L’homosexualité " une sexualité arrêtée ", " l’homoérotisme est problématique, favorisant le narcissisme "... Voici ce qu’on peut lire dans un livre utilisé en cours de religion à l’école Sainte-Marie Lyon, un établissement catholique lyonnais sous contrat. Plusieurs témoins pointent, au delà de cet ouvrage, une idéologie très conservatrice dans cet établissement.
Jusqu’où peut aller la liberté des écoles privées sous contrat ? Loin, semble-t-il, pour Sainte-Marie Lyon ( aussi appelé " Les Maristes " ), un établissement catholique sous contrat qui propose des enseignements de la primaire à la prépa. Plusieurs témoignages pointent du doigt l’idéologie conservatrice chez certains membres de l’équipe pédagogique. " Guérison de l’homosexualité " par Dieu, propos polémiques sur l’IVG, l’école serait le théâtre de prises de positions qui posent question parmi les élèves.
Nous nous sommes penchés sur le sujet après la publication d’un tweet reprenant un témoignage anonyme jeudi 10 octobre. Il pointe un manuel scolaire et un passage qui traite la question de l’homosexualité, utilisé dans le cadre des enseignements à Sainte-Marie Lyon.
Un livre qui pose question : " Différentes sources confirment le témoignage diffusé par @ParisPasRose sur Twitter. Le livre évoqué dans le tweet, Raisons de croire : Petite théologie par les textes, est bien donné comme support d’étude aux élèves lors de cours de religion ( environ une heure hebdomadaire de la 6e à la terminale ), une " matière obligatoire, proche du français et de la philosophie ", nous explique un parent d’élève, précisant que " ce n’est pas du catéchisme ". Xavier Dufour, professeur de mathématiques et de philosophie aux Maristes de Lyon, a collaboré à l’écriture de l’ouvrage. L’homme est également président de la Communion des éducateurs chrétiens qui a pour objectif " de développer un réseau d’amitié et de prière ainsi que d’enrichir la formation humaine et spirituelle des éducateurs ", peut-on lire sur leur site.
Des extraits du livre sont problématiques, notamment sur le traitement de l’homosexualité, qualifiée de " sexualité arrêtée, qui n’a pas pu se développer ". Toute une théorie est ensuite développée : " L’homo-érotisme est problématique, favorisant le narcissisme. Si le sens des gestes hétérosexuels (coït) est clair ( accueil, don, alliance, fécondité ), le sens des gestes homosexuels ( sodomie, fellation, cunnilingus ) est trouble et stérile. Ce sont des gestes de substitution qui confondent l’oralité, l’analité et la génitalité. Ils sont confus, intrinsèquement désordonnés , lit-on dans un encadré intitulé " L’homosexualité en question ". Un ancien élève, qui souhaite garder l’anonymat, détaille d’ailleurs une approche étonnante de l’homosexualité en cours de religion où était utilisé le livre : " Le professeur axait sa réflexion autour de l’étymologie du mot " sexualité ", que ça venait du latin secare " couper, diviser " et qu’il impliquait une séparation : donc par définition l’homosexualité n’a pas de sens ".
Lorsque des élèves auraient remonté leurs questionnements quant aux positions de l’école sur l’homosexualité, le préfet des terminales, responsable de la vie scolaire, aurait répondu : " Je comprends que cela puisse choquer certaines personnes mais si c’est ce qu’il faut pour faire passer la bonne parole, c’est pas très grave ".
Le lendemain de la publication du tweet, un porte-parole de l’école répond à notre demande d’entretien : " Il s’agit clairement d’une intention de nuire venant d’une poignée de personnes mal intentionnées qui ont décidé de cibler cette école, partie effectivement d’un parent mécontent. […] L’École Sainte-Marie-Lyon condamne sans équivoque tout propos ou acte homophobe. En aucun cas, l’enseignement dispensé dans notre école ne stigmatise ou ne juge les personnes homosexuelles. Aucune parole blessante visant les personnes homosexuelles ne saurait être acceptée dans notre maison ".
Mais l’école semble reconnaître que l’ouvrage incriminé pose problème : " En accord avec l’auteur qui reconnaît également qu’il puisse y avoir une compréhension équivoque, nous avons décidé de procéder à une réécriture avec lui de cet encadré lors d’une prochaine édition, afin de clarifier cette pensée et la replacer dans un contexte plus explicite ".
Un homo " réformé " leur a expliqué que Dieu l’a guéri : Mais d’après nos sources, ce livre n’est pas le seul élément qui interroge sur la position de l’école vis à vis de l’homosexualité. Tous les ans, l’établissement organise La Journée du Témoignage Chrétien, obligatoire pour les élèves, un rendez-vous évoqué dans le tweet initial. L’événement est l’occasion pour les élèves d’écouter des paroles de chrétiens. " À l’époque où mon enfant était dans l’établissement, un homo " réformé " leur a expliqué que Dieu l’a guéri ", nous rapporte un parent d’élève.
Réponse de Sainte-Marie Lyon : " Nous avons eu un échange avec cette personne pour lui expliquer qu’on ne pouvait pas parler ainsi de l’homosexualité, en l’assimilant à une maladie, et que ce n’était pas en accord avec la vision de l’établissement. Postérieurement à la réunion, nous avons fait une reprise en classe sur ce point avec les élèves ".
Une position controversée sur l’IVG : La question de l’avortement soulève également des interrogations. Selon une ancienne élève, lors d’un cours d’enseignement moral et civique, alors que l’un de ses camarades fait le lien entre IVG et génocide ( demandant si on peut qualifier le premier terme par le second ), l’enseignant aurait répondu : " Oui, c’est vrai que l’on pourrait [le] qualifier d’homicide et génocide ". En première, un ancien élève a suivi deux interventions d’éducation à la sexualité : " L’avortement nous a été présenté comme une source de traumatisme évident pour la femme. Ils n’ont pas dit qu’il fallait l’interdire mais [que] même en cas de viol, l’avortement, c’est compliqué. Autant vivre avec son enfant ", nous détaille-t-il. " Les relations homosexuelles, c’est mal, ou c’est une passe de jeunesse ", auraient aussi indiqué les intervenants dans ce même cours, toujours d’après cet élève. Et sur le préservatif et la pilule, " cela ne sert à rien de prendre ça alors qu’on a des moyens de contraception efficaces et naturels comme le retrait et la méthode des températures ".
En dehors des séances obligatoires dédiées à l’éducation à la sexualité ( dispensées traditionnellement par le Planning familial dans l’enseignement public ), des ateliers facultatifs sont également proposés aux élèves des Maristes. Un temps, c’est l’association TeenSTAR qui s’en chargeait, proposant des ateliers " comme le chant ou les arts plastiques entre midi et deux (, nous rapporte une ancienne élève. " Mon frère y est allé. Le discours était tourné vers l’abstinence et les méthodes [de contraception] naturelles comme compter les jours ". " ( L’adolescente ) pourra ainsi intégrer l’aspect physiologique de sa sexualité, et son comportement changera. Elle deviendra responsable de sa fertilité, sans apports extérieurs, affirmant ainsi sa féminité ", lit-on sur le site de l’association TeenSTAR qui semble donc prôner les " méthodes naturelles " ( " sans apports extérieurs " ).
Cependant, un élève actuel de l’école nous a également contactés pour apporter un témoignage plus nuancé. En cours d’éducation sexuelle, " l’IVG n’était pas mentionné, mais la contraception un peu, qu’il était important de se protéger, mais ( l’année dernière en tout cas), c’était très axé sur le relationnel, comment construire une relation ". En première, l’IVG " était traité […] avec la simple mention que cette méthode pouvait aller à l’encontre de l’éthique de certains ".
Sur choisirsacontraception.fr, le ministère de la Santé attribue pourtant un taux d’échec pratique de 22 % pour le retrait, 25 % pour l’abstinence théorique. Ce chiffre prend en compte les erreurs d’utilisation et les oublis. La pilule affiche 9 % d’échec, le préservatif 15 %, l’implant 0,1%.
Nous avons également interrogé l’école à ce sujet. Sa réponse : " ( Le programme pédagogique TeenSTAR ) a été remplacé aujourd’hui par Cœur à corps. Il s’agit d’aborder avec les jeunes de seconde les questions liées à leur vie affective et sexuelle pour les aider à comprendre la beauté et le sens d’une sexualité responsable ", répond l’école. " Nous n’avons jamais été informés du fait que des termes tels que " homicide ou génocide " auraient été utilisés pour parler de l’IVG, ce qui aurait immédiatement suscité une réaction de la part de l’établissement, sous forme de convocation et de sanctions immédiates. […] Enfin, lors de ces ateliers, en ce qui concerne les méthodes de contraception, toutes les méthodes de contraception, y compris les méthodes naturelles, sont présentées aux élèves. Ce sont les méthodes sympto-thermiques qui sont présentées comme étant une méthode naturelle et non pas le retrait ".
Un email au sujet d’une Manif pour Tous : Le parent d’élève qui témoigne dans le premier tweet publié le jeudi 10 octobre rapporte également que " au moment des ABCD de l’égalité et des Manifs pour tous, des circulaires tournaient pour dire à quel point c’était scandaleux ". Dans un mail que nous avons pu consulter, l’Association de parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL) du lycée contacte les parents d’élèves par courrier électronique au sujet d’une manifestation.
Signé par Olivier d’Heilly, président de l’association, le message intitulé " Manifestation du 13 janvier 2013 " ( jour d’une Manif pour tous ) mentionne d’abord une discussion avec la direction de l’établissement : " Si les enfants vont manifester avec leurs parents, ils doivent assumer la chose et venir travailler normalement le lendemain ".
En dessous, le message reprend un communiqué de presse de l’Enseignement Catholique transmis par le chef d’établissement au président de l’association de parents d’élèves et laissé dans le corps du mail. Il explique que " négliger les droits de l’enfant pour faire prévaloir un droit à l’enfant constituerait un très grave contresens dont les enfants seraient les premiers à pâtir. C’est pourquoi l’Enseignement Catholique est en désaccord avec une évolution législative ouvrant le mariage et la parentalité aux couples homosexuels ".
" En aucun cas, ce mail dit quelque chose comme : " nous vous invitons à manifester nombreux le 13 janvier " […] Y voir cela relève de la mauvaise foi et d’une interprétation fallacieuse ", répond l’établissement. " De plus, le texte cité […] est public mais les parents d’élèves ne l’ont probablement pas vu, c’est la raison pour laquelle Marc Bouchacourt l’a transféré au président de l’APEL pour information ".
Le Ministère n’a reçu aucun signalement : Lorsque nous contactons le ministère de l’Éducation Nationale, les déclarations sont quelque peu hésitantes. " Le problème c’est qu’il n’y a pas de signalement fait auprès du rectorat ou de plainte enregistrée au niveau du parquet de Lyon ", nous répond le service presse de la rue de Grenelle. L’institution indique ne pas souhaiter répondre à " des polémiques instantanées si elles ne sont pas ou peu documentées. Rien dans les tweets et témoignages ne permet d’établir que ces enseignements ont bien eu lieu pendant les cours d’enseignement obligatoire du programme ".
Pour le ministère, le cours de religion dans lequel a été utilisé le livre dénoncé ne fait pas partie des " enseignements obligatoires ", mais relève de la " vie scolaire " et ne dépend pas du contrat signé avec les établissements privés. Chaque année, des recommandations sont faites auprès des chefs d’établissement pour qu’ils respectent les règles de laïcité. De plus, des référents laïcité sont impliqués dans les académies pour relever les signalements et procéder aux vérifications nécessaires, ajoute-t-on au ministère.
























