Le service des parcs nationaux (NPS) devait participer à la cérémonie d'installation officielle du drapeau arc-en-ciel sur le bar Stonewall Inn, un monument national. Il s'est finalement retiré, estimant que le drapeau relève de la propriété de la ville. Un signal négatif et lourd de sens pour la communauté LGBT.
Alors que Donald Trump devait participer à une conférence du groupe Values Voters Summit ouvertement anti-LGBT, vendredi, à Washington, une première pour un président américain en fonction, un autre événement aurait pu apaiser les tensions avec la communauté.
Le Stonewall Inn, un pub situé à New York et désigné comme " premier monument national à raconter l’histoire de la lutte pour les droits LGBT " en juin 2016 par Barack Obama, a organisé mercredi une cérémonie pour installer officiellement et de façon permanente le drapeau arc-en-ciel sur un mât adjacent au monument. L’agence gouvernementale National park service (NPS – Service des parcs nationaux), qui gère notamment les monuments nationaux, avait approuvé cet événement et devait y prendre part. Une de ses membres, Barbara Applebaum, devait même tenir un discours à cette occasion, a rapporté le Washington Post.
La ville de New York récupère l’initiative : Au dernier moment, le NPS a pourtant décidé d’annuler sa venue, tout comme Barbaba Applebaum, qui a évoqué un problème d’emploi du temps. Pour les militants LGBT, ce retournement de veste n’est qu’une énième preuve de l’homophobie latente de l’administration Trump. L’événement était considéré comme historique : pour la première fois la bannière arc-en-ciel allait flotter sur des terres gérées par le gouvernement fédéral et serait placée sous l’intendance du service des parcs nationaux.
Mais, après une enquête au sein du NPS, les fonctionnaires ont finalement déterminé que le mât du drapeau se situait sur la propriété de la ville et non pas sur le terrain fédéral, contrairement au monument lui-même. Le drapeau fourni par l’agence gouvernementale a donc finalement été cédé à la ville de New York, tout comme le permis fédéral. " Il est toujours en place, il continue de voler. Les visiteurs du monument national de Stonewall le feront et 99 % d’entre eux ne se soucieront pas du fait qu’il est sur notre propriété ou sur la propriété de la ville ", a déclaré au Washington Post Joshua Laird, commissaire des parcs nationaux du port de New York.
Devant l’impact de la décision du NPS, Joshua Laird a proposé au dernier moment de prendre la parole lors de l’événement et Barbara Applebaum a changé son emploi du temps pour y assister, ce que les militants ont refusé. " Donald Trump avait pourtant soulevé un drapeau arc-en-ciel pendant sa campagne et maintenant il refuse également ce symbole ", regrette Flora Bolter, présidente du Centre LGBT Paris-Île de France.
Rébellion : Si la cérémonie a bel et bien eu lieu, cette décision du NPS n’en a pas moins un impact symbolique. " C’est moins grave que le désinvestissement global du gouvernement américain concernant les questions LGBT, mais c’est lourd de sens. Ce lieu est un symbole fort dans le monde entier ", souligne Flora Bolter. Le bar Stonewall Inn de Christopher Street dans le quartier de Greenwich Village est depuis plusieurs décennies un emblème de la naissance du mouvement moderne des droits homosexuels. En 1969, les Sodomy laws, qui répriment l’homosexualité étaient encore en vigueur. Il était, par exemple, impossible pour les personnes du même sexe de danser ensemble. La plupart des bars gays étaient tenus par la mafia, les descentes de police y étaient donc fréquentes. Le Stonewall Inn était ainsi l’un des bars les plus fréquentés, mais aussi l’un des plus décriés, les homosexuels étant à la fois exploités par la pègre et harcelés par la police.
Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, une nouvelle descente de police, qui avait officiellement pour but de contrôler les ventes d’alcool, a provoqué pour la première fois la rébellion des clients interpellés, puis de l’ensemble du quartier de Greenwich-Village. De violents affrontements avaient eu lieu avant de laisser place à des manifestations plus pacifiques les jours suivants. Un an plus tard, le tribunal de New York autorisait in extremis la " Christopher Street liberation day parade ", première marche de la fierté organisée en commémoration de ces événements et ancêtre des gays prides.
La volte-face de la NPS a donc du mal à passer chez les défenseurs des droits LGBT, d’autant plus que la cérémonie était organisée le 11 octobre, à l’occasion de la Journée nationale du coming out et des 30 ans de la Marche de Washington pour les droits LGBT.