lundi, mai 04, 2020
dimanche, mai 03, 2020
Turquie : Le président Erdoğan défend un religieux liant homosexualité et covid-19 !
En Turquie, les propos du chef des affaires religieuses associant homosexualité et maladies, pour le début du ramadan, ont été vivement critiqués. Le président Erdoğan, lui, a pris sans nuances la défense du religieux.
D’après l’AFP, le président Recep Tayyip Erdoğan a pris la défense, lundi 27 avril, du chef de la Présidence des affaires religieuses ( Diyanet İşleri Başkanlığı ), administration rattachée au cabinet du Premier ministre, qui a déclenché une polémique en faisant un lien entre l’homosexualité et les maladies. " Une attaque contre lui est une attaque contre l’État ", a martelé lundi le président Erdoğan lors d’une allocution télévisée.
Vendredi, à l’occasion du début du ramadan, Ali Erbaş, docteur et professeur en histoire des religions, chef de la Présidence des affaires religieuses, avait en effet avancé lors d’un sermon adressé aux fidèles musulmans que " l’islam considère la fornication comme l’un des plus grands péchés et condamne l’homosexualité ", car " elles apportent avec elles les maladies ", une référence directe au sida.
Sur les réseaux sociaux, toujours d’après l’AFP, de nombreux internautes ont dénoncé les propos " haineux " d’Ali Erbaş, accusé de " diviser au lieu de rassembler " en ces temps de pandémie de Covid-19. L’Association des droits de l’homme ( İHD ), organisation non gouvernementale, a indiqué lundi qu’elle allait porter plainte contre le chef religieux, estimant que " ses propos haineux constituent un délit ".
Déclarations d’un autre âge : De son côté, l’Association du barreau d’Ankara, l’une des plus puissantes organisations d’avocats du pays, a fait part dans un communiqué publié dimanche de sa " sidération " et dénoncé les " déclarations d’un autre âge " d’Ali Erbaş. En réaction, le procureur général d’Ankara a ouvert lundi une enquête contre ce regroupement d’avocats pour " dénigrement des valeurs religieuses ". Dans son allocution, le président Erdoğan l’a enjoint de " rester à sa place ", l’accusant " d'attaquer directement l’islam ". Et d’ajouter que ce qu’avait dit Ali Erbaş était " entièrement vrai ". Déjà, en 2013, celui qui était alors Premier ministre avait affirmé que l’homosexualité était une " préférence sexuelle " qui était " contraire " à l’islam.
Si la République de Turquie est un des rares pays à majorité musulmane où l’homosexualité n’est pas illégale, l’homophobie a gagné du terrain depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du Parti de la justice et du développement (AKP), islamo-nationaliste, dirigé par Erdoğan. " Le gouvernement de ce pays désavoue les principes d’un État de droit moderne et agit comme si nous vivions dans un État religieux non officiel, a dénoncé mercredi le quotidien kémaliste, laïque de centre-gauche, Cumhuriyet. Comme tout le monde le répète depuis deux jours, l’homosexualité n’est pas une maladie, elle n’est pas traitée, mais l’homophobie est une maladie psychologique et peut être traitée. Et l’État peut aussi tomber malade. Et il peut également être traité ".
samedi, mai 02, 2020
TV : " Hollywood ", la mini-série de Netflix qui sort Hollywood du placard !
La nouvelle mini-série de Ryan Murphy pour Netflix décrit comment Hollywood a toujours méticuleusement effacé tout ce qui n’est pas blanc et hétéro. On y croise une exceptionnelle galerie de rôles gays, mêlant fiction et personnages réels.
Hollywood, usine à rêves. Tout le monde connait l’expression. Mais, si Hollywood rêve, il rêve blanc et hétéro. Peut-on demander aux films d’hier d’être en avance sur leur monde ? Non. Mais on est en droit d’exiger des films d'aujourd'hui d’être à la hauteur de notre époque. C’est ce que défendent avec force audace Ryan Murphy et Ian Brennan (Glee, The Politician) dans leur nouvelle mini-série Hollywood. Une œuvre pop et politique qui nous donne une bonne leçon très queer d’histoire du cinéma.
Hollywood(s) : Déguisée en série " historique en costume ", Hollywood démarre d’abord timidement dans les pas d’un jeune marine ( David Corensweet, le fantôme de The Politician ) tout juste remis des traumas de la seconde guerre mondiale et qui rêve de devenir une star de cinéma.
A travers lui, en quelques séquences introductives, Murphy et Brennan racontent l’Hollywood de la fin des années 40, les grands studios, la foule des figurants, aspirants acteurs et actrices ( ouvriers d’une usine à rêve ) les producteurs à gros cigare et la magie de voir son nom sur l’affiche.
La reconstitution est parfaite, rythmée, élégante. Mais comme toujours chez Ryan Murphy, il faut se méfier des apparences. Car très vite, l’affaire dérape, dévie et montre l’envers du décor. Acculé, le jeune rêveur se retrouve à devoir tapiner en pompiste-gigolo pour survivre. Provocation ? Non, leçon d’histoire.
Placard : Dans sa visite guidée des studios, des grands noms et des stars du clinquant de l’Age d’Or, Murphy convoque aussi l’autre " Tinseltown ". Le Hollywood Babylone, celui des secrets, des trafics, des tragédies intimes à vivre dans le mensonge, des acteurs et actrices " dans le placard " à la merci des producteurs prédateurs.
Tout y est : la station service du proxénète Scotty Bowers ( qui raconta sa vie de proxénète hollywoodien dans un livre, " Full Service " ), les soirées gay orgiaques chez Georges Cukor, le monstrueux Henry Wilson ( incroyable Jim Parsons, dans un contre emploi réjouissant, en pur méchant grotesque et terrifiant ), agent de stars qui fabriqua l’image survirile de jeunes éphèbes, tout ce que les livres d’histoire ont tu pendant longtemps et qui avec le temps remonte enfin à la surface, tout est là. Ce qui était dans l’ombre dialogue enfin avec la lumière des projecteurs.
Somewhere over the rainbow : Mais par un geste sublime et pop, la série se détourne de la noirceur. Après nous avoir exposé l’Hollywood qui cache, ment, déshumanise et détruit ( comme une piqûre de rappel évident aux différents scandales de notre époque ) , Murphy bascule de point de vue et donne le pouvoir aux victimes, à ceux qu’on n'entend pas, à ce qu’Hollywood ne veut (toujours) pas voir " .
Un scénariste gay et noir ( l’acteur Jeremy Pope ), une jeune actrice noire (Laura Harrier), une actrice sino-américaine (Michelle Krusiec ), une femme d’affaires renvoyée à son statut d’épouse ( Patti LuPone ), un jeune réalisateur pugnace (Darren Criss)... toute une bande d’exclus terriblement attachante, mélange de figures connues et de personnages invités.
Pourquoi encore aujourd’hui trop peu d’actrices et d’acteurs hollywoodiens évoquent-ils leur homosexualité ? Pourquoi Hollywood craint-il encore qu’un personnage gay à l’écran puisse " heurter son public " ?
Ce sont des gens marginalisés qui décident eux aussi de voir leurs rêves, leurs noms sur l’écran. L’épopée peut paraître idéaliste, utopiste et elle l’est. Mais l’élan est contagieux. On voudrait qu’ils réussissent, on s’inquiète, on s’émeut, on se prend à rêver d’une autre Histoire du cinéma, d’une autre histoire des sociétés.
Réécriture de l’histoire : Mais tout ce qu’accomplit la fiction comme progrès résonne tristement en nous. Il y a comme un conflit entre ce que nous dit la série, ce qu’elle ose imaginer d’un monde multiple, divers, ouvert aux altérités et ce que l’on sait, ce que l’on vit, nous, au quotidien aujourd’hui.
Si Murphy réécrit l’Histoire, c’est pour nous provoquer et coller le nez du cinéma actuel dans sa propre fange. Pourquoi encore aujourd’hui trop peu d’actrices et d’acteurs hollywoodiens évoquent-ils leur homosexualité ? Pourquoi Hollywood craint-il encore qu’un personnage gay à l’écran puisse " heurter son public " ? Pourquoi y-a-t-il si peu d’acteurs et d’actrices racisées au centre des blockbusters ?
Tout ce que vont accomplir les personnages de cet Hollywood d’hier, la façon dont ils vont s’affirmer, dire haut et fort qui ils sont, bouleverse. Comme si ces personnages de fiction réparaient nos erreurs du passé pour nous aider aujourd’hui à tenir debout, la tête haute.
Rock Hudson : Ce geste de fiction n’a rien d’un déni de l’histoire. Avec sa série, Murphy prend Hollywood pour ce qu’il est : le reflet d’une époque, d’un monde où cette révolution n’était pas possible. Il plaide pour qu'aujourd’hui elle ait lieu.
On pleure beaucoup devant Hollywood. On ne sait pas si c’est de joie de voir Rock Hudson ( la révélation Jake Picking ) vivre une grande histoire d’amour avec un jeune scénariste, ou de tristesse de savoir que tout ceci n’est qu’un rêve. Il serait temps d’en faire une réalité.
" Hollywood ", la mini-série de Ryan Murphy et Ian Brennan, disponible sur Netflix depuis le 1er mai !
vendredi, mai 01, 2020
Maroc : La police ouvre une enquête après la campagne d’outing homophobe !
Depuis mi-avril, des jeunes homosexuels au Maroc sont victimes d’une campagne d'outing, qui en a poussé au moins un au suicide. La police vient d’ouvrir une enquête.
On attendait une première réaction des autorités marocaines. Elle est arrivée, une semaine après les premières mentions de l’affaire dans la presse. La police marocaine a ouvert une enquête préliminaire pour " incitation à la haine et à la discrimination " après des fuites de données privées visant la communauté LGBT+, a appris l’AFP vendredi 24 avril auprès de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
C’est un phénomène inédit, inquiétant par sa rapidité et son ampleur, difficile toutefois à mesurer. Vendredi 17 avril, nous révélions l’horrible campagne d’outing menée contre de jeunes homosexuels au Maroc depuis quelques jours. Incités par un influenceur sur Instagram aux motivations troubles, de nombreuses personnes ont en effet diffusé sur les réseaux sociaux photos et informations privées issues d’applications de rencontres gays comme Grindr, dans un contexte de forte homophobie légale et sociétale. Nous avions alors recueilli les témoignages de six victimes, et une association nous avait indiqué qu’au moins une centaine de cas avaient été recensés.
Un suicide confirmé : Depuis, un collectif d’une vingtaine d’associations marocaines a dénoncé une " chasse aux sorcières " et une " campagne de diffamation " et " d’intimidation ". Cet instagrameur, souvent décrit comme une femme transgenre mais se décrivant comme un homme gay, " tente de faire subir la même rupture familiale ( qu’il a subie ) à son groupe en adoptant le discours et les codes de ses propres détracteurs, a estimé le sociologue marocain Khalid Mouna dans Libération. Cet individu, manifestement instable psychiquement, souhaite isoler les jeunes homosexuels marocains en faisant éclater leur cellule familiale ". On trouve aussi dans certaines de ses vidéos des références à la charia.
Les conséquences de ces outings en masse sont parfois dramatiques. Dans notre enquête, nous faisions déjà état d’une tentative de suicide racontée par un de nos témoins. De plus, une des victimes a fait part de sa volonté de quitter le Maroc pour se mettre en sécurité. D'après le journaliste marocain Hicham Tahir, un jeune homme de 21 ans, étudiant en France mais confiné dans sa famille à Rabat, s’est donné la mort vendredi 17 avril. Une affirmation confirmée par Le Desk, média marocain.
Droit à la vie privée : L’écrivain marocain ouvertement homosexuel Abdellah Taïa a dénoncé dans un texte puissant la " chasse aux gays " qui se joue actuellement dans son pays, appelant le pouvoir à réagir : " Mais l’Etat n’est pas là. Aux abonnés absents. Et sans une réponse politique, rien ne va bouger. On continuera de sacrifier les gays, les lesbiennes, les personnes transgenres et leurs ami-e-s. Et on continuera de dire que le Maroc se modernise et la jet-set internationale continuera d’y trouver le décor Mille et Une Nuits dont elle a tellement besoin pour survivre au rythme tellement infernal de l’Occident ". Lundi 27 avril, c’est l’organisation Human Rights Watch qui a réagi à son tour dans un communiqué : " Le gouvernement devrait à la fois faire respecter le droit à la vie privée et dépénaliser les relations entre personnes de même sexe ".
L’enquête de la police marocaine a été déclenchée par la publication par un individu d’un contenu numérique " portant " atteinte aux systèmes de traitement automatisé des données ", a indiqué à l’AFP le porte-parole de la DGSN, sans autre précision. La police est prête à " enregistrer et traiter toutes les plaintes déposées par les plaignants, conformément à la législation en vigueur ", a-t-il toutefois ajouté. Pour l’instant, rares sont les victimes qui osent aller porter plainte. En effet, l’article 489 du code pénal criminalise les actes homosexuels, avec une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison.
Homophobie : Un Russe sur cinq voudrait que les gays et lesbiennes soient " éliminés " !
D'après une étude menée par le Centre analytique Levada, 18 % des Russes souhaiteraient que les gays et lesbiennes " disparaissent de leur réalité ".
C’est une étude qui fait froid dans le dos : D’après le site NBC News, près d’un Russe sur cinq voudrait " éliminer " les personnes homosexuelles de la société. " Il y a ce sentiment d’être pris pour cible, et le fait que 18 % des gens pensent que je devrais être éliminée est atroce, s’inquiète Svetlana Zakharova, une femme ouvertement lesbienne vivant à Saint-Pétersbourg, militante au Russian LGBT Network. Ça m’a vraiment bouleversée ".
Le sondage a été mené auprès de 1.600 personnes en face à face par le Centre analytique Levada, une association indépendante dont le siège se situe à Moscou et qui tire son nom de Iouri Levada, le tout premier professeur russe de sociologie. Une discipline à l’époque considérée comme bourgeoise et donc interdite par le régime soviétique. 32 % des répondants souhaitent " isoler " les gays et les lesbiennes de la société, et 9 % les " aider ".
Pas nécessairement les tuer : Ekaterina Kochergina, une des auteurs de l’étude, a précisé à NBC News que l’usage du mot " éliminer " signifiait " faire disparaître quelque chose de sa réalité " et non procéder nécessairement à une élimination physique. " De nombreuses personnes en Russie aimeraient que les gays n’existent pas. Pas nécessairement les tuer mais avoir une société où ils n’existent pas en tant que phénomène ".
L’activiste Svetlana Zakharova s’inquiète du fait qu’une telle étude puisse accroître la haine dans un pays où le " niveau de violence et de haine " envers les personnes LGBT+ mais aussi d’autres groupes est déjà " très haut ". Elle craint que le terme " éliminer " comme réponse possible puisse encourager des " groupes qui sont très actifs, très agressifs et très visibles, et qui se sentent soutenus par le gouvernement ". La Russie s’est en effet distinguée pour avoir adopté en 2013 une législation désormais connue comme " loi contre la propagande gay ".
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