jeudi, juin 07, 2018
mercredi, juin 06, 2018
LGBT : Paris, ville la plus gay friendly au monde !
A défaut de recevoir le prix de la ville la plus propre, Paris vient de recevoir un prix la désignant comme ville la plus " gay friendly " au monde. Il faut comprendre par ce prix que Paris est particulièrement accueillante pour les personnes se reconnaissant derrière l’acronyme LGBTIQI+ ( lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, queer, intersexués, le plus désignant d’autres sexualités " alternatives " ).
Paris était opposée à d’autres villes pour ce prix, notamment Barcelone, New York, Madrid, Londres, Berlin, San Francisco, Lisbonne, Rome et Los Angeles.
La ville se félicite évidemment de la remise d’un tel prix. L’adjoint au maire d’Anne Hidalgo, Bruno Julliard a commenté cette distinction en ces termes : " Cette annonce vient saluer l’engagement de la municipalité, des associations LGBTQI+ et du travail fourni par les professionnels du tourisme sur le territoire parisien. A l’approche de l’accueil des Gay Games cet été, c’est un beau message envoyé en France et à l’international. Paris sera toujours ouverte à toutes et à tous ".
La plateforme qui à remis le prix a la ville se présente ainsi sur son site internet : " Notre site aide à créer un monde dans lequel les gays peuvent voyager plus facilement et interagir dans le monde réel. Misterbnb est le 1er hôtelier gay du monde et s’efforce chaque jour à renforcer la communauté gay mondiale ".
Dans les faits, cette plateforme semble une alternative communautaire au géant américain Airbnb. La remise de ce prix semble un bon vecteur de promotion pour ce site Internet. Paris avait organisé ses propres prix en faveur des personnes LGBT il y a quelques semaines .
mardi, juin 05, 2018
lundi, juin 04, 2018
dimanche, juin 03, 2018
Foot : Des hooligans russes veulent traquer et poignarder les supporters gays pendant la Coupe du monde !
La Coupe du monde en Russie débute le 14 juin prochain. Le spectre d’éventuels affrontements générés par les hooligans russes planent sur la compétition. En février 2017, la BBC diffusait un reportage sur les Orel Butchers ( un groupe de supporters affilié au Lokomotiv, Moscou ) dans lequel ils promettaient un " festival de violence ". Pendant l’Euro 2016 en France, ces fans s'étaient déjà fait remarquer pour de violentes altercations avec des supporters anglais.
De nouvelles menaces proférées par des hooligans russes viennent de faire surface, cette fois à l’encontre des supporters anglais homosexuels :
" Certains membres de la communauté Pride in Football [une organisation caritative qui soutient les fans de football LGBT, ndlr] ont reçu des menaces par mails. Certains messages ne laissent aucune place au doute : ils disent qu’ils veulent nous traquer et nous poignarder ", révèle Joe White, en charge de la campagne Pride in Football.
Les hooligans russes ont pour habitude de poster des vidéos d'entraînement au combat –le but étant de faire peur aux groupes de supporters adverses. Ces vidéos illustrent à quel point ces fans sont organisés et violents.
Des précautions à prendre pour tous les supporters membres de la communauté LGBT : Si ces dernières menaces visent spécifiquement les supporters anglais, ceux des autres nationalités devront aussi être vigilants. Les organisations de supporters ont conseillé aux fans de football LGBT de ne pas " exposer leur sexualité en public " : les drapeaux arc-en-ciel et les manifestations d’affection envers leurs partenaires sont donc à éviter.
" Cette Coupe du monde est une compétition qui célèbre l’hyper-masculinité dans un pays où le gouvernement soutient activement/publiquement la haine avec des lois et des beaux discours. Si en plus, vous ajoutez de l’alcool à l’équation, on a tous les éléments pour que ça tourne mal ", indique Alexander Kondakov, chercheur au Centre for independent social research (CISR) à Saint-Pétersbourg.
La Russie fait partie des pays où l'intolérance envers la communauté LGBT règne. Depuis 2013, la loi " anti-propagande homosexuelle " réprime la " promotion des relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs ". La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait condamné cette législation en soutenant qu’elle " renforce la stigmatisation " des homosexuels et " encourage l’homophobie, qui est incompatible avec les valeurs d’une société démocratique ". The Independent explique que depuis l’adoption de cette loi, le nombre de crimes haineux a doublé.
Pour Joe White, les membres de la communauté LBGT ne devraient pas avoir à se cacher pendant la Coupe du monde en Russie : " Je pourrais retourner dans le placard et agir de façon plus masculine mais on ne devrait pas devoir se comporter différemment parce qu'on est en Russie. C'est pas comme si j'allais rouler des pelles à droite et à gauche. J'y vais pour le football avant tout ".
La prochaine Coupe du monde se déroulera au Qatar où l'homosexualité est punie d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à sept ans. En 2012, Richard de Mos, ancien membre du parlement néerlandais avait proposé à la sélection nationale de jouer en rose pour protester contre les lois anti-gay qui sévissent dans l’émirat. À suivre.
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samedi, juin 02, 2018
Santé : La recherche du corps parfait, cause de troubles alimentaires dans la communauté LGBTQ
Témoignage : Un problème important, mais trop souvent ignoré, qui toucherait une grande partie de la communauté... " Je suis mince pour un hétéro et gros pour un gay " !
C’est une blague d'un vieil épisode de " American Dad ", une de ces blagues qui m’a fait rire quand je l’ai entendue la première fois et qui, depuis, s’est gravée dans ma mémoire. J’ai 42 ans et je peux dresser la liste exhaustive de ce que je n’aime pas dans mon corps, et quels miroirs de mon domicile sont plus ou moins avantageux pour l’estime de soi malgré un régime quasi-unique d’alimentation saine et de footing régulier. Mais j’ai aussi pleinement conscience des attentes irréalistes que les hommes homosexuels peuvent s’imposer à eux-même en matière d’apparence physique.
Oui, cette blague " d’American Dad " est drôle parce qu’elle est tout simplement vraie. Mais pour nombre de personnes LGBTQ, elle n’a hélas rien de drôle.
Au début de l’année, une étude menée conjointement par le National Eating Disorders Association (NEDA), et par le Reasons Eating Disorder Center a démontré que les troubles du comportement alimentaire étaient surreprésentés au sein des jeunes LGBTQ. Sur les 1.034 personnes ayant participé à l’étude, âgées de 13 à 24 ans et s’identifiant tous comme LGBTQ, 54% avaient été diagnostiquées comme souffrant d’un trouble du comportement alimentaire, et 21% de plus pensaient en être affectées bien que n’ayant pas été formellement diagnostiquées. Si de tels résultats ne sont pas formellement représentatifs, ils en disent tout de même assez long sur un problème qui ronge notre communauté.
Ce sont les femmes cisgenres LGBTQ qui ont le plus fort taux de troubles du comportement alimentaire ( et la plupart du temps, de la boulimie ) suivies par les hommes transsexuels et transgenres, puis les hommes cisgenres et les femmes transsexuelles. Les jeunes gens trans, non-binaires et les transgenres qui se considèrent hétérosexuels ont les plus forts taux de troubles du comportement alimentaire diagnostiqués, à près de 71%. Les jeunes bisexuels arrivent au deuxième rang et les jeunes gays et lesbiennes juste derrière. Si l'on additionne toutes les identités sexuelles et les genres étudiés, les troubles de l'alimentation les plus fréquents sont ceux qui s’apparentent d’une manière ou d’une autre à une surveillance excessive de l’apport calorique.
Ces résultats complètent d'autres données dont dispose la National Eating Disorders Association, qui indiquent que 42% des hommes souffrant de troubles de l'alimentation s'identifient comme gay –une proportion considérablement plus élevée que le pourcentage que nous formons dans la population générale. La NEDA rapporte des taux d’ingestion compulsive et de purges (vomissement) significativement plus élevés chez les hommes gays que chez les hommes hétérosexuels, et environ deux fois plus élevés que chez les femmes non hétérosexuelles. Combinées, ces données indiquent que les risques de troubles du comportement alimentaires sont communs à tous les segments de la communauté LGBTQ.
C’est une blague d'un vieil épisode de " American Dad ", une de ces blagues qui m’a fait rire quand je l’ai entendue la première fois et qui, depuis, s’est gravée dans ma mémoire. J’ai 42 ans et je peux dresser la liste exhaustive de ce que je n’aime pas dans mon corps, et quels miroirs de mon domicile sont plus ou moins avantageux pour l’estime de soi malgré un régime quasi-unique d’alimentation saine et de footing régulier. Mais j’ai aussi pleinement conscience des attentes irréalistes que les hommes homosexuels peuvent s’imposer à eux-même en matière d’apparence physique.
Oui, cette blague " d’American Dad " est drôle parce qu’elle est tout simplement vraie. Mais pour nombre de personnes LGBTQ, elle n’a hélas rien de drôle.
Au début de l’année, une étude menée conjointement par le National Eating Disorders Association (NEDA), et par le Reasons Eating Disorder Center a démontré que les troubles du comportement alimentaire étaient surreprésentés au sein des jeunes LGBTQ. Sur les 1.034 personnes ayant participé à l’étude, âgées de 13 à 24 ans et s’identifiant tous comme LGBTQ, 54% avaient été diagnostiquées comme souffrant d’un trouble du comportement alimentaire, et 21% de plus pensaient en être affectées bien que n’ayant pas été formellement diagnostiquées. Si de tels résultats ne sont pas formellement représentatifs, ils en disent tout de même assez long sur un problème qui ronge notre communauté.
Ce sont les femmes cisgenres LGBTQ qui ont le plus fort taux de troubles du comportement alimentaire ( et la plupart du temps, de la boulimie ) suivies par les hommes transsexuels et transgenres, puis les hommes cisgenres et les femmes transsexuelles. Les jeunes gens trans, non-binaires et les transgenres qui se considèrent hétérosexuels ont les plus forts taux de troubles du comportement alimentaire diagnostiqués, à près de 71%. Les jeunes bisexuels arrivent au deuxième rang et les jeunes gays et lesbiennes juste derrière. Si l'on additionne toutes les identités sexuelles et les genres étudiés, les troubles de l'alimentation les plus fréquents sont ceux qui s’apparentent d’une manière ou d’une autre à une surveillance excessive de l’apport calorique.
Ces résultats complètent d'autres données dont dispose la National Eating Disorders Association, qui indiquent que 42% des hommes souffrant de troubles de l'alimentation s'identifient comme gay –une proportion considérablement plus élevée que le pourcentage que nous formons dans la population générale. La NEDA rapporte des taux d’ingestion compulsive et de purges (vomissement) significativement plus élevés chez les hommes gays que chez les hommes hétérosexuels, et environ deux fois plus élevés que chez les femmes non hétérosexuelles. Combinées, ces données indiquent que les risques de troubles du comportement alimentaires sont communs à tous les segments de la communauté LGBTQ.
Un sujet enfin abordé dans les médias : La publication des résultats de cette étude corrobore d’autres événements récents qui ont attiré l’attention sur les problèmes liés aux troubles du comportement alimentaire chez les minorités sexuelles et de genre. Adam Rippon, qui a fait la une des journaux lors des derniers Jeux olympiques d’hiver, a raconté sans détour comment son histoire de troubles du comportement alimentaire a coïncidé avec la prise de conscience de son homosexualité, même si le New York Times a tourné son article de manière à associer le problème avec le milieu du patinage artistique ( deux des trois autres patineurs artistiques masculins cités par le Times, Brian Boitano et Johnny Weir sont ouvertement gays et Wier ne consommerait toujours qu’un seul repas par jour ). Dans la saison 9 de " RuPaul’s Drag Race ", on peut entendre une conversation entre quelques-unes des queens, où elles évoquent leurs luttes actuelles et passées avec les troubles du comportement alimentaire. Il est très encourageant d’entendre des discussions aussi franches et honnêtes sur un tel sujet dans une émission très populaire.
Mais malgré cela, les éléments de la culture LGBTQ qui perpétuent les risques de troubles du comportement alimentaire sont aussi répandus que durables. Des standards inatteignables d’apparence physique ne se sont pas installés en l’espace d’une journée.
" J’ai commencé à ressentir que je devais me conformer à ce que je voyais dans les magazines et dans les films. Je voulais ce corps élancé qui attirerait immédiatement l’œil des garçons, m’a ainsi déclaré un homme homosexuel que nous appellerons Travis. En perdant du poids, je me suis rendu compte que je recevais toujours plus d’attention positive, de tout le monde. Ça me faisait du bien. Au bout d’un mois environ, je me suis dit que je ne perdais pas assez de poids alors je me suis mis à faire plus d’exercice et j’ai réduit considérablement mon apport en calories en ne me nourrissant plus que de barres de protéines. Parfois, il m’arrivait de manger compulsivement, mais je ne parvenais pas à avaler ce que je mâchais. Je m’achetais une dizaine de doughnuts, par exemple, et je les mâchais avant de les recracher ".
" Mes troubles du comportement alimentaire sont clairement nés du fait d’appartenir à la communauté LGBTQ, poursuit-il. J’avais le sentiment que je devais me conformer aux attentes sociétales, que je devais être ce type mince et musclé que l’on voit dans les salles de gym ".
Sam Miller a eu une expérience similaire. Miller est l’auteur d’un livre, The Art of Starving, un roman poignant, écrit par un jeune homme du point de vue d’un adolescent homosexuel frappé par un trouble du comportement alimentaire et qui s’inspire des expériences de l’auteur.
" Mes troubles du comportement alimentaire sont très clairement nés de mon homosexualité, me dit-il, dans le sens où tant l’homophobie qu’une masculinité toxique m’empêchaient de voir à quel point j’étais magnifique. En étant constamment la cible de harcèlement, en l’absence de modèles positifs dans ma vie, et ne me sentant pas désiré par les garçons pour lesquels j’avais moi-même du désir, je me suis mis à me déprécier, et à littéralement haïr le corps que je voyais dans le miroir ".
Quand la maigreur évoquait la séropositivité : Un autre problème de santé qui a fortement touché et continue de toucher la communauté gay a également exercé une pression pour coller à une certaine apparence.
" Avant l’arrivée du sida, les hommes homosexuels ne voyaient pas leurs corps de la même manière qu’aujourd’hui. Être maigre n’était pas problématique ", me dit Sharon Nesselle, spécialiste de la santé mentale au centre LGBT de Los Angeles. Nesselle travaille dans le centre depuis 24 ans. " Mais quand le sida a commencé à faire des ravages, alors le fait d’être maigre signifiait être séropositif dans la tête de la majorité. J’ai assisté alors à un changement significatif dans la communauté, de plus en plus de personnes se rendaient dans les salles de gym et faisaient attention à leurs corps ".
" Quand la méthamphétamine est arrivée, elle a hélas été aussi perçue comme un bon moyen de régler une vieille honte au sein de la communauté, celle du surpoids, continue Nessell. Souvent cette honte, les personnes qui en souffraient n’en avaient même pas conscience, d’ailleurs. Cette drogue a donné à de nombreux hommes un moyen de perdre constamment du poids, jusqu’à ce que, malheureusement, l’utilisation de la substance devienne incontrôlable, que de mince on passe à décharné et que cela soit évidemment perçu comme un signe d’addiction. Une des choses les plus difficiles pour les hommes qui sont tombés dans la méthamphétamine et tentent de s’en sortir, c’est de rétablir une sexualité qui ne s’appuie pas sur la drogue et d’arriver à accepter de reprendre du poids. Car cette prise de poids s’accompagne souvent d’un sentiment de malaise et constitue un facteur certain de rechute, si les patients craignent alors de ne plus plaire aux autres hommes ".
Mais cette pression du paraître et de la bonne santé n’est pas la seule explication à la prégnance des troubles du comportement alimentaire au sein de la communauté LGBTQ.
" Mes troubles du comportement alimentaire sont intrinsèquement liés à mon identité de trans. Je portais des vêtements d’homme quand j’étais au collège et au lycée, mais mon bac en poche, je me suis dit qu’il fallait que je fasse mon entrée dans l’âge adulte d’une manière plus féminine ", me dit un homme trans, qui demande à être appelé Isaac. " Les restrictions ont commencé au bout de quelques mois passés à porter des habits de femmes, et peut-être plutôt au bout de quelques semaines. Je n’avais jamais fait le lien entre les deux, mais avec le recul, c’est totalement évident. Ma peur de prendre du poids n’était liée qu’au fait que je ne voulais pas avoir des hanches plus larges et des seins plus gros et à chaque fois que j’avais le sentiment de prendre de ce côté-là, je m’affamais ".
À une période où les personnes LGBTQ sont à la fois plus visibles et mieux acceptées au sein de la société américaine, ce sentiment de honte et d’isolement que Miller identifie comme un déclencheur pour ses troubles du comportement alimentaire pourrait s’amenuiser pour les nouvelles générations de minorités sexuelles et de genre. Mais il voit d’autres attitudes dangereuses perdurer.
" J’ai parfois l’impression d’avoir 600 ans, parce que quand je suis sorti du placard, il n’y avait pas internet, pas de séries avec des personnages homosexuels, et en cours de biologie on nous racontait que le sexe entre personnes homosexuelles menait droit à une mort immédiate et douloureuse du Sida ", dit-il. (En vrai: il a 39 ans.) " Mais cela ne signifie pas pour autant qu’en cette nouvelle ère mieux informée, les choses vont pour le mieux. Les hommes homosexuels sont toujours plus exposés à cette représentation aussi délirante qu’irréaliste de ce que doit être un beau mec que le reste de l’Amérique ".
La pression des Instagays : Les réseaux sociaux contribuent à diffuser cette image de la perfection physique. Les utilisateurs d’Instagram ont peut-être déjà entendu parler de ces " Instagays ", des hommes incroyablement beaux qui passent leurs journées à poster des photos aussi mises en scène qu’immaculées de leurs corps sans défauts pour que chacun puisse en profiter. ( Voilà bien une des ironies dont la pop culture à le secret : que Netflix choisisse Antoni Porowski, sorte d’apothéose de l’Instagay comme expert en vin et cuisine de la nouvelle édition de Queer Eye. Porowski est un tel exemple du spécimen zéro défaut que je me demande sincèrement comment il fait pour avoir une quelconque connaissance dans ses deux spécialités putatives ).
" J’ai entendu tant de personnes, et surtout des hommes, dire à quel point les réseaux sociaux jouent un rôle de premier plan dans l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, dit Nesselle. Ils utilisent souvent ce qu’ils peuvent poster sur Facebook ou Instagram ou ce qu’ils voient sur ces réseaux comme point de repère pour se situer ".
Aucun facteur unique ne saurait expliquer à lui seul pourquoi une communauté aussi variée que celle des LGBTQ est à ce point en proie aux troubles du comportement alimentaire. Certaines pressions sociales sont peut-être plus fortes. Mais ces nouvelles études ont au moins le mérite de mettre en lumière un problème qui est trop rarement évoqué. Ceux d’entre nous qui sont en charge des soins physiques ou mentaux des minorités sexuelles ou de genre doivent prêter attention aux ces problèmes qui peuvent affecter leurs patients. Et toutes les personnes LGBTQ devraient penser à questionner ce que nous exigeons des autres et de nous-mêmes.
vendredi, juin 01, 2018
Société : La fabrique des bad boys !
Des frat houses aux cours d'écoles, comment les mecs sont devenus un sujet d’études pour les universitaires.
Et si c’était l’heure de la gueule de bois pour les fraternités américaines, ces confréries étudiantes aux noms de lettres grecques qui font régulièrement la une des journaux pour des affaires de viols et d’homicides ?
En janvier, la branche de Pennsylvanie de la fraternité Pi Delta Psi a été reconnue coupable d’homicide involontaire après la mort d’un étudiant pendant un bizutage en 2013, et interdite de toute activité pour dix ans.
Univers galvanisé par la testostérone : À ce jugement d’une sévérité sans précédent viennent s’ajouter, un peu partout dans le pays, des mesures pour limiter les débordements des frats. Ces dernières semaines, en pleine période de " rush ", le recrutement des nouveaux membres arrivés à la rentrée, vingt-quatre fraternités de la Kansas University ont été suspendues pour " problèmes systémiques de comportements ". Idem pour la San Diego University, qui a imposé un " moratoire social " à quinze frats à la suite de plaintes pour harcèlement, et dans les universités du Missouri et de Miami, qui ont sonné la fin de la récré et ordonné un shut down de leurs confréries jusqu’à nouvel ordre.
" Quand un garçon rejoint une fraternité, il est trois fois plus probable qu’il commette un viol ", explique Michael Kimmel, qui enseigne la sociologie à l’université de Stony Brook, à New York. Et il sait de quoi il parle, puisqu’il a été l’un des premiers à étudier ces incubateurs de masculinité toxique dans son ouvrage Guyland, paru il y a dix ans avec le sous-titre : Le monde périlleux où les garçons deviennent des hommes.
Basé sur des centaines d’interviews de jeunes Américains, l’ouvrage met en lumière un petit univers galvanisé par la testostérone où " être un homme " correspond à des règles aussi absurdes que précises, dont toute personne qui a déjà fréquenté un vestiaire connaît les bases.
En pleine vague #metoo et mass shootings à répétition aux États-Unis, Michael Kimmel, qui a sorti en février un nouvel ouvrage sur des white supremacists repentis, est plus en vogue que jamais. Tout le monde veut savoir ce que le spécialiste incontesté des hommes, qui a fondé le Center for the Study of Men and Masculinities en 2013, peut nous dire sur les mécanismes qui poussent les gens nés avec un chromosome Y à toujours se retrouver du côté des oppresseurs dans l’histoire.
" J’ai écrit l'une de mes premières tribunes dans la presse en 1999, au moment de la tuerie de Columbine. À l’époque, pointer la masculinité comme facteur de risque paraissait ésotérique. Les choses ont bien changé depuis. Les femmes ont été tellement opiniâtres à raconter leurs histoires que l’on commence à les entendre. Les effets de la masculinité sont devenus visibles ", raconte Michael Kimmel.
Le coût des hommes : " Cela fait longtemps que ça crève les yeux, mais les yeux crevés n’ont jamais rien vu ", explique Louis-George Tin, auteur de L’Invention de la culture hétérosexuelle. " Bourdieu parlait déjà des hommes dominants dominés par leur propre domination, ou Élisabeth Badinter de l’apprentissage des garçons qui consiste à ne pas être un bébé, une fille ou un pédé… Mais c’est longtemps resté un champ aveugle, comme si les hommes n’avaient pas de genre ", souligne-t-il.
Et puis des universitaires ont commencé à s’intéresser de plus près aux garçons, parce qu’il devenait évident dans leur travail que la variable de genre avait son importance. C’est le cas notamment de Raewyn Connell. Cette sociologue australienne est l'une, sinon LA pionnière des études sur les masculinités.
" Dans les années 1980, Connell travaillait sur le harcèlement scolaire et pour cela, il lui fallait aussi comprendre les rapports entre les garçons et leurs différents types de masculinités ", explique le sociologue Florian Vörös, qui fait partie d’un petit groupe de chercheurs de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) ayant animé un séminaire sur les masculinités de 2013 à 2015 et traduit, à la même époque, l’ouvrage phare de Raewyn Connell, Masculinities.
C’est dans ce livre qu’elle propose, en 1995, de distinguer plusieurs formes de masculinités qui feront date : la masculinité hégémonique ( exemple : Trump ), la masculinité complice ( exemple : les fameux " facilitateurs " dénoncés lors du scandale Weinstein ) et la masculinité subordonnée ( exemple : tous les mecs que vous avez traités de tapettes ).
En créant un nuancier de la masculinité, la sociologue apporte un grand bol d’air dans le jus de chaussette viriliste. Les hommes oppressent toujours et avant tout les femmes ( bad news ), mais ils s’oppressent aussi entre eux, dans un jeu malsain et épuisant de " c’est moi qui ai la plus grosse ", faisant au passage de nombreuses victimes dans leurs rangs ( ah, bad news aussi, mais on vous avait rien promis ). Si l'on doit chercher une bonne nouvelle, c’est que cela permet de mieux comprendre ce qui cloche dans la société ( et là, re-bad news : c’est nous ) !
" Travailler sur les masculinités permet de rompre avec l’évidence et de faire rentrer les hommes dans la particularité, se réjouit Arthur Vuattoux, sociologue faisant partie du groupe de chercheurs de l’EHESS en pointe sur le sujet. Cela permet aussi de se rendre compte qu’être un homme procure beaucoup d’avantages, mais que cela a aussi un coût ".
Un coût social " hallucinant ", confirme Sylvie Ayral, enseignante et coauteure de La Fabrique des garçons : sanctions et genre au collège (PUF, 2011). Elle explique : " Une très grande partie de nos impôts est tournée vers le masculin. La délinquance, l’alcoolisme, la violence routière sont principalement le fait des hommes. Et dans l’espace scolaire, toute la discipline est tournée vers les garçons. Ils représentent 80% des élèves punis. Mais ce qui est plus préoccupant encore, c’est qu'il ressort, dans les enquêtes qualitatives, qu’ils savent parfaitement ce qu’ils font : ils instrumentalisent le système punitif pour donner des gages de leur masculinité. Avec la sanction, on consacre la domination masculine ".
Sexe fort, gène faible : Normalement, à ce stade, vous avez compris qu’être un homme, c’est être le jouet de désirs qui vous ont été imposés ( un peu comme Neo, dans Matrix ) et que les études sur les masculinités sont la pilule rouge : grâce à elle, vous serez libres, mais ça ne sera pas sans sacrifices.
Si vous n’êtes pas déjà en larmes sur votre canapé ( si c'est le cas, cela n’a aucune importance, car vous n’êtes pas un pantin du patriarcat ), jetez vous sur Le Mythe de la virilité, de la philosophe Olivia Gazalé.
Elle y raconte l’apparition tardive du masculin, sa faiblesse génétique, la virilisation progressive du monde et ses incroyables mécanismes de domination : " La virilisation du monde s’est opérée sur plusieurs millénaires. Avant l’antiquité gréco-romaine, chez de très nombreux peuples, comme les Égyptiens, les Celtes ou les Étrusques, les femmes avaient des droits et des pouvoirs beaucoup plus étendus, qu’elles perdront par la suite. La femme va être infériorisée, domestiquée, minorée : l’idéologie patriarcale fait d’elle la servante soumise de l’homme et la réduit pour des siècles à son seul rôle de procréatrice. Un enfermement qui ne prendra fin que dans la seconde moitié du XXe siècle ".
Certains hommes n’ont pourtant pas attendu la fin de l’âge d’or de ce que Gazalé, comme d'autres, préfère appeler le viriarcat pour se plaindre :
" En réalité, la virilité a toujours été problématique et contestée par les hommes eux-mêmes. La crise de la virilité est aussi ancienne que la virilité. Car la virilité est un idéal qui définit ce que doit être un homme pour être un vrai homme, selon des canons très précis et extrêmement normatifs. Ce qui est nouveau, c’est que cet idéal de force, de performance, de combativité, de conquête, de victoire, cet idéal guerrier de toute-puissance est devenu quasiment hors d’atteinte dans la société actuelle ", explique la philosophe.
Hors d’atteinte et complètement has been pour toute une frange de la population qui appréhende les questions de genre avec un peu plus de souplesse qu’un membre d’un forum de jeux vidéo. " L’incapacité à atteindre un idéal qu’ils se sont fixé eux-mêmes et la fin du modèle qui est le leur poussent certains hommes à rejeter la faute sur la lutte contre les inégalités et les groupes qui les portent ", analyse Régis Schlagdenhauffen, maître de conférences à l’EHESS.
Les discriminations, c’est comme les MST, elles viennent souvent à plusieurs. C’est pour cela, et parce qu’elles sont imprégnées par le travail des gender studies, que les études sur les masculinités sont particulièrement attentives aux questions sociales et raciales.
" Pour Raewyn Connell, quand on est un universitaire, on est du bon côté du pouvoir, chez les hommes riches, blancs, hétéros, légitimes. C’est pourquoi elle évite de citer les figures tutélaires, comme Foucault ou Bourdieu, car elle considère qu’il est inutile de les rendre plus visibles qu’elles ne le sont déjà. Dans le même esprit, elle porte une attention toute particulière à mettre en avant la recherche qui vient des pays du Sud ", explique Arthur Vuattoux.
Une démarche d’autant plus nécessaire que la société patriarcale ( ou viriarcale ) semble avoir un rapport fusionnel avec les ségrégations, comme l’explique Olivia Gazalé : " Pour s’affirmer homme, voire surhomme, il faut désigner et exclure des sous-hommes. Historiquement, le mythe viriliste n’a pas seulement nourri la misogynie, mais aussi l’homophobie, la xénophobie, l’esclavagisme, le fascisme et toutes les formes d’exploitation et d’anéantissement de l’homme par l’homme ".
Un tropisme racial que l’on retrouve dans la bouche d’Éric Zemmour, lorsqu'il s’alarme du sort des " jeunes prolétaires blancs éduqués dans l’univers du féminisme occidental [qui] ne peuvent rivaliser avec la virilité ostentatoire de leurs concurrents noirs ou arabes ", alors que la domination devrait être vue dans son ensemble.
" C’est bien de s’attaquer au harcèlement de rue, mais il ne faut pas s’arrêter là, quid du harcèlement de bureau ? La virilité populaire est plus visible, car elle s’épanouit dans la rue, contrairement à celle des bourgeois, qui sévit à la maison ", souligne Louis-George Tin.
" Il faut parler des dominations masculines sans tomber dans le piège des discours blancs et bourgeois qui vont marginaliser les arabes et les noirs, prévient Florian Vörös. Mais en pratique, quand il s’agit d’abandonner des privilèges, c’est compliqué ". Pourtant, comme le rappelle Michael Kimmel, " plus il y a une égalité entre les genres dans un pays, plus ses habitants sont heureux. L’égalité des genres est aussi bonne pour le business ". Autrement dit :
" Ce n’est pas simplement juste, c’est smart ".
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