Cet étudiant de 21 ans a décidé de se confier à propos de son coming-out au sein de l’organisation catholique. Loin, très loin des clichés sur les scouts.
Tout est parti, pour Edouard Bailhache, de la visite du ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer aux scouts de France, lors d’un jamboree national ( le nom des rassemblements ) à Jambville, fin juillet. Dans une lettre adressée au ministre, l’organisation évoque alors cinq thématiques lui tenant à coeur, dont l’environnement, le harcèlement scolaire. Parmi elles, une nouvelle venue : la cause LGBT.
Un thème sulfureux qui n’a pas tardé à faire réagir la branche la plus conservatrice de l’Église, suivie par quelques médias de droite, dont le mensuel L’Incorrect, insinuant, dans un éditorial daté du 3 août ( " Les scouts de France soutiennent-ils la cause LGBT ? " ) qu’un lobby sévissait au sein de l’organisation.
Dans un retweet, Xavier Malle, l’évêque de Gap, se plaint alors : " Triste que l’idéologie LGBT soit présente dans ce beau rassemblement des scouts et guides de France ". C’est ce moment que choisit Édouard, chef scout homosexuel de 21 ans, pour intervenir : " La défense de l’égalité et des droits LGBT n’est pas une idéologie, Monseigneur ! ", rétorque-t-il au prélat.
Depuis, il a fait son coming-out public, est reparti en camp d’été à Jambville et s’est fait harceler sur les réseaux sociaux. Il a donc décidé de parler afin de pas rester coincé entre deux fantasmes. À savoir : d’un côte, ceux qui pensent que les scouts sont passéistes et anachroniques, et n’accepteraient jamais un homme gay dans leurs rangs. De l’autre, ceux qui, effrayés par la modernité, sont incapables d’admettre, sans crier au lobby, que des parcours de vie différents sont possibles au sein de l’institution.
Première expérience à 14 ans : " Le paradoxe, c’est que ça s’est toujours bien mieux passé au sein des scouts que dans ma famille biologique ", attaque d’emblée Édouard au sujet de son coming-out et de son orientation sexuelle. Même en devenant chef, cela ne m’a jamais posé aucun problème. Je ne l’affiche pas particulièrement, mais lorsque vous passez plusieurs semaines en camp, il y a forcément des moments où, entre chefs et cheftaines, on partage des éléments de sa vie personnelle ".
Issu d’une famille plutôt aisée, catholique de droite, Édouard a pourtant intégré les scouts plutôt tardivement, contre l’avis de ses parents. " Ils n’étaient pas pro-scouts, mais mon meilleur ami l’était, alors à 14 ans je l’ai suivi ". C’est d’ailleurs à cet âge-là qu’il connaîtra sa première expérience amoureuse avec un autre garçon, lui aussi issu du scoutisme.
S’il n’a pas renié sa famille politique ( ex-adhérent à l’UMP, il dit désormais être de centre-droit ), il a laissé parler son engagement personnel lorsqu’il a répondu aux conservateurs à propos de la présence d’un lobby. Étudiant à Strasbourg, Édouard travaille également pour François Mandil, délégué national pour la communication des scouts de France. Qui l’a promptement " lâché " à la suite de la polémique. M. Mandil a en effet affirmé qu’Édouard " parl[ait] en son nom propre et ne représent[ait] pas le mouvement ".
Ce qui est certain, c’est que les LGBT+ issus des scouts ne sont pas organisés : " Personne ne le revendique, ce n’est ni un choix ni une conviction politique (…) Y voir la présence d’un lobby est un peu stupide, et on ne va pas militer pour que qui que ce soit devienne homo, je ne verrais vraiment pas l’intérêt ", explique Édouard Bailhache. Puis, plus généralement, concernant l’organisation catholique, " les scouts de France n’ont pas de position officielle et homogène, il y a des gens de droite et de gauche, nous étions déjà en désaccord au sujet du mariage pour tous, c’est la même chose sur la PMA ou la GPA ". Les courants seraient donc nombreux au sein du mouvement.
L’Église catholique fait ce qu’elle veut : Prenant à contre-pied à la fois les opinions de l’Église et celles des anticléricaux, Édouard fustige les extrêmes. " L’Église catholique fait ce qu’elle veut, si elle a envie de se prononcer en fonction de ses valeurs, qu’elle le fasse. Les scouts sont simplement une association ayant pour but d’éduquer les jeunes, et cette éducation populaire concerne aussi bien le vivre-ensemble que l’environnement, les thématiques liées au genre ou la sexualité ". Sans a priori, et de manière beaucoup plus progressiste que semblent le croire ses détracteurs. " Les relations avec les jeunes sont des relations privilégiées, ils peuvent se confier s’ils en ont envie, cela permet en fait de grandir de façon plus bienveillante ".
Finalement, la société française ne serait-elle pas davantage " scoutophobe " qu’homophobe ? " Quand je suis devenu chef, j’appréhendais d’aborder le sujet de ma sexualité, surtout que ça s’était mal passé chez moi. En plus, on entend des histoires d’éducateurs homos dénoncés par leurs pairs, le scoutisme français a aussi connu des affaires de pédophilie, donc on a peur que les gens fassent l’amalgame ".
Mais au fil du temps, Édouard se rend compte qu’il n’est pas seul, prend confiance, fait même des rencontres au cours de camps. " Il arrive souvent que des couples hétérosexuels se forment pendant les camps, les gens se rencontrent et se marient, leurs enfants deviennent ensuite scouts. Il est probable que dans plusieurs années, des couples homoparentaux et leurs enfants seront chez les scouts ", conclut-il, plein d’espoir.
" Peut-on avoir des responsabilités officielles dans un mouvement catholique et prôner des options aussi contraires à l’enseignement de l’Église " ?, se demandait, début août dans son article homophobe, le journal L’Incorrect. S’il devient impossible d’enseigner la doctrine catholique dans un mouvement catholique, par souci de plaire au monde et conformisme intellectuel, mieux vaut fermer boutique et renoncer à former la jeunesse. L’avenir jugera cruellement tous ceux qui se sont rendus complices d’une telle lâcheté. Personnellement, je ne serais pas la même personne aujourd’hui si je n’étais pas devenu scout...
L’avenir a d’ores et déjà jugé : les enfants vont très bien...

2 commentaires:
Plus généralement, concernant l’organisation catholique, " les scouts de France n’ont pas de position officielle et homogène, il y a des gens de droite et de gauche, nous étions déjà en désaccord au sujet du mariage pour tous, c’est la même chose sur la PMA ou la GPA ". Les courants seraient donc nombreux au sein du mouvement.
Ghost
Les scouts sont simplement une association ayant pour but d’éduquer les jeunes, et cette éducation populaire concerne aussi bien le vivre-ensemble que l’environnement, les thématiques liées au genre ou la sexualité.
Le Maître des clés
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