prenant comme prétexte la " promotion canapé ", l’Insoumis Juan Branco avait outé le jeune homme politique. 

Une visite en Pologne : Après son coming-out médiatique, Clément Beaune envisage de se rendre en Pologne en début d’année prochaine, dans une zone dite sans LGBT. Ce déplacement, comme il le précise, n’a rien à voir avec le geste qu’il vient de faire à titre personnel. " Je n’aimerais pas qu’on dise que je me démène contre les zones sans LGBT" parce que je suis gay. Ce serait insultant de dire que je mène ce combat pour moi-même ", confie-t-il. " Je dois me battre pour diffuser la tolérance ", conclut l’élu. 

mercredi, décembre 09, 2020

Job : La Défenseure des droits alerte sur l’augmentation des discriminations au travail !

Dans un baromètre, la Défenseure des droits dresse un constat alarmant : seul un gay ou bi sur trois déclare n'avoir jamais été l'objet de discriminations au travail. 

Malgré une prise de conscience de certains directeurs des ressources humaines, l'entreprise reste un lieu où se perpétuent les discriminations. Selon le dernier baromètre du Défenseur des droits publié ce mardi 1er décembre, 42% des personnes actives ont déclaré être témoin de discriminations au travail. Ce chiffre est en forte augmentation (+8%) et les personnes LGBT+ sont particulièrement concernées. 

Une personne sur quatre (26%) pense que les personnes LGBT+ sont " souvent " ou " très souvent " discriminées en fonction de leur orientation sexuelle, selon les résultat du 13ème baromètre sur la perception des discriminations au travail. Ils sont 54% supplémentaires à penser que ces personnes sont discriminées " rarement " ou " parfois ". Au total, seuls 17% des sondés avancent que les LGBT+ ne sont " jamais " sujets de traitements défavorables. Lorsqu'on interroge les personnes concernées, ce chiffre grimpe. Pour quatre homos ou bis sur dix (39%) les discriminations liées à l'orientation sexuelle se produisent " souvent " ou " très souvent ". Seul un homme gay ou bi sur trois (30%) déclare n'avoir jamais été l'objet de propos homophobes au travail. 

Les discriminations au travail en hausse : Au travail, les discriminations ( racisme, physique, genre... ) avaient tendance à baisser jusqu'en 2012. Malgré une meilleure visibilité, elles sont maintenant en augmentation. 42% des actifs déclarent avoir été témoin de discrimination au travail, contre 34% en 2012. Au travail, un actif sur trois (29%), dit avoir déjà été témoin d'un acte discriminatoire en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre. Conséquence : seuls 43% des LGBT+ sont out auprès de tous leurs collègues (contre 54% en 2018), selon la dernière étude du Boston Consulting Group. 

Les préjugés ont la vie dure. 17% des répondants déclarent être moins à l'aise avec un·e collègue transgenre, 12% si le collègue en question est atteint d'une maladie grave. Une petite lueur d'espoir, la parole semble s'être libérée. Seulement 5% des travailleurs discriminés déclaraient l'être en fonction de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Ils sont maintenant 37% à citer ces critères comme étant facteur de discrimination. Et les salariés ne sont plus que 3% à se dire mal-à-l'aise à l'idée d'avoir un·e collègue homo. 

Les sanctions rarement appliquées : En revanche, le baromètre constate que ces discriminations s'inscrivent dans le quotidien. Et les ressources humaines ne les prennent pas suffisamment en compte. Quand on leur demande comment les discriminations se manifestent, trois personnes victimes sur quatre (74%) disent l'être dans leur travail au quotidien. Une sur deux déclare avoir du mal à avancer dans sa carrière (56%). D'autant que les faits ne sont pas encore assez sanctionnés, alors même qu'ils sont rapportés à la direction ou à l'encadrement une fois sur deux (53%) ! 

Selon les sondés, seuls 9% des cas ont conduit à une sanction, une mutation ou au licenciement de l'auteur des discriminations. Seulement 18% des personnes discriminées déclarent avoir obtenu une réparation de leur préjudice. Régulièrement même, la dénonciation d'une discrimination se retourne contre la victime : une personne discriminée sur cinq (19%) a été licenciée ou n'a pas vu son contrat renouvelé. 

Des chiffres " très préoccupants " : L'institution qualifie l'ensemble de ces chiffres de " très préoccupants ". " L'ampleur de ce phénomène rappelle l'importance pour les entreprises et les administrations de s'engager pleinement dans la lutte contre les discriminations au travers de plans annuels structurés et évalués périodiquement ", appelle Claire Hédon, à la tête de l'institution. Le document rappelle qu'il est de l'obligation de l'entreprise de protéger ses salariés des discriminations. Régulièrement, les DRH indiquent qu'au-delà du climat sain pour l'entreprise, la lutte contre les discriminations permet d'être un levier de performance. Pour bien travailler, il est nécessaire d'être à l'aise dans son environnement de travail. C'est encore malheureusement très loin d'être le cas partout.