mercredi, mars 30, 2016

Santé : Le sexe est devenu une injonction hygiénique !

Le bon baiseur dormira mieux la nuit, il tombera moins malade, il sera plus sympathique, bon voisin… Inutile de vous rejouer indéfiniment le même disque : oui, le sexe est devenu une injonction hygiénique. Il n’est plus question de l’apprécier pour la gratuité du plaisir – gratuité, dans le monde moderne ?

Rappelez-vous : quand quelque chose est gratuit, c’est que vous êtes le produit. Nous sommes sommés de forniquer utile, c’est acquis. Le bon baiseur dormira mieux la nuit, il tombera moins malade, donc posera moins de congés maladie, il divorcera moins, ses hormones seront aussi alignées que ses dents, il gèrera mieux la douleur, il reproduira la patrie, il sera généralement plus satisfait, sympathique, bon voisin, il recyclera ses poubelles et donnera à Amnesty International – il sera un meilleur citoyen. Si j’étais dictateur, j’obligerais tout le monde à avoir des orgasmes : quand on halète, on se tait.

Je vous entends, contestataires, prêts à lever le flambeau de la révolte – et pas que. Mais déplorer cette sexualité utile reviendrait, quand même, à cracher dans la soupe. Il se trouve que nous possédons un câblage dans notre corps qui, pour la majorité d’entre nous, et la majorité du temps, fonctionne. Une activité qui nous fixe, qui souvent nous rend heureux. Une réparation très fondamentale, comme manger quand on a faim. Il paraît que la santé et le bonheur passent par l’estomac, que nous avons un deuxième cerveau dans le ventre, avec neurones et intelligence de la digestion – c’est important la digestion, prend-on encore le temps de digérer ce qui nous nourrit, surtout intellectuellement ? Déguste-t-on encore ? Ou préférons-nous le prédigéré – aux grands mous, les grands remèdes ? Si nous avons un cerveau dans l’estomac, nous pouvons bien en avoir un dans le sexe. Pour tout estomac bien accroché, pour tout gaillard solide qui en a dans le ventre, vous avez des crétins qui pensent avec leur sexe, lequel n’a pas d’œil mais quantité de nerfs et, à ma connaissance, pas encore de neurones – mais ça viendra. 

Le champ du développement personnel : La sexualité a tous les atouts, et une grosse force d’impact. Il semble donc parfaitement logique qu’elle investisse le champ du développement personnel. Quelle différence entre les guides pour se faire des amis, et les manuels pour séduire le comptable ? Où mettez-vous votre dignité, et votre pragmatisme ?

De manière intéressante, jusqu’à présent, la logique était inverse. On se procurait un livre d’aide par la luminothérapie, les bactéries ou la méditation, et un chapitre était consacré au sexe. C’était bien pour les ventes, et parler de soins sans parler de sexe aurait été plus qu’un oubli – une faute professionnelle. Aujourd’hui, si vous achetez un manuel sexuel, vous trouverez certainement un chapitre consacré à l’alimentation, un chapitre consacré aux endorphines, dopamines, ocytocines, un chapitre consacré à la méditation, un autre pour la connexion spirituelle, un autre encore pour l’accouchement orgasmique, ou pour le couple durable, ou encore pour la gestion des relations avec les enfants, et ainsi de suite.

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4 commentaires:

Anonyme a dit…

"Si j’étais dictateur, j’obligerais tout le monde à avoir des orgasmes : quand on halète, on se tait."
Bel exemple d'humour.
Le Conseiller

Anonyme a dit…

" Mes aïeux ont grandi avec l’idée que la masturbation rendait sourd, ma génération avec l’obsession que le sexe nous tuerait : gros retournement de situation quand la masturbation devient un geste-cocon, et le sexe (pardon, l’amour), une manière de se sauver la vie. Eros a vaincu Thanatos, ça s’est passé par en dessous. Uppercut, KO dans le dernier round (du moins le dernier round en date, évitons la fin de l’histoire et les plans satellitaires)."
La Femme en rouge

Anonyme a dit…

"Pour tout estomac bien accroché, pour tout gaillard solide qui en a dans le ventre, vous avez des crétins qui pensent avec leur sexe, lequel n’a pas d’œil mais quantité de nerfs et, à ma connaissance, pas encore de neurones – mais ça viendra."
Le Maître des clés

Anonyme a dit…

"Peut-être avons-nous besoin de nous comporter comme des ravis du sexe, pour encore quelques années, quelques décennies. Nous sommes encore en rémission, ne l’oublions pas. Nous guérissons, péniblement, de la grande cuite sexo-négative, des abus, des punitions, du jugement, de la culpabilité – nous en avons assez bavé. Alors, d’accord, soyons béats. Mais préparons-nous tout de même au prochain virage sexuel, plus sombre peut-être – en rêvant non pas de virages mais d’embranchements, de voies sans issue, de boucles absurdes, de zones d’arrêt d’urgence, de circuits rapides, de raccourcis, de toutes ces routes possibles où rien, ni personne ne serait écrasé."
Neo
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