Depuis trente ans, cette zone située entre la 2x2 voies et la plage, à La Grande-Motte, est un endroit incontournable de la vie homosexuelle montpelliéraine. Et plus si affinités...
" Salut toi, comment ça va ce soir ? " La phrase est lambda. Mais elle a le mérite de briser la glace. Bien qu'ici, les timides se réchauffent vite. Depuis une trentaine d'années, les dunes du Grand-Travers sont plébiscitées par les homosexuels, qui en ont fait un lieu de drague et de rencontres, connu et reconnu. " Toute la journée, ça n'arrête pas! C'est 365 jours par an, 24h sur 24 ", certifie Jean-Marie, un cadre montpelliérain quinquagénaire, habitué des lieux " depuis 1985 ". Un site qu'il affectionne autant pour sa discrétion que pour son cadre. " C'est très agréable car il y a du sable sur plusieurs hectares, avec aussi une très jolie pinède, qui abrite de petits bosquets et des ruines. Le tout étant très isolé ".
D'ici et d'ailleurs : De l'aurore à l'aube, gringue intensif de la part des personnes qui s'y attardent. Et ce, quelle que soit leur maturité. " Il y a tous les âges: du mineur à scooter au vieux en Range Rover ", confesse Emmanuel, 32ans, qui préfère garder sa profession pour lui.
D'année en année, grâce au bouche-à-oreille et aux forums homosexuels, les dunes se sont taillé une solide réputation dans le milieu gay. À tel point que, désormais, l'on vient de partout en région, et même en Europe. "Je rencontre souvent des hommes d'Avignon, de Nîmes ou de Marseille ", explique Jean-Marie. " Moi, je suis sorti plusieurs fois avec des Espagnols ou des Italiens, qui viennent passer ici quelques jours agréables ", certifie Emmanuel. Et ces deux derniers le confirment en choeur : " Il y a de plus en plus de monde dans les dunes ". Il faut donc parfois rivaliser d'ingéniosité pour trouver un brin d'intimité. D'autant que, depuis que le littoral a été réaménagé, il y a quelques mois, leur zone s'est restreinte.
" Peu de drague ou de préliminaires : " On ne peut plus draguer au Petit-Travers car le parking a pris place sur nos lieux de rencontres ", regrette François, 65ans. " Parfois c'est fatiguant car il faut marcher plusieurs minutes dans le sable, avant de pouvoir se poser tranquillement ", souffle Jean-Marie. Mais ce dernier affectionne toujours ses escapades nocturnes. Notamment pour la qualité du choix proposé. " Il y en a pour tous les goûts. Du passif à l'actif, du jeune au vieux, de l'homo au transsexuel. Et surtout, quand on vient, on est toujours sûr de trouver quelqu'un ! " Comprenez quelqu'un pour faire l'amour. " Ici, il y a peu de drague ou de préliminaires. C'est du sexe, pur et dur, pour le plaisir ". Selon Emmanuel, " les partouzes ne sont pas rares "... Mais il est important de rappeler qu'ici, personne ne se prostitue. Personne ne monnaie ses charmes, c'est la raison pour laquelle, s'ils tournent de temps en temps à cheval, les policiers municipaux ferment les yeux en passant devant le site.
L'excuse du footing : Et si certains ne se cachent pas pour pénétrer dans les dunes, d'autres font preuve d'une sérieuse discrétion. " Beaucoup font croire qu'ils font un footing le long de la plage. Puis, discrètement, ils plongent dans la pinède ", apprend Jean-Marie, qui certifie y avoir croisé bon nombre d'hommes hétérosexuels mariés, souhaitant " satisfaire quelques fantasmes inassouvis dans leur couple ". D'ailleurs, les tendances sexuelles y sont assez hétéroclites.
" Ce n'est pas seulement un spot homo. Il y a aussi des hétéros curieux, des bisexuels, des transsexuels... ", liste Vincent Boileau-Autin, président de la Lesbian and gay pride de Montpellier. Ce dernier organise régulièrement sur place des opérations de sensibilisation contre le VIH. " Le plaisir n'est pas exempt d'un préservatif, voire même d'un dépistage régulier du sida ", explique le bénévole, qui s'inquiète pourtant de cette consommation rapide de sexe pouvant parfois engendrer un manque de prudence. " Souvent, très tôt le matin, des livreurs ou des routiers s'arrêtent près de la pinède. Ils n'ont pas beaucoup de temps mais ils ne repartent pas avant d'avoir trouvé chaussure à leur pied ", confirme Jean-Marie. Le sexe facile. Le sexe plaisir.
On peut comprendre les motivations des personnes qui ont adopté le site. Mais, dans une société qui a -certes lentement- plus ou moins intégré l'homosexualité, pourquoi se cacher encore ? " Ils ne se cachent pas ! Les gens y vont pour le plaisir de faire une rencontre en plein air. C'est quand même mieux quand ça se passe dans un lieu de vie, plutôt que dans la froideur d'une application ou d'un site internet ", explique Vincent Boileau-Autin. Ou comment retrouver un peu de chaleur humaine.