lundi, septembre 17, 2018
dimanche, septembre 16, 2018
Cinema : Burt Reynolds, mort d'une icône pré-queer !
Burt Reynolds est mort à 82 ans. De " Délivrance " à " Boogie Night " en passant par " L'Homme à femmes ", il aura été l'un des premiers acteurs à bousculer les stéréotypes de la masculinité au point d'en faire pointer la tendance queer.
Dans The Last Movie Star (2018), film dont le parti pris méta est de placer Burt Reynolds dans la peau d'un vieil acteur confronté à son glorieux passé, la jeune assistante chargée de prendre soin de la star déchue durant sa participation à un petit festival de cinéma miteux lui déclare avec l'impudence de la jeunesse : " Tu es le seul à avoir été assez bête pour venir ". ( " You are the only one stupid enough to show up ". ).
Au-délà de la cruauté du commentaire qui confronte l'acteur à la figure de butor écervelé qu'il aura maintes fois incarné sur les écrans petits et grands, cette phrase nous renvoie à la singularité de l'acteur décédé d'une crise cardiaque à 82 ans. Durant ses 57 ans de carrière jalonnés d'une centaine de films et d'une cinquantaine d'apparitions télévisuelles, Burt Reynolds aura sans doute été le premier à incarner un idéal de masculinité dont la déconstruction confinait à une imagerie queer assez révolutionnaire.
Virilité exacerbée : Des années 70 au début des années 80, Burt Reynolds est un sex-symbole incontesté, une boule de virilité exacerbée dont les traits rappellent ceux de Marlon Brando, la pilosité de Sean Connery en plus. C'est le survival movie Délivrance (1972) de John Boorman qui le révèle au grand public. L'acteur y interprète un citadin qui troque ses heures passées entre la salle de muscu et le tir à l'arc contre une virée en kayak entre collègues dans les gorges de l'Amérique profonde. Le film décrit un rêve américain violé ( au propre comme au figuré ) par ses laissés pour compte. Cette Amérique des perdants, Burt Reynolds fraie à nouveau avec elle dans le sublime La Cité des Dangers de Robert Aldrich (1975). Dans les bras d'une Catherine Deneuve qui, dans ce rôle de call-girl, retourne à nouveau le gant de la pureté, il est un enquêteur désabusé, mélancolique et sentimental.
Mais qu'on ne s'y trompe pas. Si ces deux films opèrent une fissure dans le miroir de force que l'acteur dégage, le reflet en reste l'apologie. De Plein la gueule (1974) du même Robert Aldrich à Cours après moi shérif (1977) et ses deux suites en passant par L'Equipée du Cannonball (1981), Buddy est le héros musclé de films d'action qui exhalent les valeurs du sport, du risque et de la frime, de films qui préfigurent d'une certaine manière le succès de la saga Fast and Furious. De 1978 à 1982, il est le roi du box-office pendant cinq années d'affilée. Mais plus que ses semblables ( Clint Eastwood, Steve McQueen ou Gene Hackman ), Burt aime jouer avec son image. Avec L'Homme à femmes de Blake Edwards en 1983 ( année qui coïncide avec les prémisses de son déclin au box-office ), il la dote d'une nouvelle fêlure qui en déforme dorénavant l'image virile, en révèle l'identité troublée.
Burt Reynolds, acteur queer : Déjà en 1972, l'acteur amorçait une petite révolution dans la représentation du masculin en acceptant d'être la première star masculine à poser nu pour le magazine Cosmopolitan, opérant ainsi un renversement dans le male gaze qui veut que seules les femmes soient érotisées. Mais même avant cela et alors qu'il était encore comédien de théâtre, rappelons-nous qu'il avait joué dans une mise en scène de Thé et Sympathie, pièce éminemment queer que Minelli portera au cinéma en 1956. Cette déconstruction de masculin, Burt Reynolds la porte donc à son paroxysme dans L'Homme à femmes de Blake Edwards, remake du film de Truffaut, L'homme qui aimait les femmes (1977). Il y est un séducteur qui, malgré sa force physique, est contrarié par son impuissance sexuelle.
Cette mise à mal du masculin et de son idéal cinématographique, il la double d'une hypersexualisation dont l'esthétique rappelle furieusement les clips à venir de George Michael (avec qui il partage une petite ressemblance) et les dessins de Tom of Finland, fondateur de l'esthétique gay du cuir moustache à l'orée des années 70. La moustache, elle lui colle à la face au moins aussi bien que celle qu'arbore Tom Selleck dans Magnum. Quant au cuir, il le porte en de maintes occasions, dont la plus célèbre est sans doute celle du film qui l'a fait connaître, Délivrance. Tour à tour, il semble s'être fait un devoir d'incarner chacun des archétypes homoérotiques du dessinateur finlandais. Policier, sportif, pilote de course, cow-boy et militaire, le cinéma l'aura fixé en parfaite illustration de l'univers de Tom of Finland.
Cette homoérotisation atteint son apogée lors de son apparition dans le délire muet de Mel Brooks, La dernière folie de Mel Brooks (1976). Il y joue son propre rôle. Sous la douche, on le voit embrasser son reflet dans un petit miroir avant de se savonner langoureusement devant la caméra. Des mains d'hommes se mêlent bientôt aux siennes, caressent son torse pileux et sont bientôt suivies des corps de plusieurs hommes. A part Burt Reynolds, il n'existe pas de stars masculines qui aient à ce point porté la masculinité tout en révélant son envers de fragilité, d'homo-érotisme et de dérision.
Le choix de la dérision : Burt Reynolds ne se prenait pas au sérieux. Il menait sa carrière avec une forme de nonchalance qui lui à fait tour à tour tourner le dos aux films iconiques des différents genres auxquels il s'est essayé. Il aurait notamment refusé Vol au-dessus d'un nid de coucou, Pretty Woman, le rôle de James Bond et de Han Solo dans Star Wars, Pour le pire et pour le meilleur et Piège de cristal. Après une traversée du désert de presque 15 ans, il effectue un come-back tonitruant avec Boogie Night de Paul Thomas Anderson (1997). Il y campe un réalisateur de film X, rôle pour lequel il est nommé aux oscars. Il devait également participer au prochain film de Quentin Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood, film centré sur la décadence des studios et l'avénement du Nouvel Hollywood.
The Last Movie Star, Boogie Night, Once Upon a Time in Hollywood, trois rôles méta ( deux réels et l'un inachevé ) qui posent Burt Reynolds en dépositaire de trois révolutions majeures qu'a connues le cinéma américain dans les années 70-80 : l'explosion de l'industrie du porno, la fin du système des studios et la naissance du Nouvel Hollywood. Sous ses airs de butor écervelé, Burt Reynolds aura été l'un des agents d'érosion les plus fidèles et discrets de l'héritage du cinéma classique hollywoodien et de ses mythes.
samedi, septembre 15, 2018
vendredi, septembre 14, 2018
People : Kit Harington veut voir plus d'acteurs gays dans les films Marvel !
Kit Harington, star de Game of Thrones et du nouveau film de Xavier Dolan, Ma vie avec John F. Donovan, a évoqué la représentation des homosexuels dans le milieu du cinéma.
Interrogé par Variety lors du festival de Toronto, il assure qu’il " y a un gros problème avec l’idée que la masculinité et l’homosexualité ne pourraient pas coexister. Qu’on ne pourrait pas avoir un acteur gay dans la vraie vie qui joue un super-héros dans un film Marvel. Mais enfin, quand est-ce que ça arrivera " ? Il est vrai que jusqu’ici, aucun comédien embauché par le studio n’est homosexuel, du moins pas ouvertement.
Thandie Newton (Westworld), également au casting de Ma vie avec John F. Donovan, assure de son côté que " les choses changent, mais il ne faut rien lâcher et continuer à pousser ". Et Xavier Dolan d’ajouter que ceux qui sortent du placard sont libérés et peuvent enfin exposer au grand jour leur personnalité, mais n’ont pas forcément les mêmes opportunités de carrière que les hétérosexuels.
Ma vie avec John F. Donovan n’a pour l’instant pas de date de sortie. Le nouveau long-métrage de Xavier Dolan a été plutôt froidement reçu par la critique.
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jeudi, septembre 13, 2018
mercredi, septembre 12, 2018
Société : Aux origines de l'homophobie chrétienne
La déclaration maladroite du pape se voulait bienveillante. Elle l'est incontestablement si on la compare aux diatribes de Paul.
Alors que le pape François vient de tenir des propos controversés sur les homosexuels, quelles sont les origines de l'homophobie chrétienne ?
L'homosexualité vue comme une maladie : Le pape François sous-entend, dans sa conférence de presse, que l'homosexualité est une sorte de maladie. C'est pourquoi il emploie le mot remède. François reprend ici des idées déjà exprimées par son prédécesseur, le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, alors à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans les années 1980 : l'homosexualité n'est pas un péché, mais tout de même une mauvaise tendance d'un point de vue moral. Cette position officielle de l'Église catholique, tout en prenant la défense des homosexuels en tant que personnes, demeure néanmoins sujette à controverse, dans la mesure où elle présuppose que l'homosexualité est un problème " moral ", voire médical.
Au cours de l'histoire de l'humanité, les relations sexuelles entre personnes du même sexe n'ont pas toujours été condamnées. Dans la mythologie grecque, les principaux dieux et héros ( Zeus, Apollon, Héraclès... ) ont des aventures homosexuelles, sans faire l'objet de critiques. En fait, comme l'ont montré Michel Foucault ou encore Paul Veyne, le concept même d'homosexualité, tel que nous l'entendons aujourd'hui, n'existait pas dans l'Antiquité gréco-romaine.
Beaucoup d'hommes, au cours de leur existence, alternaient des relations avec des partenaires des deux sexes. Les individus n'étaient pas catégorisés en " hétérosexuels " ou " homosexuels ", comme aujourd'hui. Une forme de " bisexualité " prédominait dans les faits. Rois grecs et empereurs romains s'affichaient tantôt avec des femmes, tantôt avec des hommes, comme Alexandre le Grand qui aima Roxane, son épouse iranienne, mais aussi son ami d'enfance Héphestion : une sorte de ménage à trois.
Les homosexuels dignes de mort selon Saint Paul : Ce problème entre homosexualité et christianisme ne date pas des déclarations de François, le 26 août 2018. Il remonte aux origines mêmes de la nouvelle religion qui triompha dans l'Empire romain, à la fin de l'Antiquité.
Jésus ne parle pas de relations homosexuelles dans les Évangiles. C'est l'apôtre Paul qui aborde cette question pour la première fois dans l'histoire du christianisme. Bon connaisseur de la tradition juive, il s'inspire d'un passage de la Bible :
" Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu'ils ont fait tous les deux est une abomination ; ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux " (Lévitique 20, 13).
Dans son Épître aux Romains (1, 18-31), Paul associe la sodomie au paganisme. Il condamne les femmes qui " ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ", c'est-à-dire celles qui acceptent des relations anales avec leurs partenaires masculins, ou encore les femmes qui aiment d'autres femmes.
Mais surtout, l'apôtre stigmatise avec vigueur les hommes qui, " abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l'infamie d'homme à homme ". Suit une cascade de termes négatifs, constituant une diatribe exceptionnellement longue. Paul entend marteler sa désapprobation absolue à l'égard des homosexuels :
" Ils sont remplis de toutes sortes d'injustice, de perversité, de cupidité, de méchanceté, pleins d'envie, de meurtres, de querelles, de ruse, de dépravation, diffamateurs, médisants, ennemis de Dieu, provocateurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, sans intelligence, sans loyauté, sans cœur, sans pitié ".
Parmi toutes ces accusations, la plus terrible est sans conteste celle " d' ennemis de Dieu ", puisqu'elle conduit les homosexuels à être finalement déclarés " dignes de morts " par Dieu lui-même.
La sodomie contre nature : On peut se demander pourquoi Paul s'intéresse tant aux " sodomites ". Dans quelle mesure ceux ou celles qui pratiquent la sodomie par consentement mutuel et pour leur seul plaisir personnel indisposent-ils Paul ? Pourquoi s'occupe-t-il de ce qui se passe dans les chambres à coucher des autres ? Paul dit qu'il a choisi le célibat pour lui-même. Soit. Mais pourquoi vouloir ainsi réglementer, voire réprimer, les désirs sexuels des autres ?
C'est que Paul, de même d'ailleurs que l'auteur du Lévitique avant lui, considère la sodomie comme une pratique contre nature et " contre-Dieu ", pourrait-on dire, puisque Dieu est confondu avec la " nature ". Les relations sexuelles ne devraient avoir qu'un seul but selon lui : la procréation. On comprend dès lors pourquoi des pans entiers de la sexualité humaine ont été prohibés par le christianisme : homosexualité masculine et féminine, sodomie, fellation, masturbation...
L'idéologie chrétienne qu'entreprend de définir Paul est parfaitement logique. Le christianisme dénigre le plaisir sexuel ; l'homophobie n'est qu'une manifestation de ce refus plus général de l'érotisme et du sexe pour le plaisir.
Mais en cela, le christianisme s'éloigne aussi de la tradition juive. En effet, si le Lévitique condamne sans appel la sodomie, les plaisirs érotiques entre un homme et sa femme sont vantés dans la Bible. L'époux peut profiter des charmes de sa belle épouse : " Jouis de la femme. […] Que ses seins te comblent en tout temps ", peut-on lire dans le livre des Proverbes (5, 18-19).
Dans le christianisme, par contre, le plaisir sexuel paraît toujours plus ou moins suspect. Il est facilement associé au péché, à la culpabilité et à la honte. Et ce, à plus forte raison, s'il n'est pas directement lié à une nécessité reproductive dans le cadre d'un mariage légal entre deux individus de sexe opposé.
La condamnation des sodomites par les empereurs chrétiens : Lorsque le christianisme triomphe dans l'Empire romain, au IVe siècle, les empereurs mettent en place une législation réprimant durement les " sodomites ".
En 342, Constance II et Constant Ier décrètent : " Lorsqu'un homme s'accouple comme s'il était une femme […] alors nous ordonnons que les lois s'insurgent, que le droit soit armé de l'épée vengeresse, de manière à ce que les peines prévues soient infligées aux infâmes d'aujourd'hui et de demain ". ( Code théodosien IX, 7, 3 ). Le texte ne donne pas de précisions sur ce supplice de l'épée. On peut supposer qu'il s'agissait d'une décapitation ou d'une émasculation.
En 438, Théodose II les condamne au bûcher, sur la place publique : ainsi, ils " expireront dans les flammes vengeresses, devant le peuple " ( Code théodosien IX, 7, 6 ).
Au VIe siècle, l'empereur byzantin Justinien confirme cette répression des homosexuels. En 542, deux évêques, Isaïe de Rhodes et Alexandre de Diospolis, surpris en flagrant délit, sont amputés de leurs pénis et traînés dans les rues de Constantinople, pour servir d'exemple à tous les prélats et à la population.
Au Moyen Âge, pour effrayer les fidèles, des peintures de supplices affreux ornent les édifices religieux. À San Gimignano, en 1393, Taddeo di Bartolo imagine le châtiment de deux homosexuels lors du Jugement dernier : un diable empale un homme qui porte sur la tête un bonnet sur lequel est écrit Sottomitto ( sodomite ). À gauche, son partenaire est transpercé par le même pieu, mais à travers la bouche : une manière de rappeler que la sodomie et la fellation sont deux pratiques également condamnées par Dieu.
Au regard de cette sanglante répression des homosexuels, les propos tenus par le pape François paraissent plutôt modérés. Ils s'inscrivent néanmoins dans une vieille tradition chrétienne homophobe et sur des préjugés tenaces remontant à saint Paul.
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