mercredi, octobre 17, 2018

Lire : Les fureurs invisibles du coeur, de John Boyne !

C'est dans l'Eire ! L'Irlandais John Boyne revient sur l'histoire de son pays, de 1945 à 2015, à travers le destin bousculé d'un garçon sensible. Une saga bouleversante, aux accents politiques.

La presse anglo-saxonne l'a comparé au Monde selon Garp, rien de moins. Mais c'est bien vu : le nouveau roman (  - fleuve ) de John Boyne, né à Dublin en 1971, partage avec le chef-d'oeuvre de John Irving un même souffle épique. Un même concentré d'émotions et de rebondissements, un même mélange de gravité et de fantaisie.

Les Fureurs invisibles du coeur ( titre emprunté à Hannah Arendt, à propos du poète britannique W. H. Auden, à l'homosexualité assumée, ndlr ) est également un livre qui se dévore sans lever le nez jusqu'à la dernière page. D'une violence sidérante, les premières font mouche d'emblée : la répudiation publique, par un curé, en pleine messe, d'une paroissienne de 16 ans, enceinte, qui se refuse à dire de qui. Une " putain ", forcément, dans cette Irlande rurale de 1945 corsetée par la religion catholique. La future " fille-mère " part aussitôt pour la capitale tenter sa chance, et confie son enfant à naître à un couple de Dublinois nantis, par l'entremise d'une soeur rédemptoriste. 

C'est ainsi qu'on va suivre le destin mouvementé du petit Cyril, fils adoptif de Charles et Maude Avery, un bâtard qui ne sera jamais " un vrai Avery ", comme se plaît à lui répéter son père officiel. Charles est un banquier dans le collimateur du fisc, Maude, une romancière prolifique dont les livres recueillaient " des critiques positives " mais aussi " des ventes minuscules, ce qui lui causait un plaisir immense, car elle considérait que la popularité était vulgaire ". Ces deux excentriques inspirent à John Boyne des dialogues désopilants, des propos en complet décalage avec la bienséance de l'époque - et avec les aspirations du moindre plumitif d'aujourd'hui.

Cyril Avery grandit dans un confort bourgeois, mais sans affection. Ses parents lui parlent comme à un adulte, sa solitude reste abyssale. Jusqu'à ce qu'il se lie d'amitié avec le jeune Julian Wooread, un garçon de son âge effronté et charismatique. Cyril prend alors conscience qu'il a " quelque chose de différent et d'impossible à modifier, jamais ". Fou amoureux de Julian, secrètement, il n'en pincera que pour les hommes, à ses risques et périls. De l'homosexualité considérée comme une tare aux ravages du sida, de l'impératif de rester dans la norme à l'importance de trouver sa voie, cette épopée captivante, souvent rocambolesque, creuse avec brio les thèmes de l'identité, de la famille, de la politique. Celle de l'Irlande, ô combien rétrograde jusqu'à l'aube du XXIe siècle, en prend pour son grade.

Les Fureurs invisibles du coeur, par John Boyne, trad. de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides. JC Lattès, 580 p., 23,90 €.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ca m'a l'air passionnant. Surtout que je suis fan de l'Eire.
Merci du conseil.
Le Prof

Tomboktu a dit…

You meant "C'est dans l'Éire!".

Eire is a different word from Éire.