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dimanche, décembre 06, 2020
mardi, décembre 01, 2020
jeudi, novembre 19, 2020
lundi, novembre 16, 2020
Lire : Prix du roman gay 2020, le palmarès !
Cette huitième édition du prix du roman gay nous dévoile son palmarès ! Sur près de 180 ouvrages proposés, 60 ont été sélectionnés, et les meilleurs ont été récompensés par le jury. Quels sont les livres LGBT à ne surtout pas manquer cette année ?
Réponse : Le prix du roman gay a été créé en 2013 à l’initiative des Éditions Du Frigo. Le but ? Récompenser des romans français appartenant à une littérature d’inspiration homosexuelle masculine. Ce prix littéraire est ouvert à tous les pays francophones ou en partie francophones. Récits, recueils de nouvelles ou de poésies, biographies, essais, dictionnaires et récits de voyage, tout les genres sont permis ! Le jury est composé d’écrivains, critiques, blogueurs, blogueuses, lectrices, lecteurs, libraires et éditrices-eurs (LGBT ou non). La thématique gay est certes le critère de sélection mais ce sont bien les qualités littéraires qui sont récompensées. Cette année encore, le palmarès nous donne l’eau à la bouche.
Le palmarès de l’année 2020 :
• Le prix du roman gay 2020 : " Good Boy " de Antoine Charbonneau-Demers (Editions Arthaud)
• Le Coup de cœur du prix du roman gay 2020 : " Romance " de Arnaud Cathrine (Editions Robert Laffont)
• La Mention spéciale du jury : " Cordons " de Gabriel Kevlec (Editions ex aequo)
• Prix du premier roman : " Carpe Noctem " de Claudius Pan (Editions Le Sélénite) et " Ce qu’il aurait fallu dire " d’Alexis Anne-Braun (Fayard)
• Prix découverte du Prix du roman gay : " Mes Amours Souterraines " de Olivier Sourisse (Editions Orizons) et " Contre Toute Attente " de Michaël Brice (Editions Edilivre)
• Prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre : Michel Bellin
• Prix du Dico : " Une bibliothèque gay idéale " (L’Harmattan)
• Prix du Roman érotique : " Les Amants " de Lucien Burckel de Tell (Editions cœur de lune)
• Prix du livre numérique : " Piège " de Christa (Edition Textes Gais)
• Prix du roman court : " Le Blockhaus " de Stéphane Couppez (Editions Le buisson noir)
• Prix du recueil de nouvelles : " Fragments d’amour " de S.M. Gerhard (Homoromance Editions)
• Prix de la maison d’édition : Le Collectif POU
Pour plus d’informations, rendez vous : Here/Ici
lundi, octobre 19, 2020
Culture : " Ils s’aiment ", ces vieilles photos montrent un siècle d’amours entre hommes !
Dans leur beau livre fraîchement paru aux éditions Les Arènes et 5 Continents, les collectionneurs américains Hugh Nini et Neal Treadwell recensent un siècle d'histoires d'amours homosexuelles en photos. Un ouvrage historique.
Ce n'est pas parce que l'homosexualité était fortement réprimée, voire pénalisée, durant les siècles passés qu'elle n'existait pas. La preuve en images. 350 images pour être exact, toutes compilées dans le livre photo historique et ô combien nécessaire de Hugh Nini et Neal Treadwell. Ce duo de collectionneurs états-uniens possède près de 2.700 clichés d'hommes amoureux mais une sélection minutieuse a été faite pour leur beau livre, sobrement intitulé Ils s'aiment et paru le 14 octobre dernier en France.
" Au début, nous avons acquis des photos parce qu'elles nous parlaient personnellement, confient-ils dans un communiqué. Mais au fur et à mesure que s'enrichissait notre collection, nous avons eu le sentiment d'être impliqués dans une sorte de mission de sauvetage ". Une position légitime, puisque leur ouvrage commun Ils s'aiment participe à consolider une mémoire collective pour la communauté gay.
L'amour face à l'interdit : Les 350 photographies retenues dans le livre ont été prises entre 1850 et 1950, soit une période de l'histoire délicate pour les personnes homosexuelles. Bravant les désapprobations de leur temps, les couples d'hommes représentés font alors preuve de courage.
Ce livre permet de rappeler que les histoires amours homosexuelles, même clandestines, existaient malgré l'intolérance de l'époque. Quelles que soient leurs origines, qu'ils soient noirs ou blancs, riches ou pauvres, jeunes ou âgés, habitants en Europe, aux USA ou en Asie, ces hommes sont allés contre les mœurs étriquées de leur époque pour vivre leur amour. On tient donc là un témoignage historique trop rare.
vendredi, août 21, 2020
BD : Marvel marque l’histoire avec le premier mariage gay entre deux super-héros !
Dans un comics récemment paru, les justiciers Hulkling et Wiccan se passent la bague au doigt. Et si cette union inspirait enfin la branche cinéma de Marvel ?
C’est la saison des mariages, même dans le monde des comics !
Mercredi 5 août, Marvel sortait en kiosques et en librairies le quatrième volet de sa saga estivale Empyre. À l’issue de ce chapitre-là, deux super-héros appréciés des fans se sont dit " oui " : Hulkling et Wiccan. C’est la première fois dans l’histoire de l’éditeur que deux super-héros de même sexe se passent la bague au doigt. Et forcément, de nombreux fans s’en sont réjouis.
Mercredi 5 août, Marvel sortait en kiosques et en librairies le quatrième volet de sa saga estivale Empyre. À l’issue de ce chapitre-là, deux super-héros appréciés des fans se sont dit " oui " : Hulkling et Wiccan. C’est la première fois dans l’histoire de l’éditeur que deux super-héros de même sexe se passent la bague au doigt. Et forcément, de nombreux fans s’en sont réjouis.
" Est-ce que je peux dire, encore, à quel point c’est génial d’avoir des personnages queers sur le devant de la scène d’un gros événement Marvel ?, écrit un dessinateur de comics sur Twitter. Pas juste sur le devant de la scène, mais l’histoire tourne autour d’eux ? Ils sont importants. Ça a tellement de sens et c’est tout ce qu’on demande ". Dans un communiqué, Al Ewing, scénariste de l’arche narrative Empyre, se montre satisfait de pouvoir " offrir cette sorte de fin surprenante pour les lecteurs qui, je l’espère, leur remontera le moral plutôt que de les attrister ".
Une avancée notable : Créés par Allan Heinberg et Jim Cheung en 2005, les personnages de Hulkling et Wiccan ont vite conquis le cœur des fans. Ils font partie intégrante de l’équipe des Young Avengers, encore jamais transposés sur le grand ou petit écran.
Un temps suggérée, leur idylle est vite devenue officielle et les deux super-héros ont pu s’échanger des baisers dans une flopée de comics ces dernières années. " Maintenant qu’ils passent à l’étape supérieure de leur relation, j’ai hâte de voir où leur prochaine aventure va les mener ", assure leur cocréateur Jim Cheung.
Avant ce mariage historique, la Maison des Idées avait déjà agréablement surpris ses lecteurs LGBT+ en 2012. Cette année-là, le super-héros Northstar épousait son petit ami de longue date Kyle dans un volume des Astonishing X-Men. Ce fut alors le premier mariage homosexuel célébré dans les pages d’un comics Marvel. Il aura fallu attendre huit ans pour découvrir le deuxième.
Il n’y a plus qu’à espérer que l’écurie Marvel surfe sur cette vague progressiste jusqu’au cinéma. En effet, à l’heure actuelle, aucun personnage majeur des films n’est LGBT+. Cela devrait théoriquement changer avec le long-métrage Thor : Love and Thunder où Valkyrie devrait être dépeinte comme ouvertement queer, selon son interprète Tessa Thompson. Un couple gay est également annoncé dans le film The Eternals, repoussé à février 2021.
lundi, juillet 27, 2020
Lire : Zep va ressortir son fameux " Guide du zizi sexuel " !
En 2001, Zep et Hélène Bruller faisaient sensation en publiant le " Guide du zizi sexuel ", ouvrage destiné aux préados et dans lequel Titeuf et ses copains leur expliquaient les mystères de la sexualité. Tout ce qui y était écrit était scrupuleusement vrai, mais présenté de manière bien plus accessible et drôle que dans n'importe quel cours scolaire d'éducation sexuelle. Et l'ouvrage a d'ailleurs intéressé autant les parents que leurs enfants, puisque l'ouvrage a été lu par 2 millions de personnes, devenant même un best-seller en Chine.
De nouvelles interrogations : Dix-neuf ans plus tard, les éditions Glénat annoncent le retour du fameux " Guide " pour la rentrée scolaire ( celle d'automne, pas celle du déconfinement ). Est-ce un nouveau livre ou une réédition ? Zep nous dit tout (tout sur le zizi, évidemment ).
" Il s'agira d'une réédition augmentée. Depuis sa sortie, il y a beaucoup de nouvelles thématiques qui sont apparues concernant la sexualité : les réseaux sociaux, la pornographie sur Internet, le harcèlement, le consentement. Des sujets auxquels les enfants d'aujourd'hui sont confrontés et qui demandent à être expliqués. Nous évoquerons également davantage les multiples sexualités. À l'époque, nous avions abordé l'homosexualité, mais rapidement ".
À l'époque, Hélène Bruller était allée puiser la matière du livre auprès des infirmières scolaires qui donnaient les cours d'éducation sexuelle. Aujourd'hui, les éditions Glénat lancent un grand sondage auprès du public pour savoir quelles sont les questions que se posent les enfants sur la sexualité. ( Questions à envoyer à guide.du.zizi.sexuel@glenat.com ). Et c'est toujours l'ex-femme de Zep qui en tirera les nouveaux sujets et écrira les textes, qui seront illustrés par Zep.
" Il devrait y avoir 16 pages supplémentaires, explique Zep. Mais certaines parties du livre original seront également réécrites. Il y a notamment une ou deux réponses qui peuvent être perçues aujourd'hui comme normatives, donc qui seront changées. Nous ne voyons plus tout comme à l'époque. Si l'on relit le premier " Guide ", il faut garder à l'esprit qu'il a été écrit en 2001. Et quand on réédite, autant en profiter pour faire des modifications si elles sont justifiées ".
Les possesseurs du premier " Guide " devront-ils acheter le deuxième ? " Si c'est pour l'offrir à leurs enfants, il vaut mieux en effet leur donner le nouveau plutôt que de leur faire lire l'ancien. Ce qui est amusant, c'est que l'ouvrage est devenu transgénérationnel, certains enfants qui l'ont lu à l'époque sont devenus des parents aujourd'hui ".
Voilà qui ne va pas plaire au président brésilien : Ce nouveau " Guide " sera-t-il dédicacé au président brésilien Jair Bolsanoro, qui l'avait dénoncé durant sa campagne comme un ouvrage incitant à l'homosexualité et à la pédophilie ? " Nous aurions dû lui demander une préface, rit Zep. Il en a tellement parlé. Il l'a même brandi en direct au journal télé et a du coup beaucoup contribué à ses excellentes ventes au Brésil ".
samedi, mai 30, 2020
jeudi, mai 21, 2020
jeudi, mai 07, 2020
US : Deux prix Pulitzer remportés par des hommes gays noirs !
Jericho Brown et Michael R. Jackson, tous les deux noirs et homosexuels, ont respectivement remporté les prix Pulitzer de la poésie et de l’œuvre théâtrale.
Pour la première fois depuis la création du prestigieux prix Pulitzer en 1917, deux des gagnants annoncés sur la liste révélée lundi 4 mai sont des hommes ouvertement gays et noirs, comme le relève le magazine LGBT+ britannique Attitude. Le prix Pulitzer de la poésie a été décerné à Jericho Brown pour son recueil The Tradition, qui " propose des dissections personnelles et politiques des terreurs modernes, y compris des tueries de masse et du meurtre de citoyens non armés par la police ", détaille Attitude.
En 2014, dans son recueil The New Testament, le poète âgé de 44 ans, qui a reçu en 2011 une bourse du National Endowment for the Arts pour la poésie, abordait son expérience d’homme gay noir vivant aux États-Unis. " Je ne m’intéresse pas au rejet dû au fait d’être un poète noir gay, expliquait en 2016 au site de poésie Dive Dapper l’homme qui est aussi porteur du VIH. Je cherche à comprendre ce que le fait d’être un poète noir gay peut me permettre ".
Jamais dans mes rêves les plus fous : De son côté, le dramaturge Michael R. Jackson a décroché le prix Pulitzer de l’œuvre théâtrale, pour sa comédie musicale très remarquée A Strange Loop, dans les salles depuis septembre 2019. La pièce, première comédie musicale à remporter ce prix, est semi-autobiographique : l’Américain né à Detroit y dépeint le voyage d'Usher, un jeune écrivain gay, noir et en surpoids, dans un monde hétéronormé et blanc.
Le dramaturge, qui avait été nommé en 2018 parmi une trentaine d’écrivains noirs " de nos temps " par le New York Times, a réagi sur son compte Twitter avec beaucoup d’enthousiasme : " Jamais dans mes rêves les plus fous. JAMAIS. DANS. MES. RÊVES. LES. PLUS. FOUS. Merci à tous ceux qui m’ont soutenu dans mon cheminement vers un tel honneur incroyable. Je suis sûr que j’aurai plus à dire une fois que j’aurai repris mon souffle et regardé tous ces SMS et e-mails, mais pour l’instant, MERCI ".
Photo d'illustration : Michael R. Jackson
mercredi, avril 22, 2020
Presse : Cet article du " Progrès " sur le sexe gay durant le confinement suscite la colère !
Samedi, le quotidien régional lyonnais Le Progrès a publié un article dans lequel il observe un " relâchement " du confinement dans un milieu gay à la " sexualité hyperactive ". De nombreux internautes et associations LGBT+ s’en sont indignés.
" Communauté gay : du relâchement dans le confinement ". Voilà comment le quotidien régional lyonnais Le Progrès annonçait en une, samedi 18 avril, l’article de sa journaliste Sylvie Montaron, spécialiste des questions de santé. Dans son article, celle-ci donne la parole au docteur Jean-Michel Livrozet, président du COREVIH de Lyon Vallée du Rhône ( Coordination régionale de la lutte contre l’infection due au VIH ), le seul interlocuteur de l’article.
D'après le soignant, qui s’appuie sur la consultation d’applications de rencontres telles que Grindr, certains homosexuels auraient décidé de braver les mesures de confinement après une première semaine de " sidération " pour reprendre les rencontres sexuelles : " Au début, je pensais que cela se passait peut-être dans les saunas mais non, ils respectent bien les fermetures, c’est dans les appartements que les rencontres ont lieu ".
Sexualité hyperactive : C’est en partant de ce constat que le médecin se serait rendu à l’évidence : " Il faut appliquer le principe de réalité. Il est illusoire d’imaginer que la population gay va rester sous cloche pendant deux mois " ! Car il s’agirait, peut-on lire dans le chapô, de " milieux où la sexualité est hyperactive ". De nombreux internautes ont exprimé leur colère à la lecture de telles déclarations. L’Association des journalistes LGBTI (AJL) a dénoncé sur Twitter un article qui " reprend sans la questionner la parole d’une seule source et recycle des stéréotypes éculés sur les gays ".
Dans son édition du lundi 20 avril, Le Progrès publie une réaction de l’antenne lyonnaise de SOS homophobie : " Nous regrettons ( cette approche ) trop réductrice qui ne présente qu’une partie des pratiques, sans la mettre en perspective des pratiques tout genre et orientations amoureuses confondues, en période de confinement. Basé sur une seule source, l’article reflète l’avis d’un médecin sous l’angle unique des personnes qu’il côtoie et qui pour certains ne respectent pas le confinement. Ce faisant il laisse croire que c’est général et propre aux gays. Pourquoi ne pas parler d’une manière positive de toutes les actions menées pour maintenir le lien social en cette période " ?
Excuses timides : À la suite de cette citation, l’auteure de l’article, ainsi que Francis Ziegelmeyer, directeur départemental des éditions du Rhône du Progrès, ajoutent : " Notre intention n'était pas de stigmatiser une orientation sexuelle, de laisser penser qu’elle était plus incivique qu’une autre durant le confinement ou que la problématique ne s’adressait qu’à elle ". Une réponse sans excuses ni explications qui n’a pas satisfait bon nombre d’internautes.
Lundi matin, le rédacteur en chef du journal Xavier Antoyé a à son tour réagi, répondant à un fil d’Alice Coffin à ce sujet : " Notre objectif était de relayer le message de prévention d’un médecin spécialiste du VIH, inquiet et engagé auprès de ces patients. Sans aucune volonté de stigmatiser. Nous sommes désolés si certains l’ont pensé. Nous traitons toutes les problématiques de société. Une semaine plus tôt, nous avons publié un article sur les violences homophobes durant le confinement ".
Une référence au témoignage publié sur Twitter par Guillaume Mélanie, président d’Urgence Homophobie, d’un jeune homme dans le sud de Lyon confiné avec un père homophobe qui l’a forcé à se masturber en regardant du contenu pornographique hétérosexuel. Ce témoignage, effectivement relayé par Le Progrès, avait donné lieu à une lettre de Sonia Krimi et d’autres députés interpellant le gouvernement sur la situation des jeunes LGBT+ pendant le confinement.
mercredi, avril 08, 2020
Lire : " Les Générations ", une BD poignante sur le lien familial après le coming out !
Avec l’Italie rurale en toile de fond, ce roman graphique de Flavia Biondi explore les affres d’un jeune homosexuel contraint de renouer avec sa famille, ignorant son orientation amoureuse. À lire d’urgence.
Trop aisément survolé, le 9ème art est pourtant un support étonnamment riche et, depuis maintenant plusieurs années, de plus en plus engagé. Et la bande-dessinée se présente comme un espace d’expression non négligeable pour les récits LGBT+. Preuve à l’appui avec " Les Générations ", une nouvelle parution signée Flavia Biondi où l’illustratrice toscane nous raconte une histoire singulière qui risque toutefois de résonner chez bon nombre d’hommes gays.
Suite à une rupture douloureuse, Matteo délaisse les artères milanaises pour rentrer au bercail, trouvant refuge auprès de sa grand-mère dans sa bourgade natale. Au domicile de cette dernière, il retrouve ses tantes, trois femmes aux caractères radicalement opposés, ainsi que sa cousine, affable comme pas deux. Toutes ignorent son orientation sexuelle. La seule personne au courant de sa préférence pour la gent masculine, c’est son père, avec qui il n’a eu aucun contact depuis son coming out trois ans plus tôt. Après un tel laps de temps, Matteo redoute les retrouvailles mais il se pourrait qu’elles soient beaucoup plus salvatrices que ce qu’il s’imagine...
Une histoire de famille comme les autres : Quand on grandit dans une ville de taille moyenne ou un bled paumé où le Wi-Fi fonctionne à peine, il y a de grandes chances qu’une sexualité autre qu’hétéro soit mal considérée. Pour beaucoup de jeunes gays, s’exiler dans une métropole s’impose comme une échappatoire idéale. En s’éloignant ainsi de leurs parents pas forcément tolérants et de leurs voisins aux relents homophobes, les principaux intéressés trouvent le moyen de se préserver et de s’épanouir dans un meilleur contexte. C’est ce qu’a fait Matteo, le héros névrosé de " Les Générations ", avant de voir sa vision complètement chamboulée par son retour aux sources inopiné.
Au fil de sa centaine de pages, la BD monochrome de Flavia Biondi expose, à travers le portrait d’une famille fracturée, un véritable choc générationnel. Le personnage de Matteo, qui nous accompagne vignette après vignette comme narrateur, se lance dans une introspection aussi intéressante que bouleversante. " Je me sentais coupable pour toutes les nouvelles générations qui exigent du passé sans jamais rien donner en retour ", énonce-t-il à un moment donné, réalisant qu’on ne peut réclamer le respect de ses proches sans offrir la pareille en retour.
Alors non, " Les Générations " n’apporte pas de solution miracle qui réconciliera les homosexuels et leurs détracteurs, c’est évident. Cela dit, le roman graphique intimiste de Biondi souligne l’importance du dialogue entre ces générations éminemment scindées. Avec son coup de crayon affûté et son verbe réfléchi, l’autrice parvient à mettre en lumière un malaise intergénérationnel pernicieux.
Difficile de rester de marbre face à un récit aussi émouvant, porté par un protagoniste gay qui, mine de rien, ressemble à bon nombre d’entre nous.
Publié aux éditions Glénat, " Les Générations " est disponible en librairie depuis le 11 mars 2020.
samedi, mars 28, 2020
Lire : L'électrisante comédie romantique gay d'Arnaud Cathrine pour les ados !
Arnaud Cathrine raconte le premier amour de Vince, un lycéen bien de notre temps mais aux émois universels. Notre coup de cœur jeunesse de la semaine.
Des " garçons volés " : C'est ainsi que Vincente, dit Vince, le narrateur de Romance, nomme ces charmants inconnus observés dans le métro, jamais abordés, et dont il décrit la silhouette dans un carnet. Les vies frôlées ou inconnues comme moteur d'écriture : un goût qu'il partage avec son créateur, Arnaud Cathrine, à qui l'on doit J'entends des regards que vous croyez muets (Verticales), récits des vies imaginaires de passants entrevus, et Andrew est plus beau que toi ( Flammarion ), histoire imaginée à partir de clichés d'inconnus.
Mais rêver l'impossible à chaque coin de rue, et chaque fois croire le perdre, c'est aussi le privilège doux-amer de ses 16 ans. Vince est un enfant de son temps. Romantique et impatient que la vie commence enfin, il rêve du grand amour tout en fantasmant sur un acteur de films pornos, et en tentant des incursions sans conviction sur les sites de rencontres. Non sans une bonne dose d'autodérision... Et pourtant, si la passion rêvée se trouvait à portée de main ? Autour d'une poignée de personnages attachants, Arnaud Cathrine ( qui explorait déjà les tourments de l'adolescence dans la trilogie À la place du cœur ) raconte avec acuité, humour et sensibilité un premier amour d'aujourd'hui. Cru, tendre et puissant. Une éducation sentimentale à l'ère des textos, certes, mais le premier chagrin, lui, se ressemble à toutes les époques...
Romance, d'Arnaud Cathrine, Robert Laffont, collection R, 304 p., 16,50 euros. À partir de 13 ans.
lundi, mars 16, 2020
Lire : Au pays des vrais hommes ( A jamais exilés )
Paru en Italie en 2008, puis l’année suivante en France, chez Dargaud, sous le titre En Italie, il n’y a que des vrais hommes, l’album de Luca de Santis ( texte ) et de Sara Colaone ( illustrations ) est réédité cet hiver chez " Ici Même ", jeune maison nantaise. Cette fois intitulée Au pays des vrais hommes, la bande dessinée se penche sur la déportation et le confinement d’homosexuels italiens au cours de la période fasciste.
Au cœur du récit se trouve Angelicola Antonio, dit Ninella, un homme de 75 ans interrogé en 1987 par Rocco et Nico, réalisateur et opérateur, qui veulent tourner un documentaire sur le confino des homosexuels.
Dans leur périple en voiture, en route vers le passé, des interruptions surviennent, des fragments d’histoire remontent à la surface, des retours en arrière qui constituent l’essentiel d’un livre magnifiquement illustré, tout en noir, blanc et ocre.
Ce que je suis : On rencontre le jeune homme à Salerne, en 1938, dans l’atelier de couture de sa mère. Malgré les mises en garde de son frère, qui craint une rafle de l’OVRA, la police politique, Antonio ne peut s’empêcher de fréquenter le bois la nuit, ou encore le dancing sur la petite place. " Je ne peux quand même pas cesser d’être ce que je suis par peur de ces gens-là " !
Accusé de " pédérastie ", le jeune homme sera assigné à résidence surveillée dans l’île de San Domino, dans l’archipel de Tremiti, là où plus de 300 homosexuels dits " femminielli " ont été internés entre 1938 et 1943.
Cette pratique, départementale, n’était pas cautionnée par une loi nationale. " Nous n’avons pas besoin de cette loi, déclara Mussolini. L’Italie est le pays des vrais hommes " !
Peu à peu, après avoir opposé une résistance certaine, le vieux tailleur accepte de raconter cette période douloureuse de sa vie, cet exil perpétuel qu’évoque aussi le cinéaste Ettore Scola dans Une journée particulière et l’écrivain Giorgio Bassani dans Les lunettes d’or.
" Autrefois je ne savais pas combien de noirceur pouvait me remplir le cœur ", dit Antonio. Dans cette communauté insulaire peuplée " d'invertis " souvent hauts en couleur, l’homme connaîtra le pire et le meilleur : l’humiliation et la solidarité, le désespoir et la fraternité, la vengeance et peut-être même l’amour.
" C’est quoi la différence entre tout ça et la mort ? ", demande Mimi, le plus jeune du groupe. Puis, il ajoute : " Ma vie est loin d’ici et mon avenir n’a jamais été aussi lointain ".
On trouve en annexe l’éclairant témoignage d’un homosexuel assigné à résidence et un bref essai des historiens Tommaso Giartosio et Gianfranco Goretti. " Les homosexuels des années 1930 vivaient sans aucun doute dans un contexte plus homophobe que le nôtre, écrivent-ils. Mais ils avaient souvent un sentiment de leur identité plus défini et irrévérencieux, une identité, entre autres, bien différente de celle des gays actuels ".
Après avoir raconté en mots et en dessins l’extraordinaire rayonnement que leur livre a obtenu au cours de la dernière décennie, Sara Colaone et Luca de Santis concluent : " Primo Levi disait que la seule libération pour un survivant est de devenir témoin. Les exilés de San Domino n’ont jamais réussi à le faire. C’est désormais à nous tous que cela revient ".
Au pays des vrais hommes, deSara Colaone et Luca de Santis, traduit de l’italien par L. Lombard, Ici Même, Hors collection, Nantes, 2020, 176 pages.
samedi, mars 14, 2020
Sport : Le rugbyman Sébastien Boueilh souhaite amener plus de sportifs à dénoncer les viols qu'ils ont subis !
Dans l'émission Quotidien du jeudi 12 mars, le rugbyman Sébastien Boueilh était venu se confier autour des abus sexuels subis durant son enfance, afin de motiver le plus de jeunes et de sportifs à parler pour " s'en sortir ".
Le colosse au pieds d'argiles, voici le titre du livre du rugbyman Sébastien Boueilh, originaire de Landes près de Dax. Dans ce livre, il raconte le calvaire des abus sexuels subis durant 5 ans, de ses 11 ans et demi à ses 16 ans. C'est le mari de sa cousine qui abusait de lui en l'emmenant aux entraînements.
Sur le plateau de Quotidien, le rugbyman est d'abord revenu sur la stratégie de l'agresseur : " Comme toute victime homme ou femme, il y a le sentiment de honte, la culpabilité et la mainmise de l'agresseur sur sa proie. Le rugby et l'homosexualité n'étaient pas compatibles donc il nous menaçait comme ça : " si tu le racontes, je dis à tout le monde que tu es homosexuel ". Il y avait une grosse omerta sur l'homosexualité et le rugby, voilà comment il nous tenait. Puis il était tellement apprécié de tout le monde que l'on avait peur de ne pas être crus. C'est pour cela que je suis resté dans ce silence pendant 18 ans " a-t-il confié.
J'aimerais que les sportifs parlent durant leur carrière et pas post-carrière : Depuis il fait le tour des écoles et des centres sportifs pour mettre en garde les enfants, en discutant avec un langage adapté et même avec humour. Une seule solution pour atteindre la résilience selon l'ex-rugbyman : parler. " C'est humiliant, c'est destructeur, mais je suis la preuve qu'on peut s'en sortir et je suis résiliant mais il n'y a qu'une seule solution, il faut parler. La honte doit changer de camp. Je suis mort émotionnellement à 11 ans et demi, jusqu'à 30 ans quand je parle. Même s'il n'est resté que quatre ans et demi en prison, je ne peux pas me plaindre, car il y a plein de victimes dont l'agresseur ne va pas en prison à cause du délai de prescription " a-t-il rajouté.
Le fait d'avoir osé parler a totalement divisé sa famille : " Aujourd'hui le cercle est plus petit mais beaucoup plus sain et beaucoup plus aimant ". Sébastien Boueilh s'est à l'époque servi de ce traumatisme pour devenir bon, il mettait " toute la rage qu'il avait en lui, dans ce sport " a-t-il expliqué.
Il fait intervenir différentes victimes du milieu sportif et a aussi proposé à l'ex-patineuse Sarah Abitbol de venir prendre la parole à ses côtés afin que davantage de victimes osent parler. " J'aimerais qu'ils parlent durant leur carrière et pas post-carrière (...) mais on ne peut pas en vouloir à une victime de parler quand elle a fini sa carrière "...
vendredi, février 28, 2020
dimanche, février 09, 2020
Culture : Ça y est, la librairie " Les Mots à la bouche " a trouvé un nouveau local !
Après des semaines de recherches, la dernière librairie LGBT+ de Paris, " Les Mots à la bouche ", a trouvé ses nouveaux locaux. Les libraires devront quitter un Marais miné par la gentrification pour atterrir dans le onzième arrondissement, avec l’espoir d’y créer un " îlot LGBT+ ".
Le bail a été signé ce vendredi 7 février dans la matinée. " On est soulagés et enthousiastes ", confie Nicolas Wanstok libraire dans l’établissement depuis douze ans et responsable de la communication. Les Mots à la bouche, dernière librairie LGBT+ de Paris, devrait emménager début avril au 37, rue Saint-Ambroise, dans le onzième arrondissement de Paris, à côté de la station de métro Saint-Maur. " Il y a le M’sieurs Dames et le 17 pas loin, poursuit le libraire. C’est un quartier en plein changement, très gay-friendly, avec plein de commerces gays. Je ne sais pas si ça pourra devenir un nouveau Marais, c’est compliqué avec les prix des loyers. Ça m’étonnerait que ça migre en masse, mais on pourrait recréer une sorte d’îlot LGBT+ ".
L’annonce avait fait l’effet d’une bombe dans la communauté LGBT+. Le 8 novembre dernier, après des rumeurs de fermeture sur les réseaux sociaux, La presse gay avait raconté l’obligation des Mots à la bouche de quitter ses locaux du 6, rue Sainte-Croix de La Bretonnerie, après trente-six ans de présence. En effet, le propriétaire proposait à la librairie de doubler voire tripler le nouveau loyer après l’expiration du bail le 31 mars 2020, " souhaitant profiter de la gentrification du quartier ", avait indiqué Les Mots à la bouche dans un communiqué. Les gérants s’étaient alors activés pour trouver un nouveau local.
Panique à bord : Pour cela, la mairie de Paris et celle du quatrième arrondissement ont tenté d’apporter leur aide, en privilégiant le Marais. Les libraires ont alors visité, via le GIE Paris Commerces, " cinq ou six " lieux dans le quartier, mais aucun ne semblait convenir. " C’étaient souvent des lieux où il n’y avait pas de passage du tout ou ne donnaient pas sur la rue, raconte Nicolas Wanstok. Ou bien, les locaux étaient trop grands, trop chers et nécessitaient trop de travaux. Honnêtement, au départ, ça nous a beaucoup inquiétés quand on s’est rendu compte qu’ils n’avaient rien pour nous dans le Marais. Dans le privé, les droits au bail étaient hors de prix. Ça a été un peu la panique à bord ". En décembre, les libraires, " très inquiets ", avaient même publié un appel à l’aide sur leur page Facebook.
Finalement, les nouveaux Mots à la bouche ne seront pas dans le Marais. " On peut parler d’hypergentrification du quartier, au point où on en est, soupire Nicolas Wanstok. Avec l’arrivée des grandes chaînes de luxe, tous les loyers ont explosé. Le Marais est en train de se vider de ses habitants, pratiquement plus personne n’a les moyens d’y vivre. On n’a quasiment plus de clientèle de voisinage, à part les plus âgés qui ont emménagé il y a longtemps. Après, il y a sans doute d’autres facteurs : c’est possible que les jeunes sortent moins dans les bars, ayant une application sur leur téléphone. Ça joue peut-être aussi sur les commerces LGBT+.
D'ailleurs, via les messages reçus sur les réseaux sociaux et des discussions avec les clients, les librairies se sont rendu compte " qu’au moins la moitié " réside dans le onzième arrondissement. Finalement, les nouveaux locaux ont été trouvés " par ( leurs ) propres moyens ", par le biais de la Semaest, société d’économie mixte de la Ville de Paris. Pas de propriétaire privé, pas de droit au bail : " Normalement, ça nous assure une pérennité à long terme ".
vendredi, décembre 27, 2019
LGBT : La librairie " Les Mots à la bouche " passe un appel pour trouver sa nouvelle adresse !
En mars prochain, la librairie LGBT du quartier du Marais devra quitter son adresse historique. Mais elle n’a toujours pas trouvé de nouveaux locaux. Elle passe un appel sur les réseaux sociaux.
Le temps est à la mobilisation : Les Mots à la Bouche, la librairie LGBT iconique du quartier du Marais à Paris, n’a toujours pas trouvé de nouveaux locaux. Pourtant, à la fin du mois de mars 2020, le commerce devra quitter son adresse historique du 6 rue Sainte Croix de la Bretonnerie, où elle est installée depuis 1983.
En effet, le propriétaire refuse de renouveler le bail commercial, souhaitant profiter de la gentrification du quartier et de ses loyers devenus exorbitants. Début novembre, une première rumeur de fermeture définitive, démentie sur les réseaux sociaux, avait animé les réseaux sociaux. Le libraire se voulait alors rassurant, expliquant que " la mairie de Paris nous a promis son aide pour ( nous ) le reloger ". Mais ce week-end, dans un message publié sur Facebook, la librairie fait désormais appel à ses clients pour trouver un nouveau local au plus vite :
" A l’heure actuelle, nous n’avons toujours pas trouvé de nouveau local pour déménager, et nous devons quitter nos locaux fin mars. Vous avez été très nombreu.x.ses à nous proposer votre aide, nous faisons appel à vous aujourd’hui pour trouver ce nouvel emplacement. Si vous connaissez un local qui se libère, entre 100 et 200m², dans un quartier proche de la librairie actuelle ( Paris 2/3/4e et limitrophes ), contactez-nous via contact@motsbouche.com en précisant bien " local potentiel " dans l’objet " !
On est très inquiets : Aujourd’hui, Nicolas Wanstock, salarié et responsable de la communication de la librairie, est anxieux : " On est très inquiets. La fin du bail était prévue pour le 31 décembre. Nos remplaçants ne veulent s’installer qu’à la fin mars, donc nous bénéficions d’un sursis. Mais pour l’instant, on n'a aucun local où atterrir. On n’est pas du tout serein ".
Le libraire confirme que l’établissement a bien eu des échanges avec la mairie de Paris et celle du IVe : " On a rencontré les équipes de la mairie. L’adjointe à la mairie du 4e et toute une équipe et Frédéric Hocquart ( Adjoint à la Maire de Paris chargé de la vie nocturne et de la diversité de l’économie culturelle, ndlr ). Ils ont tous témoigné d’une volonté de nous aider et ont rappelé l’importance des Mots à la bouche pour la culture et la communauté LGBTQ ".
Ces rencontres ont-elles débouché sur des solutions concrètes ? " Ils nous ont proposé trois lieux, poursuit le libraire. La mairie dispose d’un parc de logement public-privé. Ce sont des rez-de-chaussée de logements sociaux mais qui ne correspondent pas à notre activité. Ces lieux ne donnent pas sur la rue. Il avait une proposition dans le village Saint Paul. Mais on n’a pas envie de s’enterrer là-bas. Notre idée, c’est la visibilité, la fierté et la sortie du placard. Aller au village St Paul, c’est comme un retour au placard. On a compris que les pouvoirs publics ont très peu de leviers d’action "...
Quitter le Marais : Ces dernières semaines, la librairie explorait une autre piste, mais celle-ci s’est évanouie très récemment. " On pensait que ça allait marcher. C’était tout ce qui nous arrangeait en terme de loyer et de superficie... " regrette Nicolas, un peu amer. C’est un peu en dernier ressort que la librairie s’est tournée vers les réseaux sociaux. L’appel diffusé sur Facebook ce week-end a été visionné plus de 90 000 fois. Il a apporté quelques résultats. " On a reçu une dizaine de propositions et pistes à suivre de gens qui ont repéré des locaux. On va se pencher dessus ".
La librairie, fondée en 1980 par Jean-Pierre Meyer-Genton, n’est plus très sûre de pouvoir rester installée dans son quartier actuel. Pourtant un déménagement des Mots à la bouche hors du Marais scellerait un peu plus le sort d’un quartier de moins en moins gay et de plus en plus dévolu aux marques de luxe : " On a quelques pistes dans le 2e, dans le 3e et peut-être même dans le 1er arrondissement. Rester au centre de Paris n’est pas évident. Autour de nos locaux actuels, le quartier s’est extrêmement gentrifié. Les commerces gays ne sont plus ce qu’ils étaient. Mais cela reste une super zone de chalandise ".
Et le jeune homme de conclure : " Le marais gay n’a pas encore tout à fait disparu mais il s’est quand même restreint. Il y a beaucoup de petits commerces et de petits bars qui vont fermer. Je me demande, comment vont survivre à moyen terme des établissements comme l’Open, le Freedj ou le Quetzal. Ou d’autres commerces qui ne sont pas propriétaires de leurs murs "... Nous aussi.
samedi, décembre 21, 2019
samedi, décembre 14, 2019
Lire : Gengoroh Tagame libère les ados gays !
Après des décennies à travailler sur la domination, le viol et l'acceptation de soi, le mangaka s'ouvre à des thématiques plus douces, afin d'éveiller les consciences d'un plus large public.
Gengoroh Tagame a beau signer des mangas depuis 1986, son nom est encore peu connu du grand public français. Lorsque j'officiais dans une petite librairie parisienne spécialisée dans la vente de mangas, je me souviens que ses titres et illustrations s'échangeaient sous le manteau entre les client·es qui s'y connaissaient. Pendant des années, les mangas de Tagame pouvaient se résumer à des histoires de sexe entre hommes, très poilus et très musclés, souvent teintées de viols et et de BDSM.
Très représentative, la série Pride regroupe différentes obsessions de son auteur. Dans celle-ci, un étudiant qui passe ses loisirs à sodomiser et humilier des hommes dans un parc, finit par rencontrer un professeur de psychologie qui en fait son esclave sexuel. Le professeur fait preuve d'une grande violence avec celui qui est devenu son soumis, afin de lui faire perdre sa fierté de pénétrant, dépourvu de considération pour le pénétré. À la dure, à force d'humiliations prenant la forme de lavements, d'exhibitions forcées et de contraintes physiques quotidiennes ( dont une à base de balles de ping-pong ), l'étudiant apprend une autre forme de fierté, qui ne s'exerce plus au détriment des autres.
Mais les œuvres de Gengoroh Tagame ne sont pas toujours morales, ce qui est par exemple le cas de Kureta no Meushi, une version revisitée du mythe de Thésée et le Minotaure, où ce dernier viole inlassablement le héros grec avant de l'inséminer avec son sperme, l'union de ces deux personnages finissant par donner naissance à une entité monstrueuse.
En laissant parler ses fantasmes, Tagame offre au public une œuvre qui joue sur les complexes et la honte. Le viol est souvent utilisé par l'auteur pour imposer à ses personnages des désirs profondément enfouis ( comme dans Ore No Sensei, réservé à un public averti ). La contrainte permet de jouer avec les diktats sociaux, l'homophobie intégrée ou la peur d'assumer son identité. Il n'y a pas de raison d'avoir honte de s'être fait sodomiser, si c'est sous le joug d'une bande de yakuzas dangereusement agressifs : un paradigme largement exploré par l'auteur à travers différentes formes de dominations sociales, à l'époque romaine, en temps de guerre, via la police ou des figures d'autorité scolaire.
Des muscles et des poils : Outre son absence de limites morales dans le sexe, qui caractérise un certain nombre de ses œuvres, Gengoroh Tagame s'est aussi fait connaître pour sa façon de jouer avec un autre tabou, encore plus marqué au Japon qu'ailleurs : la pilosité. Les poils, pubiens en particulier, constituent un tabou fort au Japon, qui tend à se dissiper depuis le début des années 2000.
C'est ainsi que, pendant des années, des commissions d'éthique ont interdit la présence de poils sur les hommes comme sur les femmes dans les œuvres audiovisuelles, obligeant les films, pornographiques ou pas, à subir une censure à base de floutage. Depuis 2008, une nouvelle jurisprudence permet la présence de pilosité pubienne et des organes génitaux dans les productions, à condition que l'objectif soit artistique.
Si Tagame a principalement trouvé le succès à l'étranger (France, États-Unis, Allemagne), c'est probablement parce que son œuvre est extrême à plusieurs points de vue, mais aussi par la façon dont ses personnages sont caractérisés physiquement. L'auteur leur insuffle une hyper-virilité qui passe autant par la pilosité que par une musculature surdéveloppée.
Au de niveau la représentation de la communauté gay, Gengoroh Tagame s'inscrit dans un courant très opposé à ce qui est habituellement produit au Japon, dans ce genre parfois nommé boy's love ou man's love dont les personnages sont souvent de très beaux jeunes hommes ( dits " bishōnen " ) entretenant un rapport flou avec leur genre.
Le style de Tagame se rapproche davantage de celui de l'artiste Tom of Finland, dessinateur finlandais qui a vu son succès croître grâce aux revues américaines de fitness, et dont le travail a considérablement marqué l'imagerie et l'histoire de la culture gay.
Toucher le public hétéro : Désormais quinquagénaire, Gengoroh Tagame utilise son talent dans d'autres finalités. Le Mari de mon frère, édité en France par Akata, est sa première série de mangas tous publics. Au Japon, elle fut d'abord publiée dans Monthly Action Comics, un magazine de prépublication généraliste.
En 2016, interrogé par Vice, Tagame s'exprimait sur la genèse de cette nouvelle série : " L'éditeur, qui est venu à moi, était très enthousiaste, donc le projet s'est fait vite. Au moment où j'ai dessiné, le mariage pour tous était en train de devenir une vraie tendance partout dans le monde. Mais, au Japon, les homosexuels sont toujours invisibilisés par la société. Le mouvement pour leurs droits ne trouve pas une grande résonance ici. En tant que partie intégrante de la pop culture, le manga peut être un outil intéressant pour parler des droits des personnes homosexuelles à un plus grand public. J'ai donc fini par signer une intrigue où le personnage principal est hétérosexuel, mais a un frère jumeau homosexuel, marié à un homme. Cette configuration est aussi plus facile à accepter pour un public hétérosexuel ".
Aujourd'hui, l'auteur milite pour plus de visibilité dans la société japonaise : " Je suis un artiste gay et je n'ai pas besoin de cacher mon identité pour signer un manga qui s'adresse aux hétérosexuels. J'espère que de jeunes artistes gays y verront une opportunité ".
Pédagogie douce : Sa seconde série tous publics, Our Colorful Days, est actuellement publiée par Akata en simultrad, c'est-à-dire que les chapitres sont traduits directement du Japon puis publiés numériquement par l'éditeur au fil des avancées de l'auteur. Au printemps, une version papier sera également proposée au public, toujours chez Akata.
Our Colorful Days raconte l'histoire d'un lycéen secrètement amoureux d'un camarade de classe, et souffrant de cacher son identité et ses sentiments. Un jour, il découvre un café dont le tenancier est ouvertement gay, ce qui va débloquer chez lui une nouvelle réflexion et une nouvelle façon de voir la vie.
Our Colorful Days brille particulièrement par la finesse et la justesse des sentiments dépeints par Tagame, qui exprime avec talent les difficultés que les adolescents gays peuvent traverser dans une société où les représentations demeurent faibles ou caricaturales.
C'est une œuvre sensible et d'utilité publique et, avec Le Mari de mon frère, un tournant dans la carrière de Gengoroh Tagame. Le mangaka semble avoir choisi de consacrer de son temps et de son talent à une forme de pédagogie douce... à l'inverse de ce qu'il pratiquait dans ses productions destinées aux adultes.
Le succès qu'il rencontre actuellement au Japon et partout dans le monde ( Le Mari de mon frère a reçu le prestigieux prix Eisner de la meilleure édition américaine d'une œuvre internationale en 2018 ) prouve à quel point il a su toucher un lectorat aussi large que varié, accompagnant le changement progressif d'une société malheureusement encore trop réprimée. Un vent de tolérance et d'acceptation de l'autre semble commencer à souffler au pays du soleil levant.
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